X, HEC, puis consultant dans un important cabinet de conseil, très vite, Ismaël Le Mouel se demande ce qu’il fait-là. Alors, il lâche tout pour créer une start-up dans l’économie sociale et solidaire, puis organiser dans la foulée la première Social Good Week à la française. Rencontre avec un héraut de la génération Y.

Votre aventure, c’est un peu l’histoire d’un coup de tête ?
Ismael Le Mouel : Oui et non. J’ai effectué mon dernier stage d’X dans les coopératives autogérées d’Argentine, au côté du leader de ce mouvement enthousiasmant. Puis j’ai intégré HEC en Master d’entreprenariat. A la sortie, j’ai glissé sur une pente naturelle, me retrouvant conseiller en stratégie et c’est vrai que, très vite, je me suis aperçu que je n’y trouvais pas le sens que je cherchais. Alors, j’ai marié mes trois passions : l’entreprenariat, le solidaire et les « nouvelles » technologies pour tâcher de combler un manque : si le milieu de la solidarité est par essence collaboratif, il a encore peu recours à l’outil collaboratif par excellence : internet.

 

D’où l’idée de Mailforgood…
Une plate-forme de mobilisation et de collecte regroupant aujourd’hui plus de 750 ONG et associations. On va fêter nos 3 ans et on enregistre 150 000 visiteurs uniques par mois pour 30 000 € collectés. Sur lesquels on ne prend pas un centime. On a parié sur la générosité et l’intelligence des gens en leur disant : « laissez un pourboire si vous voulez ». Ils veulent. On essaye d’innover dans tous les domaines (ce pourquoi sur notre équipe de 5, 2 sont des développeurs) afin d’offrir une visibilité et des fonctionnalités uniques aux associations, entreprises ou écoles. On sert de plate-forme de collecte de fonds à la Fondation Polytechnique et d’autres écoles suivent. On sait comment elles fonctionnent et on joue avec, créant une saine rivalité entre les différentes promos par exemple.

 

Vive la Social Good Week !
Co-fondateur de la première Social Good Week qui s’est tenue en septembre dernier à Paris comme dans une dizaine de grandes villes et a reçu un excellent accueil des étudiants et des médias, Ismaël voulait montrer au public que « les nouvelles technologies sont un levier majeur de changement vers une société plus solidaire ». Parrainée par des entreprises comme SFR ou Axa (Claude Bébéar est venu partager sa vision), organisée en partenariat avec la Fondation Polytechnique et l’université Paris-Diderot, la SGW reprendra du service en novembre prochain, renforcée par « toutes les écoles qui souhaiteront se joindre à nous ! ». A bon entendeur…

 

Avez-vous été accompagné en tant qu’entrepreneur social ?
En tant que créateur de start-up. L’écosystème de ce côté est bien en place. Mais l’économie sociale et solidaire en est encore à la phase de structuration. Les choses évoluent, notamment via la création d’incubateurs dédiés à ces jeunes entreprises, mais la grande difficulté reste de trouver des sous. Il n’y a pas d’OSEO dans ce domaine, ni de fonds d’investissement dédiés comme dans les pays anglo-saxons. Même chose dans l’enseignement qui en est aux modules sur le développement durable, la RSE, pas encore sur l’économie sociale et solidaire. J’interviens ponctuellement à l’X et à HEC, mais pour que les choses évoluent vraiment, il va falloir attendre quelques success-stories qui marquent les esprits.

 

 

On vous souhaite d’en être. Vous gagnez votre vie ?
Je me paye, c’est déjà bien, et nous approchons de l’équilibre financier. Sans aucun doute mes petits camarades d’études gagnent-ils plus mais, personnellement, j’ai décidé que rien ne valait de se lever avec un énorme sourire en pensant à la journée qui m’attendait…