C’est une femme, française, qui a porté la révolution au sein du groupe britannique Kingfischer, n°1 européen de la distribution des produits d’aménagement de la maison. Depuis des années, Véronique Laury (IEP Paris 87) était convaincue que ce conglomérat regroupant 6 enseignes différentes devait travailler « as one ». Elle en fait désormais la preuve. Rencontre avec une passionnée pragmatique et humaine…

Véronique Laury (IEP 87), CEO du groupe Kingfisher © Sylvie Humbert

Véronique Laury (IEP 87), CEO du groupe Kingfisher © Sylvie Humbert

Pouvez-vous nous présenter le groupe Kingfischer et nous parler de la révolution stratégique que vous y avez engagée ?
Ce groupe britannique présent dans 9 pays européens est un conglomérat construit par acquisitions rassemblant 5 enseignes : Castorama, Brico Dépôt, B&Q, Screwfix et Koçtas (Turquie). Il emploie 74 000 personnes et réalise 12,9 Mds€ de CA dans 1 100 magasins. Or, en 20 ans passés à travailler dans divers pays, j’ai remarqué que les besoins de nos clients étaient bien plus semblables qu’on ne le pensait. Aussi l’idée de proposer une offre commune, repensée et designée par nous, me trotte dans la tête depuis des années… huit, en fait. J’ai plusieurs fois essayé de la pousser en avant ; en vain. Alors, j’ai patienté, mûri et peaufiné mon plan et quand on m’a auditionnée comme éventuelle CEO, les décisionnaires ont réalisé l’intérêt de cette révolution culturelle qui allait nous permettre de travailler « as one », tous ensemble : vision commune, offre commune, expérience client commune, bref  d’être enfin UNE seule et même entreprise. Cela va nous prendre 5 ans ; c’est un chantier complexe et ambitieux, mais avant tout enthousiasmant !

 

« Je compte sur les jeunes talents pour nous aider à construire un nouveau modèle d’entreprise »

Pouvez-vous nous résumer votre parcours et nous dire ce que vous avez appris de chaque étape ?
Après l’IEP, je suis entrée chez Leroy-Merlin pour un an, pensais-je. J’y suis restée 14 ! Opérationnel, puis marketing et produit, j’ai énormément appris et grandi, fait trois enfants également, mais je me demandais un peu ce que je faisais de ma vie jusqu’à ce qu’une de mes grands-mères m’explique que la sienne s’était transformée depuis qu’on avait changé son vieux papier peint ! Cela m’a réconcilié avec mon job. C’est à ce moment que j’ai accepté de diriger la petite PME de jardinage qu’un ami venait d’acquérir : 3 M€ de CA et 15 employés… autant dire 15 familles dont je devenais directement responsable ! Qu’importe la taille d’une entreprise ; N°1, on n’échappe pas aux décisions difficiles. Ce fut un excellent laboratoire. Puis, chez Castorama, j’ai effectué un vrai parcours international, quitte à réclamer des postes non promotionnels pour pouvoir travailler en anglais, avec les Anglais. J’ai ensuite été nommée DG de Castorama avant qu’on ne me propose de rejoindre les postulants au poste de CEO. J’en ai été la première surprise, mais je connaissais l’entreprise par cœur et portais un projet vraiment novateur. Alors…

 

Quels métiers sont-ils à l’œuvre au sein du groupe et quels atouts offre-t-il qui puissent donner envie aux jeunes talents de vous rejoindre ?
Opérationnel, finance, marketing… les entrées sont multiples. Et si la distribution n’est pas toujours bien perçue, la dimension humaine y est primordiale. Or, je n’aime pas du tout le mot « manager » ; on ne manage personne, les gens sont adultes. En revanche, on peut être un leader, conduire et donner à chacun les moyens pour qu’il œuvre au mieux, s’épanouisse. Le modèle hiérarchique a vécu. C’est également cette révolution que nous menons, en nous appuyant sur le numérique et le collaboratif. Rejoindre Kingfisher à ce moment de son histoire, quelle chance ! Que les jeunes talents nous rejoignent, oui ; ils seront entendus et, ensemble, nous dessinerons un nouveau modèle d’entreprise…

 

« Je n’ai jamais eu mon diplôme »
« Au moment de l’examen final, j’ai eu un grave accident de voiture et n’ai pu passer toutes les épreuves. J’en ai représenté en septembre mais il fallait obtenir davantage de points et il m’en manquait deux ou trois. J’ai expliqué mon cas et l’on m’a dit : « Repiquez un an ». Je n’en avais pas envie et avais déjà tant appris. Quelque chose notamment qui m’a beaucoup servi depuis : comment reconnaître les vrais cracks, les gens vraiment très forts (il y en avait parmi nos intervenants) ?… Réponse : tous sont humbles. »

 

JB.

 

Contact :
veronique.laury@kingfisher.com