Les universités ne sont plus des temples de la formation aux métiers du secteur public et de la recherche éloignés des acteurs économiques. Leurs relations avec les entreprises sont devenues stratégiques et en premier lieu déployées au profit de l’employabilité des étudiants.

« La première préoccupation des enseignants-chercheurs est d’insérer leurs étudiants ! » affirme le président de la CPU Jean-Loup Salzmann, et président de l’université Paris 13-Nord. Alors que les opportunités dans le secteur public fondent comme neige au soleil, les universités ont intégré le fait que c’est bien le tissu économique qui recrute les universitaires. « Cela pour le plus grand bien des universités et de la société française ! »

 

Un interêt réciproque
Une ambition partagée par les 8 présidents d’entreprises et 8 présidents d’universités signataires de la charte Entreprise-Universités lancée par le groupe d’information spécialisé AEF en mars 2013. Jean-Loup Salzmann va plus loin en affirmant que « c’est au tour des entreprises de faire leur révolution. L’université l’a déjà réalisée. » Cette charte rappelle que l’insertion professionnelle est l’une des 6 missions de l’université depuis la loi sur l’autonomie des universités.
Les entreprises signataires affichent l’objectif de recruter des cadres qui ressemblent à leurs clients, de favoriser la connaissance mutuelle du fonctionnement de l’entreprise et de l’université, d’améliorer la lisibilité croisée de leurs
deux mondes, et le recrutement d’universitaires sur des postes à haut potentiel. « L’université leur apporte une diversité des profils et de formations, donc de compétences et connaissances », ajoute Khaled Bouabdallah, vice-président de la CPU et président de l’université de Saint-Etienne. En faisant savoir qu’elles sont ouvertes aux profils universitaires, ces entreprises espèrent inciter plus de candidats à postuler et enclencher un mouvement général. Le président Salzmann est aussi très attaché à ce que cette charte vienne confirmer le mouvement de valorisation du doctorat chez les recruteurs.

 

Des relations variées
« Les entreprises travaillent de façon régulière et diversifiée avec nos établissements, poursuit Gérard Blanchard, vice-président de la CPU et président de l’université de La Rochelle. Que ce soit en matière de recherche, d’animation de cours, de présentation de métiers et secteurs ou de recrutement de stagiaires, alternants et jeunes diplômés. » Les universités déploient de nombreux dispositifs pour permettre une connaissance mutuelle entre les mondes académiques et économiques. Les entreprises sont invitées à venir découvrir la diversité des formations, la richesse des profils universitaires, des travaux des laboratoires via des contacts directs. « Nous travaillons avec les milieux économiques au sens large, précise Khaled Bouabdallah, notamment les chambres de commerce et les branches professionnelles. »

 

De plus en plus structurées
Pour Gérard Blanchard, « l’évolution réside dans la structuration de relations qui hier tenaient plus du gré-à-gré et sont désormais institutionnalisées. » Au-delà des contacts historiques entre chercheurs et enseignants avec leurs partenaires économiques, les institutions se dotent de responsables, voire de VP, en charge des relations avec les entreprises. Ils recensent l’ensemble des partenaires de leur établissement, et définissent des stratégies structurées pour leur offrir une palette de relations complètes. En faisant mieux connaître ses besoins en compétences et métiers à ceux qui forment la majorité des étudiants de France, l’entreprise concoure à l’évolution du contenu des formations, à la professionnalisation des étudiants, et donc à leur bon placement.
Des relations s’établissent jusqu’au plus haut niveau, les présidents d’universités sont désormais sollicités par les dirigeants d’entreprises. « Leur première question est toujours : formez-vous à tel métier ou telle compétence ? raconte Jean-Loup Salzmann. D’autres nous demandent de créer des formations pour répondre à des besoins spécifiques. L’intérêt des entreprises pour nos universités et diplômés est avéré. »

 

 

L’UNIVERSITÉ DE SAVOIE CHAMPIONNE DES RELATIONS ENTREPRISES
La stratégie de l’université de Savoie est très affirmée avec une VP aux Relations Entreprises, Rachel Bocquet, et un Club des Entreprises fort de 1 000 partenaires créé en 1991, présidé par Claude Deffaugt. L’université de Savoie a été créée en 1979 pour être au service du développement économique et d’emblée en lien avec les entreprises. Rachel Bocquet est à la tête d’une cellule dédiée à la valorisation de la recherche. « Notre objectif est de diffuser les connaissances issues de nos laboratoires afin d’aider les entreprises à innover et se développer. Cela se traduit par de la recherche partenariale (+50 % de volume de contrats entre 2011 et2014 grâce à nos actions pour faire connaître nos laboratoires) ; le dépôt de brevets et la création d’entreprises en collaboration avec les acteurs grenoblois ; la mobilité de nos chercheurs et docteurs en entreprise ; leur participation à des groupes d’experts. »
www.club-entreprises.univ-savoie.fr/

 

Le mot de CLAUDE DEFFAUGT
« Ce Club est une originalité, alors qu’en théorie il est évident que toute université qui prépare les forces vives du pays pour demain, instaure des relations avec le monde économique ! Le plus souvent centrées sur la recherche, les relations avec les entreprises sont plus rarement, comme au travers de notre Club, axées sur la professionnalisation des enseignements, l’insertion des étudiants et l’organisation de rencontres, formelles et informelles, avec le monde économique. Le Club se veut une interface entre l’Université et le monde économique. Il partage une vision commune avec la structure académique et nous sommes présents dans nos gouvernances respectives. C’est ce faisceau d’énergies et de compréhension mutuelle qui fait selon moi le succès de nos actions. L’an dernier, 1 540 rendez-vous individuels ont été organisés au forum des stages avec 85 entreprises, 300 jeunes ont été recrutés. 400 intervenants professionnels animent notre semaine Emploi & Entreprise.
Nous organisons des rencontres pour l’alternance, et offrons des prix à des jeunes diplômés, majoritairement de l’IAE, pour passer une journée entière aux côtés d’un PDG, découvrir son travail, et nouer de précieuses relations interpersonnelles. L’ensemble de nos actions vise à permettre la rencontre, donner l’opportunité de nouer des relations humaines. Les membres du Club sont des entreprises, des collectivités publiques, les chambres de commerce, le Medef, les agences économiques. Il est essentiel que le monde du savoir soit ouvert aux besoins en compétences de l’économie de demain. Les entreprises ont elles aussi besoin de connaître les formations et profils universitaires ; de s’assurer d’avoir des formations de qualité sur leur territoire pour préparer leur avenir. La symbiose entre nos deux mondes est incontournable. »

 

A. D-F