Vincent Gérard évoque avec humilité, son premier titre mondial, remporté avec l’équipe de France de handball, les Experts, devant leur public à Paris. Une victoire collective, mais le « mur », comme on le surnomme, a su faire la différence. Gardien de but hors normes, il est aussi à l’aise dans sa « zone » que sur les bancs d’une grande école comme en témoigne son diplôme de GEM (Grenoble Ecole de Management). Par Maximilien Arengi et Ambroise Le Corre

 

Vous êtes l’une des révélations du mondial de Handball 2017 ?

C’est vrai, ma force a été dans l’observation de l’adversaire. Avec l’expérience, mon analyse s’améliore. Le mental de l’équipe et notre volonté d’aller au bout nous ont permis d’être champions du monde. C’est une réussite collective dans laquelle l’individuel s’efface.

 

En tant que « super remplaçant », comment avez-vous fait la différence ?

C’est un poste particulier, on doit être prêt à n’importe quel moment, même si on n’entre pas sur le terrain. Lors de ce mondial, j’ai eu beaucoup plus de temps de jeu et j’ai été présent dans des moments importants. La transition avec Thierry Omeyer (le gardien titulaire, NDLR) était vraiment bonne : on est constamment dans l’échange, il m’a donné beaucoup de conseils.

 


Comment vivez-vous votre réussite sportive ?

C’est une fierté de faire partie du palmarès du handball français, à côté des grands noms comme les Barjots, d’être champion du monde, d’apporter un sixième titre mondial à la France ; et de gagner devant sa famille, ses enfants, ses amis. Cette année, nous avons été très suivis, il y a eu un réel engouement populaire.


 

Le retour à la réalité est-il difficile ?

Pendant un mois et demi, on vit avec l’adrénaline : on ne pense qu’au championnat. Il faut quelques jours pour reprendre des activités plus terre à terre, puis retourner dans nos clubs se remettre à l’entraînement. La famille aussi nous a manqué et c’est un plaisir de la retrouver.

 

Après ce moment de gloire, avez-vous d’autres rêves ?

Mon rêve reste d’être champion olympique, car nous avons perdu en finale aux JO de Rio. À haut niveau, on ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Pour être performant, il faut garder des objectifs élevés : bientôt le championnat d’Europe, puis à nouveau le mondial et surtout les Jeux de Tokyo en 2020.

On ne revivra jamais la même joie que cette année, mais à chaque fois c’est l’accomplissement d’une période de travail, beaucoup de sacrifices sont récompensés. C’était pareil à GEM : quand j’ai reçu mon diplôme, j’ai été récompensé après quatre années difficiles.

 

Champion du monde et diplômé d’une école de management de rang A

 

Qui est Vincent Gérard : athlète ou diplômé de GEM ?

Les deux. J’ai toujours continué mes études en faisant du sport de haut niveau, j’en ai besoin !

Je peux remercier GEM et son cursus aménagé pour le sport de haut niveau. Il y avait beaucoup de travail, mais dans les moments difficiles je pouvais alléger le programme et mieux m’organiser.

 

Diplômé d’une grande école, vous êtes l’intello du groupe ?

Dans l’équipe, je suis le seul à avoir fait une grande école, certains ont une licence. Allier sport et études demande beaucoup de temps et d’investissement. Peu de formations permettent de pallier les contraintes d’horaires et de déplacements du handball.



Vos connaissances de GEM vous servent-elles sur le terrain, et inversement ?

La volonté de travail, de réussite et de performance de haut niveau est commune aux études et au handball : il faut se dépasser.

« Si on veut aller haut et réussir, il faut toujours en faire plus »

GEM est axé management, il y a une volonté de comprendre le groupe. Pendant les cours, je retrouvais ce que je vivais en club, la façon de gérer les joueurs. Ça permettait d’appliquer mes cours à des cas pratiques. À l’inverse, pendant mes déplacements je pouvais observer différents modes de management. J’ai développé un regard différent sur la gestion des joueurs et du club.

 

Votre avenir : handball ou management ? Les deux ?

J’ai encore quelques années devant moi au handball. L’avenir reste flou, mais allier les deux domaines, pourquoi pas ? Je pourrais manager un club sportif. Pas forcément dans cette discipline, j’ai des acquis tant dans le sport que dans le management.

Je suis déjà vice-président du syndicat national des joueurs de handball, ça me permet de garder un pied à l’extérieur et de participer différemment au développement de mon sport. Ma carrière s’est toujours construite autour du handball tout en me cultivant en-dehors, pour ne pas faire que ça.