La parité : une histoire de femmes ? Pas seulement. En France et à l’international des hommes s’engagent pour établir au sein des entreprises et des institutions une réelle égalité de faits. Quelles sont leurs motivations et comment leurs voix sont-elles entendues ? Eléments de réponse.

 

Cibler les privilégiés pour faire évoluer les mentalités

Co-fondateur et président de la société américaine de conseil White Men As Full Diversity Partners (WMAFDP), Bill Proudman a développé des méthodes inédites pour faire bouger les lignes en entreprise. Pour lui, les inégalités reposent avant tout sur des pensées « réflexes » des hommes, mais aussi des femmes, liées à leur culture et à leur manière de vivre. Ainsi, les outils mis en place en faveur de l’égalité (comme les quotas par exemple) n’auraient aucun en effet sans un prérequis : l’évolution des mentalités. Pour les faire évoluer, Bill Proudman ne cible pas les femmes, mais bien les hommes !

Les hommes au centre du débat

Et pas n’importe quels hommes. Ceux qui sont aujourd’hui en position de décisionnaire : les hommes blancs et hétérosexuels. En effet, alors qu’ils restent les moins discriminés dans le monde de l’entreprise et les plus réticents au changement, ils sont paradoxalement les plus en capacité de faire bouger radicalement les choses. Traditionnellement exclus des discussions sur les inégalités car considérés comme en étant les responsables, les hommes doivent revenir dans le débat selon WMAFDP. Changer le regard de cette classe privilégiée jouerait en effet sur l’inclusion de celles qui ne le sont pas. Pour changer la place des femmes dans l’entreprise, Bill Proudman préconise de se mettre à celle des hommes pour comprendre comment et pourquoi leur vision de l’égalité est encore biaisée. L’ouverture serait ainsi la clé de l’émancipation.

 

Les étudiants s’engagent pour l’égalité des droits

Une ouverture d’esprit dont font preuve aujourd’hui de plus en plus d’étudiants des grandes écoles et universités. C’est notamment le cas d’Ulysse Silva, étudiant à Audencia Business School et membre du groupe de travail Mogaï, un collectif rattaché à la Chaire RSE de l’école. « Nous travaillons sur toutes les formes de discriminations : hommes / femmes bien sûr, mais aussi handicap, LGBT… Nous avons développé un pôle de travail dédié à l’expression des discriminations sexuées qui a pour mission de créer des indices mesurant les situations et de mener des actions concrètes pour établir et partager des best practices. » Car en matière de discrimination, tout est souvent question de prise de conscience. «  Bon nombre de personnes ne se rendent pas compte de situations où une accumulation de mots, de faits ou de gestes fait qu’on se sent discriminé. C’est pour cela que nous mettons en place des points de vigilance. Il nous arrive par exemple souvent de sensibiliser à la question des associations organisatrices de fêtes étudiantes véhiculant des clichés sexistes par des slogans, ou des montages photos. »

Et des écoles aussi !

Une prise de conscience motivée par un engagement fort de l’école sur ces problématiques. « Des membres de l’administration s’engagent à nos côtés dans le collectif. Cela prouve que la lutte contre les discriminations est un sujet pris au sérieux. Si des inégalités persistent et qu’il reste du chemin à faire, on sait qu’on évolue dans un environnement protecteur », ajoute Ulysse. Autre preuve de l’engagement de l’école, 50 % des professeurs et des professeurs associés sont des femmes, embauchées aux mêmes salaires que leurs homologues masculins.

L’égalité, une question de performance globale

Le signe, pour André Sobczak, Directeur académique de l’école, d’une dynamique de rééquilibrage des valeurs. « Alors que de plus en plus de femmes osent entrer dans la négociation salariale, les hommes commencent à aborder d’autres types de valeurs. Le salaire n’est plus forcément leur première motivation : la qualité de vie au travail et l’ambiance deviennent aussi des éléments essentiels. Et c’est un point fondamental car l’égalité n’est pas qu’une question sociale, c’est aussi une question de performance globale des entreprises », conclut-il.

Ryan Gosling est féministe !

Mark Ruffalo, Will Smith, Jake Gyllenhaal et même Ryan Gosling : ces acteurs qui vous font rêver sont aussi de très bons avocats de la cause des femmes ! « L’Amérique a besoin d’une femme », « Les femmes sont meilleures que nous. Elles me rendent meilleurs », le héros de Drive n’a ainsi de cesse de multiplier les plaidoyers féministes. Un mouvement dans lequel s’est aussi lancé par Colin Stokes à l’occasion d’une conférence TED qui analysait en détails dès 2013 l’influence qu’ont les films sur les filles et les garçons. Il y regrettait notamment le fait que les dessins animés, donnant pourtant souvent de bons conseils aux filles pour s’ériger contre le patriarcat, occultent systématiquement les conseils à donner aux garçons pour aider les filles à lutter contre l’oppression masculine. Une conférence qui a fait le buzz et qui a notamment permis de promouvoir le test de Bechdel. Un test reposant sur trois questions simples déterminant si un film est sexiste ou non et qui pousse les spectateurs à s’interroger sur la place des femmes dans le cinéma. Faites le test ! En regardant votre prochain film, demandez-vous : est-ce qu’il y avait au moins deux personnages féminins dont on connaissait le nom ? Est-ce qu’elles se parlaient à un moment du film ? Est-ce qu’elles se parlaient d’autre chose que d’un homme ?

(c) Gage Skidmore

(c) Gage Skidmore