Le numérique a incontestablement modifié notre rapport au travail, notre rapport aux relations personnelles et ce, dans un temps si court, qu’un sentiment anxiogène plane dans l’air ambiant. La société oscille entre les technophiles « early-adopters » et « alter-numériques » qui prônent un retour aux sources. Des nouveautés, toujours des nouveautés ! . Par Matthieu Deboeuf-Rouchon | Directeur du Département Web & eBusiness de l’IIM (Institut de l’Internet et du Multimédia) – Groupe Léonard de Vinci.

 

Ne pas se mettre dans le flux de cette (r)évolution revient à se mettre en marge

La loi de Moore s’applique également au monde de l’innovation et nous connaîtrons davantage dans les cinq prochaines années qu’au cours des quinze dernières.

Nous sommes personnellement connectés plus de 1h30 par jour (en moyenne) à nos réseaux sociaux, 90 % à commencer notre parcours d’achat en ligne et à le terminer in-store (effet ROPO) ou l’inverse (effet PORO). Le mobile a joué, sans aucun doute, un rôle majeur dans cette pénétration du numérique dans notre quotidien.

Nous constatons, depuis plusieurs années déjà, une porosité de plus en plus forte entre les sphères professionnelles et privées

Porosité si forte, que la frontière séparant deux mondes jusqu’alors bien distincts n’est désormais plus visible pour la plupart des nouveaux entrants sur le marché du travail.

 

Le numérique, un prisme mobile rythmant notre vie

Qui pourrait nier pouvoir se passer de son mobile en 2016 ? Un objet qui, il y a encore 15/20 ans, relevait plus d’un besoin professionnel ou d’une appartenance sociale. Cet objet, comme tant d’autres, est désormais ancré dans notre quotidien si bien que nous nous demandons souvent « mais, comment faisions-nous avant ? ». Nous faisions différents !

 

A l’image des objets connectés comme les assistants personnels tels que Echo d’Amazon, Google Now, Siri de Apple etc. Ces assistants qui nous paraissent des gadgets en 2016 mais qui, dans un futur proche seront suffisamment générateur de valeur pour s’intégrer à notre quotidien. Imaginez : « Alexa (ndrl : nom de la voix de Amazon Echo), pourrais-tu ajouter à mon panier six œufs et me les faire livrer demain ? Ah oui, peux-tu ajouter un cadeau pour Tom. Sais-tu s’il a regardé un produit qui lui ferait plaisir récemment ? ». De la science-fiction ? Non, c’est déjà sur le marché ! Nous sommes encore assez loin du film « Her » de Spike Jonze mais l’implantation d’Intelligence artificielle sera, à terme, une norme dans le bâtiment. La course au « main stream »* entre les Gafa ne fait que commencer ! Scan, Appareil Photo, Paiement NFC, GPS, relations personnelles, emails ou messages instantanés, réservations de restaurants, achats divers… Tout autant de fonctionnalités, de facilités, que le mobile concentre dans quelques cm2.

 

Au travers du mobile, ce prisme technologique, passe notre vie, nos vies et par extension un nombre de données immesurables, qui nourrit les professionnels de la data qui, à notre insu, nous connaissent parfois mieux que nous- même!

Combien d’entre nous se sont un jour retrouvés à devoir utiliser ses outils personnels au travail pour gagner en efficacité ? La technologie et les outils personnels qui composent notre quotidien sont si efficaces que l’Homme n’est plus en mesure de comprendre pourquoi une organisation économique ne peut offrir la même agilité à changer d’outils, à permettre plus de transversalité par le travail collaboratif, à offrir plus de facilité au quotidien. Cette tendance du « bring your own device » est encore mineur mais se répand très significativement et devient une exigence des collaborateurs ou une politique RH à mettre en avant pour recruter les talents les plus agiles.

Innovation en entreprise, un ADN composé d’humain et de curiosité

Le collaborateur-consommateur devient prescripteur des services des Gafa auprès de son employeur ! Cette notion de fluide est donc à l’image du web ambiant où les outils et méthodes de travail s’ancrent plus vite dans la culture que dans les process. Les collaborateurs-consommateurs détiennent alors un pouvoir de prescription des services créés, souvent, par les Gafa, vis-à-vis des entreprises dont ils sont les employés. La boucle est bouclée !

 

*Courses à l’implantation d’une technologie transverse à l’image du Bluetooth, du Blue Ray…