Qu’ils soient étudiant amateur de rugby comme Maxime à Centrale Paris, capitaine de leur équipe comme Matthieu à ESCP Europe, ou président du Stade Français comme Thomas Savare, ancien élève de Centrale Paris, tous ont un point commun : ils ont expérimenté les interactions entre rugby et grandes écoles et possèdent un avis réfléchi sur le sujet. Et cet avis justement, ils nous l’ont donné…

 

L’équipe de Centrale Lyon

L’équipe de Centrale Lyon

 

Un sport en pleine ascension…
« Je pense que le rugby est en progression dans la population française et qu’il a vocation à s’étendre », me confiait Thomas Savare, président du Stade Français, lors de son interview. Et il n’a probablement pas tort. Deuxième sport le plus médiatisé en France, le rugby a la cote, notamment dans les grandes écoles. Pour Laura Ruiz, capitaine de l’équipe de rugby féminine d’HEC, « c’est un peu la mode de faire du rugby », elle qui explique qu’au cours des trois dernières années, l’équipe féminine a gagné en popularité et en légitimité, y compris aux yeux des camarades masculins qui eux, avaient conquis le gazon d’HEC il y a bien longtemps déjà. A ESCP Europe aussi, où d’ailleurs il y a également une équipe de filles, Matthieu Santès, capitaine des garçons, emploie le terme « mode » pour parler de cette tendance pro-rugby : « Je pense que l’effet de mode gagne sur l’effet bourrin. »

 

…bien implanté dans l’enseignement supérieur
Au-delà d’une tendance passagère qui rendrait le rugby populaire, il y a aussi, de l’avis des personnes interviewées, un vrai lien entre le sport du ballon ovale et l’enseignement supérieur. « Le rugby est probablement l’un des sports dans lesquels la dimension universitaire est l’une des plus importantes », explique Thomas Savare, rappelant qu’en Angleterre, c’est un sport quasiment obligatoire. En France, il a d’ailleurs le sentiment que le foot se joue plus en club alors que le rugby est davantage pratiqué en école ou en université. Une idée défendue par René Fontès également, président du club de rugby à XV de l’ASM Clermont Auvergne : « C’est dans les milieux universitaires que le rugby se développe le plus, comme partout dans le monde ».

 

Un pour tous…
De manière assez frappante, toutes les personnes interviewées par le Journal des Grandes Ecoles ont spontanément et instantanément associé le nom rugby avec l’adjectif collectif, comme si penser l’un sans l’autre était tout simplement impossible. Thomas Savare : « Dans le rugby, une importance toute particulière est donnée au collectif, au groupe ». Laura Ruiz : « Chacun a un rôle très différent mais chacun a un rôle très important. Au foot, on ne se fait pas trop mal, on peut jouer un peu tout seul. Au rugby, on ne peut pas. » Edouard Riault, ancien capitaine de l’équipe de Centrale Lyon : « Ce n’est pas un sport individuel. On a besoin de chacun. On se responsabilise pour l’équipe (…) Si on ne vient pas à l’entraînement, on laisse tomber un copain. (…) Au rugby plus que dans d’autres sports, il n’y a pas d’individualité.» Maxime Darçot, responsable communication de l’association étudiante Centrale 7, à Centrale Paris : « Le rugby, c’est un peu le sport d’équipe par excellence. » Or, l’attachement au groupe est également une valeur essentielle dans les grandes écoles, à travers un fort esprit de promo, l’implication des étudiants dans de nombreuses associations, ou encore l’importance donnée au réseau professionnel. On en arrive donc aisément à expliquer pourquoi, selon les termes de Thomas Savare, « Dans les grandes écoles, le rugby, c’est une tradition ». Laura Ruiz et Matthieu Santès sont d’ailleurs tous les deux d’accord avec cette idée. « Je pense que ça marche mieux dans les écoles parce qu’il y a cet esprit de groupe » déclarait la première, tandis que le second me disait : « Le rugby se prête très bien à l’esprit grandes écoles, à l’esprit un peu clocher. (…) La grande école créé le ciment qui soude l’équipe » ajoutant « Moi je me sens un peu ESCP grâce au rugby ». Conséquence : pratiquer le rugby lorsqu’on est étudiant dans une grande école est non seulement un « excellent moyen de s’intégrer » (Matthieu Santès), mais plus encore, c’est une formidable opportunité d’élargir et de consolider son réseau. « Vous vous apercevez que les gens qui ont joué au rugby ensemble à l’école restent proches très très longtemps », remarquait Thomas Savare, rejoint par Matthieu Santès : « Cela crée des liens, et surtout des liens qui durent ». L’équipe des garçons de l’ESCP

 

Une excellente préparation à la vie professionnelle

L’équipe de Centrale Lyon

L’équipe de Centrale Lyon

 

Par ailleurs, si le rugby a toute sa place dans les grandes écoles, c’est également parce qu’il constitue une « bonne école de la vie, (…) une bonne appréhension de ce qui se passe dans une équipe de travail » (Laura Ruiz). L’explication est simple : le rugby est un sport qui développe des valeurs particulièrement utiles pour la vie professionnelle. Quelles valeurs ? « Esprit de combat, de solidarité, de cohésion et d’envie sans lesquels il est impossible de réussir dans ce sport », déclare René Fontès, pour lequel les principes moraux qui naissent en pratiquant le rugby sont les mêmes que ceux nécessaires à la vie en entreprise. « Le rugby, par les valeurs dont il est porteur, est l’exemple même des sports d’équipe professionnels de haut niveau qui sont de nature à trouver la meilleure cohérence possible avec des personnes issues du business », ajoute-t-il. Une idée que l’on retrouve dans le discours de Laura Ruiz : « Le rugby nécessite beaucoup d’effort sur soi et de compétitivité » et également de Thomas Savare : « Vous développez des valeurs qui sont très importantes (…) comme le fait de comprendre qu’on est beaucoup plus fort dans un groupe que tout seul. »

