Ingénieures au féminin

 

Qu’est-ce qui différencie une ingénieure d’un ingénieur ? Ce simple « e » justifie-t-il une différence ?

Aline Aubertin Ingénieur CPE et titulaire du eMBA d’HEC. Vice-Présidente de Femmes Ingénieurs

Aline Aubertin Ingénieur CPE et titulaire du eMBA d’HEC. Vice-Présidente de Femmes Ingénieurs

Aucune différence, vous diraient les élèves ingénieures…
… étonnées de se retrouver si peu nombreuses dans les écoles d’ingénieurs : seulement 25 % en moyenne des élèves ingénieurs1 sont des filles et moins de 10 % dans certaines filières telles que le génie civil ou l’électricité. Elles ont eu la chance d’évoluer dans un environnement où les stéréotypes, qui veulent que les études d’ingénieurs préparent à des métiers d’hommes, ne les ont pas découragées, soit parce qu’elles ont pu malgré tout imposer leur envie, oser et se faire confiance, soit parce qu’elles ont été protégées de ces stéréotypes2. Elles ont passé les mêmes concours que leurs camarades garçons ou la même sélection à l’entrée des mêmes écoles. Elles ne perçoivent aucune différence pendant toutes leurs études, même s’il leur faut parfois s’imposer pour se faire une place dans un milieu masculin, dont elles doivent apprendre les codes. Cependant, elles sont le plus souvent finalement chouchoutées par leurs camarades du fait de « leur rareté » et appréciées dans les travaux de groupe pour leur sérieux, leur capacité organisatrice et modératrice.
En effet ces études leurs sont complètement accessibles : aucun besoin d’aptitudes physiques qui pourraient être différentes entre garçons et filles. Au contraire, elles réussissent particulièrement bien, voire mieux que les garçons. Aucune différence non plus dans le choix du premier emploi, qu’elles trouvent en moyenne plus rapidement que les garçons et pour lequel elles sont rémunérées quasiment au même niveau. 3 Mais alors cette question de la différence entre ingénieur et ingénieure est-elle complètement d’un autre temps ?

 

Pas tout à fait, en fait.
En effet, au fil des années, ingénieurs et ingénieures auront le plus souvent des carrières différentes. 48 % des ingénieurs ont des responsabilités hiérarchiques contre 32 % des ingénieures, et les femmes encadrent plutôt une petite équipe tandis que les hommes encadrent plutôt un service ou un département. 21 % des ingénieurs qui ont des responsabilités hiérarchiques ont des fonctions de direction générale, contre 8 % des femmes4. Ces différences de profil de carrière se retrouvent sur les salaires comparés des ingénieurs, homme ou femme. L’écart de 2,6 % en début de carrière est déjà légèrement supérieur à 10 % dans la tranche d’âge 30-39 ans, pour atteindre plus de 20 % au-delà de 50 ans.4 Les raisons sont complexes et multiples. Le plafond de verre existe pour les ingénieures, comme pour l’ensemble des femmes cadres françaises. Mais les choix de carrières des femmes expliquent également ces différences. On les retrouve plus nombreuses en études et essais techniques, R&D et qualité, et bien moins nombreuses que les hommes dans les domaines rémunérateurs tels que vente, marketing, achats et management des systèmes d’information4. Les écoles de commerce qui préparent les ingénieurs, entre autres, aux plus hautes fonctions de management et gestion dans leurs e-MBA accueillent encore une minorité de femmes, quelles que soient les études initiales de leurs participants. Ceci parce que les entreprises sollicitées pour financer ces formations coûteuses privilégient leur vivier d’hommes, mais aussi parce que les femmes en font moins la demande. Elles sont davantage culpabilisées à l‘idée de consacrer pendant 18 mois la majeure partie de leur temps personnel à la préparation de leur carrière, en n’étant pas forcément soutenues dans leur famille.
Il faut donc reconnaître que les ingénieures ont leur part de responsabilités, mais le poids de notre société où l’inégalité entre les sexes perdure encore, également. Les différences entre ingénieures et ingénieurs sont donc à priori les mêmes que celles de l’ensemble des cadres français quelle que soit leur formation initiale.
Par contre, les entreprises qui cherchent à recruter davantage d’ingénieures pour féminiser leurs équipes et ainsi améliorer leur performance, gagneraient à mettre en oeuvre une politique spécifique d’accompagnement pour favoriser leur progression de carrière. C’est cette politique volontariste qui permettra aux ingénieures de vivre, puis de dire que non vraiment, il n’y a plus aucune différence ! European Marketing Manager chez GE Healthcare, Aline Aubertin a développé sa carrière dans le domaine du pilotage stratégique des ventes et du marketing de produits techniques. Elle est très engagée pour la promotion des femmes scientifiques dans l’entreprise, au sein du Women Network de GE et en tant que Vice- Présidente de Femmes Ingénieurs
www.femmes-ingenieurs.org

