Emmanuel Davidenkoff se passionne pour les questions d’éducation. Il explique ici de quelle manière notre pays risque (une nouvelle fois) de manquer son rendez-vous avec la mutation technologique en cours…

 

Emmanuel Davidenkoff , directeur de la  rédaction du magazine L’étudiant et  chroniqueur sur France Info

Emmanuel Davidenkoff , directeur de la rédaction du magazine L’étudiant et chroniqueur sur France Info

L’école, selon vous, manque généralement ses rendez-vous avec les nouvelles technologies. Que faudrait-il faire pour accompagner l’actuelle révolution numérique ?
Renverser le paradigme actuel. Se diriger vers des classes « inversées » où les cours seraient faits à la maison et les devoirs à l’école. On pourrait par exemple imaginer que les élèves regardent chez eux une vidéo sur la guerre de 14 pour voir ensuite en classe ce qui a été acquis ou pas. Le problème majeur étant que même si, cette fois-ci, on décidait de faire quelque chose (l’éducation Nationale a déjà raté ses rdv avec la radio et la télévision), les enseignants ne sont nullement formés à la pédagogie mais jugés sur la maitrise de leur domaine. Pourtant, des enseignants pédagogiquement compétents, il en existe, qui sont connus. Mais le système est incapable d’encourager ni de propager leurs bonnes pratiques. S’ajoute à cela un problème idéologique ; au nom du mythe égalitariste, pas question d’utiliser ce qui marche seulement pour une minorité. Un peu comme si, sous prétexte qu’il n’y a pas assez de canots de sauvetage à bord, on décidait de n’en utiliser aucun.

 

 

Si ce n’est plus de transférer son savoir, quel est le nouveau rôle de l’enseignant ?
Il reste de transférer le savoir, mais pas seulement et différemment. S’il convient toujours de posséder des connaissances robustes dans son champ d’enseignement, c’est surtout pour apprendre aux autres à y naviguer. Tous les savoirs relevant du par cœur par exemple, comme les verbes irréguliers en anglais, pourraient être délivrés par la machine, plus personnalisable, patiente et ludique que l’humain. Le temps ainsi libéré serait mis à profit pour intervenir en petits groupes via des travaux personnels encadrés. Mais non.

 

 

Internet, c’est la victoire du réseau sur le système pyramidal, celui de l’éducation nationale. Existe-t-il un espoir de voir le système évoluer de ce côté ?
L’autonomie liée au fonctionnement en réseau fait très peur. Ce qui est acquis, c’est qu’internet permet aux enseignants de s’organiser et d’échanger en continu là où ils se rencontraient beaucoup moins avant. Le problème étant que ces enseignants sont des fonctionnaires voués à obéir à l’institution qui les emploie. Ainsi, si je suis ravi de voir les innovations sur le terrain se multiplier, je suis catastrophé par la manière dont ces initiatives sont si peu encouragées, utilisées, diffusées.

 

Un journaliste passionné d’éducation
Après une licence de Lettres modernes à la Sorbonne (option « ouverture au monde »), Emmanuel Davidenkoff devient journaliste et publie plusieurs ouvrages, souvent critiques, consacrés à l’éducation nationale. Dernier opus paru : « Réveille-toi Jules Ferry, ils sont devenus fous » (2007). Quand on lui demande quels souvenirs il garde de l’enseignement qu’il a lui-même reçu, il évoque « l’absence de vision globale du monde proposée, ce saucissonnage des matières entre lesquelles il m’a fallu des années pour faire le lien ». Quant aux bons souvenirs : « Ce sont ceux liés à ces professeurs passionnés qui vous font vraiment comprendre ce qu’il enseignent ou qui, plus tard, vous invitent à aller chercher des exemples « dehors » dans le but de connecter le programme à la vraie vie pour lui donner du sens. »

 

J.B.