 

Des recettes de management réutilisables
Enfin, pour ces élèves qui se sont emparés de responsabilités et ont décidé de devenir capitaine de leur équipe, le rugby est une bonne école de management. Edouard Riault : « Toute l’année il faut garder ses troupes motivées et ça se rapproche beaucoup de la gestion de projet. (…) De plus, il faut se mettre au niveau de ceux qui débutent et apprendre à s’adapter. (…) Le plus dur en tant que capitaine c’est de rester dans son jeu tout en s’occupant des autres. (…) Il faut toujours redonner confiance aux autres et ce n’est pas évident. (…) Au niveau managérial, ça apprend beaucoup de choses. (…) Il y a un décalage intergénérationnel qui n’est pas facile à gérer. » Matthieu Santès évoque de son côté le challenge qui consiste à « faire adhérer les autres aux projets » et la difficulté à « gérer l’affectif ».

 

Les anciens de grandes écoles à la tête de clubs de rugby
Thomas Savare, président du Stade Français et directeur général d’Oberthur Technologies, René Fontès, président du club de rugby à XV de l’ASM Clermont Auvergne et ancien directeur du personnel d’ensemble du groupe Michelin, et Jean-Marc Lhermet, directeur sportif de l’ASM Clermont Auvergne qui dirigeait auparavant une équipe chez Michelin, sont tous les trois diplômés d’une grande école d’ingénieur. Centrale Paris pour Thomas Savare, et l’INSA Lyon pour Jean-Marc Lhermet et René Fontès. Ils livrent leur regard sur l’exercice particulier de management auquel ils sont confrontés tous les jours. Pour Thomas Savare, « le mode de management est le même au Stade Français que chez Oberthur.(…) Au Stade Francais , ce n’est pas le même langage, c’est forcément des personnalités fortes mais c’est toujours l’animation du groupe. » René Fontès considère qu’« il y a de tels enjeux dans le sport aujourd’hui qu’il faut forcément des gens qui aient une expérience, une culture générale, une ouverture d’esprit qui sont donnés par les grandes écoles. » Selon Jean-Marc Lhermet, « il existe des recettes communes entre ce qui peut se passer sur le terrain et ce qui peut se passer en entreprise ». Il constate la présence de fondamentaux de management quels que soient la taille du groupe et le secteur d’activité : avoir l’homme au centre du système, respecter les hommes quel que soit l’endroit et rechercher la performance. Notamment, ce qui est primordial dans le monde sportif comme dans le monde professionnel, c’est de développer la confiance que les individus ont en eux et pour cela, il faut qu’ils se sentent compétents dans ce qu’ils font. « Il faut plutôt insister sur les compétences des gens et non sur leurs défauts, insister sur leurs forces plutôt que sur leurs points faibles. (…) Cibler l’objectif et le suivre avec la personne au plus près. » En revanche, ce qui fait selon lui la différence entre exercer une fonction dirigeante dans le monde du rugby et le faire dans une entreprise classique, c’est la population avec laquelle on travaille. Au rugby, les sportifs sont assez jeunes (20-35 ans) et passionnés. En revanche, en entreprise, le manager est confronté à un public proche de la retraite (50-65 ans) plus difficile à gérer et pour lequel les leviers de motivation sont complètement différents.

 

 

Le gitan olympique, l’équipe de rugby des anciens de l’ESCP Europe
Stéphane Roche, Président fondateur, ESCP 1984 : « Le gitan olympique est né à l’initiative d’un groupe de provinciaux rugbymen ayant intégré l’ESCP( promo 1983, 1984 et 1985). Peu après leur sortie de l’école, ces anciens, las de jouer pour leur club d’entreprise, le LOCH ou le Black Pampers, ont souhaité créer un club d’anciens afin de se retrouver autour du beau jeu et de porter haut les couleurs de l’école et celles de leurs propres valeurs conviviales. (…) Créer le club de rugby des anciens ESCP était un moyen de poursuivre les liens d’amitié tissés à l’école alors que chacun démarrait une nouvelle vie professionnelle. Voir que ce club est encore plus fort et plus dynamique aujourd’hui, 21 ans après sa création, est une source de fierté pour les ESCP et la preuve que les valeurs du rugby constituent un ciment qui traverse les générations. »Brice Delaloi, capitaine actuel, ESCP 2006 : « C’est une équipe composée essentiellement (mais pas que) d’anciens de l’ESCP qui se nourrit chaque année des nouveaux arrivants de l’école (les promos représentées sur le terrain vont de 1996 à des étudiants actuels). Le but est simple : se retrouver entre amis et entre promos pour des matchs le samedi matin (nous participons au championnat organisé par la FFSE en région parisienne) autour d’un sport qu’on adore et avec un super état d’esprit. Une fois par an, il y a également une tournée dans un pays anglo-saxon pendant le tournoi des 6 nations (Pays de Galles, Angleterre) ainsi qu’un tournoi à Biarritz. »

 

Claire Bouleau