La nouvelle exposition automnale sur l’impressionnisme et la mode au Musée d’Orsay, est la première étape d’une tournée qui se déroulera successivement à New York au printemps 2013 (Metropolitan Museum of Art), puis à Chicago à l’été 2013 (Art Institute). Grâce à la collaboration et au magnifique travail en commun de ces trois musées, nous entrons dans la vie quotidienne et l’intimité de la société française de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Eva Gonzalès (1849-1883) Les Chaussons blancs, 1879-1880 Huile sur toile, 23 x 32 cm Collection particulière Image © The Metropolitan Museum of Art

Eva Gonzalès (1849-1883) Les Chaussons blancs, 1879-1880 Huile sur toile, 23 x 32 cm Collection particulière Image © The Metropolitan Museum of Art

L’impressionnisme, dès l’origine, s’affranchit du carcan du passé, de la représentation réaliste et par là même de siècles de peinture académique et codifiée. Les thèmes choisis sont la vie quotidienne de tout un chacun, les loisirs, la beauté de la nature, la sensualité. Toujours dans une réalité réjouissante, un véritable art de vivre. L’être humain est représenté dans son quotidien, dans ses activités professionnelles ou ludiques, celles du citadin à la ville ou à la campagne. Un nouveau modèle de personnage fait son apparition : le flâneur. Il est Le parisien fin, désinvolte et élégant, qui observe la vie moderne et le monde nouveau. Il incarne cet esprit curieux et témoigne de son époque. Peu attachés à la représentation scrupuleuse, les impressionnistes dans leur désir de spontanéité retracent, photographient presque l’instant et le mouvement. Celuici est vraiment saisi dans « octobre » de James Tissot (1836-1905) où la jeune fille semble peiner pour résister à la force du vent. Le manque délibéré de précision du trait au profit d’une silhouette, d’une ambiance ou d’une atmosphère, donne aux scènes plus d’intensité, plus de vie toujours entre ombre et lumière. Le costume et l’habit, sans être l’intérêt principal de la toile, rendent pourtant compte des modes et attitudes de l’époque. Ainsi, dans « la balançoire », Pierre Auguste Renoir (1841-1919) saisit l’évanescence et la délicatesse d’un moment heureux. Le camaïeu des couleurs, des blancs, des beiges, des jaunes et des gris, confère à l’instant douceur et raffinement. La scène se situe vraisemblablement au bois, en été, car les hommes et la petite fille portent des chapeaux de paille. Les vêtements de cette dernière renvoient à l’élégante robe de la jeune femme. Les noeuds de sa tenue, le drapé du bas de sa robe, le ruban noir autour de son cou et sa coiffure recherchée dénotent une fraicheur et une élégance toute parisienne. Son sourire complète à merveille le tableau. Sans contour précis ni trait « léché » l’atmosphère et l’ambiance sont rendues. Une sorte d’arrêt sur image d’une insouciante et heureuse journée d’été, que l’on retrouve, bien sûr dans le célèbre « déjeuner sur l’herbe » de Manet. « Chez la modiste » d’Edgar Degas (1834- 1917) témoigne de l’intimité du lieu et de l’intérêt de la jeune femme pour la mode. Le foisonnement des rubans, des fleurs et des formes, accentue la légèreté de cet univers féminin. Ce côté mousseux et aérien se retrouve dans « la jeune femme à la voilette » de Renoir. Le profil apparaît en transparence à travers une gaze à petits pois noirs et flatte ainsi la carnation de la jeune fille.
La qualité et la beauté des matières utilisées se perçoivent dans chaque toile comme par exemple, les soies et brocarts dans « danse à la ville » de Renoir ou encore « les chaussons blancs » en soie et plumes d’Eva Gonzalès (1849-1883). « Le balcon » d’Edouard Manet (1832- 1883) est un peu différent. Il y a très peu de couleurs, les contours sont figés, assez froids. Il pourrait s’agir d’une photographie en noir et blanc. Malgré la posture un peu hiératique, on retrouve tous les éléments et détails de l’élégance des personnages : cravate joliment nouée, gants, éventail, ombrelle et bottines, collier et coiffure distinguée. Le chien lui même semble être choisi pour compléter l’ensemble… bTous les chefs-d’oeuvre présentés dans bcette exposition attestent de ce qu’était bla vie de l’époque, des moeurs et habitudes bcontemporaines, que ce soit des parisiennes comme celle de Manet, ou cet élégant « Charles le Coeur » de Renoir dans son costume blanc. Ces oeuvres sont le reflet d’un milieu social, d’un mode de vie intime et familial. Cette impression d’authenticité est bien rendue, la fugacité de l’instant est bien respectée.
L’essence même de l’impressionnisme !

 

Anne Perceval