Qu’ils se destinent à une carrière d’ingénieur, de manager ou de médiateur, Chouaieb, Manon, Mathieu et Léonard ont tous le même leitmotiv : ne pas brider leurs ambitions. Rencontre avec ces étudiants à l’avenir prometteur.

Le saviez-vous ?
Seuls 2 jeunes handicapés sur 10 poursuivent des études supérieures contre 8 sur 10 pour les valides.

Chouaieb Nemri,
Etudiant en 2e année à l’INP-ENSEEIHT de Toulouse INP
Mon parcours
J’ai quitté la Tunisie après ma prépa pour rejoindre l’INP-ENSEEIHT, reconnu dans les domaines de l’électrique et de l’électronique de puissance. Je me suis installé à Toulouse en 2012 avec mon père qui a tout quitté pour me permettre de réaliser ms rêves. Je me suis vite senti encadré à l’ENSEEIHT : accueilli par un professeur référent handicap, je suis depuis aidé par deux élèves de ma classe dans ma vie de tous les jours.
Mon quotidien
Mon handicap et mon background culturel me rendent différent sur 2 plans mais pourtant, à l’ENSEEIHT, je n’ai pas le sentiment d’être différent. Par exemple, alors que j’avais peur de ne pas pouvoir manipuler lors des TP, cela ne me pose pas de problème : si je rate un détail, on me le remontre. Socialement parlant, je suis très bien intégré et actif sur le plan associatif : membre de certains clubs, j’ai l’honneur d’être Président de l’Association des Anciens de ma prépa en Tunisie.
Et demain ?
Je veux innover pour faciliter la vie des personnes à mobilité réduite et marcher un jour sur mes pieds. Dans un avenir proche, je me vois aux USA en train de suivre mon double diplôme au Georgian Institute of Technology. Et demain, je me vois comme un créateur d’entreprise dans le domaine de la robotique médicale, un chef d’équipe qui défend l’idée selon laquelle manager le handicap n’est finalement que manager la singularité.

 

Manon Clairefond,
Etudiante en 4e année à l’ESC Montpellier
Mon parcours
J’ai du me battre pour entrer en prépa car on a souvent essayé de me dissuader de rejoindre cette formation moralement difficile et pour laquelle on pensait que j’étais, du fait de mon handicap, trop fragile. Même si des concours spécifiques peuvent être utiles, je suis très fière d’être passée par la voie traditionnelle du concours Passerelle et de m’être comparée aux autres comme tout le monde.
Mon quotidien
Première étudiante en fauteuil de l’Ecole, l’ESC Montpellier a tout fait pour que j’y sois bien accueillie et pour me faciliter la vie via le renouvellement ou l’adaptation d’infrastructures. Mais mon quotidien reste un parcours du combattant. Entre les transports et mon accompagnement par des auxiliaires de vie, je dois me lever tous les jours à 5h.
Et demain ?
Actuellement en stage en RH, j’ai très envie de continuer dans cette voie et plus particulièrement dans le recrutement. Je souhaite aussi pouvoir travailler à la mise en place de missions handicap et de politiques diversité pour aider les entreprises à s’adapter au handicap, à la fois en front office (comme elles le font déjà avec plus ou moins de succès) et en back office, et pour promouvoir l’idée du vivre ensemble, car ce n’est que comme ça qu’on fera avancer les choses.

 

Mathieu Roby,
Etudiant à l’ISTEC, en année de césure chez General Electric
Mon parcours
Désireux de privilégier l’alternance, j’ai eu du mal à trouver une formation accessible du fait de mon handicap. Premier étudiant handicapé de l’Ecole, je suis très bien intégré auprès de mes camarades et de mes professeurs. J’ai juste besoin de quelques aménagements comme me procurer les slides avant les cours par exemple.
Mon quotidien
Je suis aujourd’hui en année de césure au sein de l’équipe communication de General Electric. J’ai un réel attrait pour le management, les RH et la communication. J’aime aussi beaucoup la finance mais une carrière dans ce domaine est plus difficile à envisager du fait de mon handicap car il implique beaucoup de visuels, brochures, tableaux de finance,…
Et demain ?
Faire carrière n’est pas impossible mais mon handicap restera un facteur important. Si aujourd’hui je travaille dans un service ouvert au handicap et dans un domaine que j’apprécie, j’ai toujours l’impression d’être un pionnier et c’est difficile de me projeter dans l’avenir. Le management de la diversité n’est pas encore une priorité : il le deviendra au fil du temps mais pas demain. Il faut encore attendre des évolutions technologiques et une meilleure sensibilisation des plus jeunes.

 

Léonard Truong,
Etudiant en Master 1 Médiation à l’Université Lumière Lyon 2

Mon parcours
Après le Bac, les déficients visuels s’orientent souvent (ou sont orientés) vers des filières spécifiques. C’est ainsi que je me suis tourné vers la kiné avec peu d’enthousiasme et me suis installé comme auto-entrepreneur dans le massage de confort. J’ai eu l’opportunité de reprendre mes études et de quitter ce métier que je n’avais pas vraiment choisi. Après une licence en psychologie un peu difficile du fait des nombreux travaux visuels à effectuer, j’ai opté pour un Master en médiation.
Mon quotidien
La lecture reste mon point noir même si la médiation est une discipline très orale (certains professeurs n’ont découvert mon handicap qu’en cours d’année). La circulation et la vie sociale dans la fac sont aussi difficiles : l’affichage des activités associatives et des spectacles n’est pas adapté et je rate donc pas mal de choses. Mais ça ne m’empêche pas de faire de l’aïkido !
Et demain ?
Dans l’idéal, je souhaiterais continuer dans la médiation d’entreprise mais cela implique beaucoup de démarchages et de déplacements, ce qui n’est pas facile du fait de mon handicap. Je pense donc plutôt m’orienter vers des structures associatives ou publiques. Je veux défendre une prise en charge plus globale des questions d’accessibilité et de mobilité. Les nouvelles technologies peuvent y aider mais le chemin de l’intégration est encore long car on a encore trop tendance à infantiliser les déficients visuels.

 

La Conférence des Présidents d’Universités (CPU) agit pour améliorer l’accueil et l’accompagnement des étudiants handicapés à l’université
Dans un souci d’améliorer l’accueil d’un nombre croissant d’étudiants en situation de handicap dans les universités, la CPU a réédité en 2012 son Guide de l’accompagnement de l’étudiant handicapé à l’université. A destination de l’ensemble des acteurs du système scolaire et universitaire, il donne des clés très pratiques et concrètes pour accompagner ces étudiants dont la situation se caractérise par une diversification et un alourdissement des handicaps. « Il y a encore quelques années, ils ne pouvaient se diriger que vers des universités connues pour leur accueil du handicap. Avec ce Guide, la CPU souhaite leur donner, dans une logique d’égalité des chances, les mêmes choix que n’importe quel étudiant en facilitant leur accueil dans toutes les universités et en les emmenant vers leur vie professionnelle. » C’est d’ailleurs dans cette optique que la CPU va participer au guide national de l’accueil des personnes en situation de handicap à l’usage de l’entreprise.

 

CW.