 

Présentation de l’association Femmes Ingénieurs
La mission de Femmes Ingénieurs est double :
• Promouvoir les métiers d’ingénieurs auprès des filles et aussi auprès des garçons dans le but de les attirer vers les métiers des sciences et technologies.
• Promouvoir la place de la femme ingénieur dans le monde du travail.

A cet effet, Femmes Ingénieurs travaille avec le monde politique, associatif, les rectorats et avec les entreprises. Femmes Ingénieurs a signé une convention tri-annuelle avec les Ministères de l’Enseignement Supérieur Recherche de l’Education Nationale. Femmes Ingénieurs est une association Loi 1901, qui a été créée, dans sa forme actuelle, en 1982. Ses membres sont des personnes morales et des personnes physiques ingénieur-e-s et diplômé-e-s de l’enseignement supérieur exerçant une activité de cadre scientifique ou technique – dans tous les secteurs d’activités du privé et du public, à des postes très opérationnels, fonctionnels ou corporate. Les hommes sont les bienvenus. Ses actions servent la promotion du métier de l’ingénieur au féminin :
– auprès des jeunes filles pour les inciter à entreprendre des études d’ingénieur,
– auprès des femmes ingénieurs professionnelles pour les inciter à faire reconnaître leurs compétences et leurs réalisations probantes,
– auprès des entreprises pour aider à la promotion des femmes ingénieurs et pour défendre leurs intérêts,
– auprès des pouvoirs publics et du monde politique pour favoriser les politiques en faveur de l’accès des femmes aux carrières scientifiques,
– auprès du monde de l’éducation pour combattre les stéréotypes qui freinent l’accès des jeunes femmes aux métiers scientifiques
– au plan international, européen et aussi national, par notre fonctionnement en réseau. Femmes Ingénieurs produit et publie, depuis plus de 15 ans, les données socio-économiques et sexuées sur la population des ingénieurs en France, à partir de l’enquête du Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France (CNISF), dont sont issues une large part des chiffres de cet article. Femmes Ingénieurs a toujours très largement partagé ses données chiffrées, dont la richesse et la fiabilité constitue une exception enviée par les autre pays européens. Ils sont consultables dans le volet « statistiques » du site www.femmes-ingenieurs.org

 

1 Chiffres issus de l’enquête annuelle du CNISF (situation 2009), dont l’analyse comparée est réalisée par FI depuis plus de 15 ans.
2 Le portrait des femmes ingénieurs 2008, rédigé par FI à partir des statistiques de l’enquête du CNISF montre que les ingénieures ont des mères plus souvent actives que l’ensemble des ingénieurs, écart provenant d’une présence plus importante de filles d’enseignantes. Le rôle des parents et en particulier des mères comme modèle ou prescriptrice apparaît comme particulièrement important.
3 alors que les hommes issus des écoles de commerce perçoivent une rémunération plus élevée que celle des femmes débutantes – Sources : Traitement FI de l’enquête CNISF2010 – Enquête CGE 2010 – INSEE
4 Traitement FI de l’enquête CNISF 2008

 

 

Aline Aubertin
Ingénieur CPE et titulaire du eMBA d’HEC.
Vice-Présidente de Femmes Ingénieurs