La maîtrise des risques, un impératif face à l’incertitude
Dans les dernières décennies, et particulièrement depuis la crise de 2008, l’incertitude et l’instabilité sont devenues des phénomènes structurels de l’environnement économique. Ce contexte incite les acteurs économiques et financiers à se doter de capacités d’anticipation et de gestion du risque. C’est dans cette dimension du management qu’interviennent les actuaires, spécialistes de la prévision, de l’analyse, de la modélisation et du traitement des impacts du risque économique, financier, assurantiel et social.

 

L’actuariat, un titre et un métier
L’actuariat, est à la fois un « titre » et un « métier ». Un titre au sens où il est décerné par des associations d’actuaires. Un métier, car nécessitant des compétences spécifiques et pluridisciplinaires de haut niveau. C’est une profession organisée au niveau mondial et régulée par des normes actuarielles et un code de déontologie.
Aujourd’hui, la formation d’actuaire est de niveau Bac+5, voire plus. Le diplôme d’actuaire peut être préparé en formation initiale, en formation continue et en université. L’institut des actuaires (IA) prévoit trois modes d’admission au titre d’actuaire : le Diplôme d’Études Supérieures Économiques (DESE) – mention Actuariat délivré par le CNAM (Paris), le diplôme de 3e cycle, le DU en sciences actuarielles et gestion des risques délivré par le Centre d’Etudes Actuarielles (CEA-Paris) en partenariat avec l’Université Paris Dauphine. Ce diplôme est accessible à de jeunes cadres titulaires d’un Master ou diplôme équivalent délivré par les grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce et, le MBA délivré par Collège des Ingénieurs (Paris). Actuellement, les différentes filières forment chaque année plus de 150 actuaires. Ce nombre reste cependant insuffisant au regard des besoins de la France.
A la fin 2008, on dénombrait en France 2 240 actuaires (l’Argus de l’assurance, n°7079, juin 2008). Ce chiffre est de loin inferieur en effet aux besoins effectifs en actuaires en France. La pénurie d’actuaires n’est pas propre à la France, car en Europe, comme en Amérique, les actuaires sont très recherchés tant par les entreprises, les banques, les assurances, les fonds de pensions…, que par l’administration publique. Ce métier connaît en conséquence une forte demande au niveau mondial dans de nombreux secteurs, tels que l’assurance, la réassurance, les retraites et prévoyances, le conseil et l’audit. L’assurance est de loin le secteur qui recrute le plus en France. Sur l’effectif actuel d’actuaires en France, l’assurance occupe plus de 37%. Selon Robert Walras (2013), la sortie de crise relance les recrutements d’actuaires dans l’assurance pour faire face à des besoins massifs d’experts en gestion des risques.

 

L’actuariat, un métier passionnant bien rémunéré
L’actuariat se situe dans les professions les mieux rémunérées en France. Le salaire moyen d’un débutant est de 39 800 €/an et, après dix ans d’ancienneté, il passe à 82 346 €/an avec une pointe dans les secteurs du conseil de 94 429 €/an (l’Argus de l’assurance, n°7079, juin 2008). Pour dire que l’actuariat, en plus des possibilités de carrières qu’il offre, c’est « un métier d’importance stratégique, avec d’excellents salaires, dans lequel l’emploi est assuré ». Les actuaires sont « des gens heureux, ils vivent une époque bénie de plein emploi, …, et il en a toujours été plus ou moins ainsi » (Thomas Behar, président de l’Institut des Actuaires).

 

Par Nacer Eddine Sadi,
Professeur – Grenoble Ecole de Management

Nacer-eddine.sadi@grenoble-em.com