Numéro 1 en France dans le domaine des médicaments dérivés du plasma, le Groupe LFB est également une des premières entreprises européennes de biotech. Explications d’Evelyne Nguyen (ISG 84, Stanford 03), Directeur Général Délégué de la Bio production depuis décembre 2010.

Evelyne Nguyen (ISG 84, Stanford 03) : “En 2009, LFB a consacré 76 M€ au développement des produits, soit 20,2 % de son CA”

Evelyne Nguyen (ISG 84, Stanford 03)

Le groupe LFB est un laboratoire biopharmaceutique qui développe, fabrique et commercialise des médicaments biologiques ou biotechnologiques. En France LFB dispose d’une usine à Lille, d’une autre aux Ulis à côté du siège social, de bureaux à Paris et d’une usine de bioproduction à Alès. Le Groupe est également implanté à l’international, notamment avec une filiale au Brésil, un centre de collecte de plasma en Autriche, et aux Etats-Unis avec sa filiale GTC Biotherapeuthics. Le coeur de métier historique du LFB, là où il est leader en France, est le fractionnement du plasma humain et commercialisation de médicaments qui en sont dérivés. La particularité de LFB Biomédicaments est d’avoir, en vertu de la loi française, l’exclusivité du fractionnement du plasma français. Cette activité permet par différents procédés d’isoler des protéines humaines, de les purifier et de fabriquer des médicaments qui permettent la prise en charge d’environ 80 pathologies graves et parfois très rares. Le deuxième métier du groupe LFB est le développement des produits biotech. Cette fois-ci les protéines ne sont plus d’origines humaines, mais d’origines recombinantes. Tous ces médicaments, qui ne se vendent qu’à l’hôpital, adressent trois domaines thérapeutiques majeurs : l’immunologie (défense des systèmes immunitaires), l’hémostase (troubles de la coagulation comme l’hémophilie) et enfin les soins intensifs avec des produits amenés aux patients hospitalisés en services d’urgence ou de réanimation. Etant détenu à 100 % par l’Etat, LFB assure de fait une mission de santé publique avec l’obligation de fournir en priorité les besoins nationaux à partir du plasma français. « Nous travaillons dans l’engagement éthique, insiste Evelyne Nguyen. Une de nos missions est de proposer des solutions thérapeutiques pour les maladies rares et les besoins médicaux non satisfaits. Le LFB soutient notamment les associations comme Iris, Alliance Maladies Rares ou Rire Médecin qui améliorent le mieux-vivre des patients et de leurs familles. » Enfin, il faut préciser que le Groupe LFB dépense deux fois plus d’argent en R&D que l’ensemble de ses comparables : 20 % de son CA contre 8 à 10 % en moyenne pour ces derniers. « Nos effectifs, sur la recherche biotech, ont ainsi quasiment doublé en quelques années. C’est un investissement et un atout pour le futur ! »

 

Quels sont les atouts du groupe LFB pour se développer ?
Le Groupe bénéficie depuis près de dix ans d’une croissance durable à deux chiffres, ce qui est assez exceptionnel dans le secteur pharmaceutique. Cette situation financière saine offre des opportunités de nous développer dans d’autres activités, en particulier à l’international. Le Groupe est structuré et compte 1 800 personnes. Cette dimension « tout à fait humaine » permet d’avoir une certaine capacité d’adaptation et rapidité d’actions. Avec le doublement de notre capacité de production et le recrutement de plus de 200 personnes en deux ans, LFB est une entreprise fortement créatrice d’emplois en France.

 

Quelle est la place de l’innovation dans votre secteur ?
La R&D est un pilier majeur de la stratégie du groupe LFB. En ce qui concerne les médicaments dérivés du plasma (MDP), nous améliorons constamment leur qualité et leur efficacité, notamment à partir de procédés de purification innovants. Par ailleurs les projets visant la mise sur le marché des produits issus des biotechnologies représentent plus de la moitié de notre budget total de R&D. Pour produire des anticorps monoclonaux ou des protéines de nouvelle génération issues des biotechnologies, nous nous appuyons sur les procédés classiques de culture cellulaire ou sur celui, plus récent, de transgénèse animale. Cette technologie incontournable pour le futur offre une meilleure scalabilité et des rendements supérieurs, permettant ainsi respectivement de limiter les coûts d’investissements et de réduire les coûts de revient. C’est un argument non négligeable à un moment où la question de l’accès aux soins est un enjeu clef pour les acteurs de la santé publique.

 

Quelles sont exactement vos nouvelles fonctions ?
Je dirige deux filiales du LFB : GTC qui fait de la transgénèse et MAbgène qui fait de la culture cellulaire. Aujourd’hui ces entités sont en train de mettre au point des médicaments qui sont en essais cliniques phase II. Les sujets d’industrialisation se posent désormais car les médicaments qui vont être produits en phase III doivent idéalement l’être dans les mêmes locaux que ceux qui les produiront après l’autorisation de mise sur le marché. Je gèreaujourd’hui ce processus d’organisation de la filiale industrielle biotech qui inclut la constitution des équipes, l’élaboration d’un schémadirecteur et des réalisations industrielles qui permettent de prendre en compte la montée en charge progressive des besoins, etc. En externe, je m’occupe aussi des partenariats comme celui signé avec Sanofi-Aventis, qui permet la mise en place d’une offre commerciale commune pour produire en amont des petites quantités dans nos bioréacteurs de 1 000 litres à Alès et en aval de grands volumes grâce aux réacteurs de 10 000 litres sur le site de notre partenaire à Vitry.

 

Pourquoi avoir accepté ce nouveau challenge ?
Depuis 1984, j’ai toujours évolué dans la finance. Respectivement chez BMS France, chez Saur puis au LFB où j’ai été durant dix ans à la tête des Affaires financières et de la Stratégie. En tant que Directeur  financières de type « entrepreneur » et « investisseur », surtout au LFB où nous sommes essentiellement dans des problématiques de développement et de croissance… C’était donc le moment de basculer vers le terrain et côté plus opérationnel.

 

Quel a été l’apport de vos formations académiques dans la construction de ce parcours et le conseilque vous pourriez donner aux jeunes diplômés ?
Les prépas et plus particulièrement l’ISG m’ont apprise à être adaptable et à travailler vite. Cela m’a apporté aussi ce que j’appelle le GBS, le Grand Bon Sens. Je fonctionne la plupart du temps de façon pragmatique. Mais cela ne suffit pas et j’ai complété ma formation initiale avec un programme de Stanford. Ce dernier m’a apporté une vision plus globale et stratégique de l’entreprise, ainsi que les méthodes managériales utiles pour sa réussite. Même si donner ce conseil peut paraitre évident, je dirais qu’il est important d’être « mobile dans sa tête », dans sa façon de penser, se remettre en cause !

 

B.B.

 

Contact : www.lfb.fr