Pour la plupart des étudiants, même ceux des grandes écoles de commerce, la banque est vue à travers le prisme du crédit aux entreprises et des particuliers. Pour d’autres, moins nombreux, les banquiers travaillent également sur les marchés – à l’instar du « loup de Wall Street » – et touchent des bonus faramineux… Rares sont ceux qui citent parmi les activités bancaires celles de la banque privée. Pourtant, ce segment d’activités des banques constitue un secteur d’avenir pour les jeunes diplômés. Mais qu’entend-on par banque privée ?

Vous avez-dit banque privée ?
La banque privée regroupe l’ensemble des services de conseil en gestion financière et en organisation de patrimoine, privé ou professionnel. Ces services s’adressent à une clientèle dont le montant et la complexité des avoirs exigent une expertise et des solutions spécifiques, fondés sur des compétences en ingénierie patrimoniale, une sélection de produits innovants, et un conseil personnalisé. Selon les montants des avoirs financiers on distingue généralement plusieurs types de gestion en banque privée :
La gestion patrimoniale pour des montants confiés entre 150 k€ et 1 million d’euros ;
La gestion privée pour des montants confiés entre 1 M€ et 5 millions d’euros ;
La gestion de fortune pour des montants confiés de plus de 5 millions d’euros.

Mais ces chiffres ne sont que des moyennes. Alors qu’un client de BNP Paribas est éligible à la banque privée dès 250.000 euros d’actifs financiers, les portes de la Compagnie financière Edmond de Rothschild ne s’ouvrent qu’à partir du million d’euros. En France, le secteur est dominé par les banques adossées à un réseau d’agences (BNP Paribas, LCL, Crédit Agricole, Société Générale, Crédit Mutuel, Caisses d’épargne) et les banques d’affaires (Rothschild, Lazard, Neuflize, etc.). Cependant, d’autres ont pris pied sur ce marché en croissance : des assureurs (Allianz, Axa, Generali, Groupama, SwissLife, etc.) ainsi que des spécialistes de la gestion financière (Carmignac, Oddo, etc.) et, depuis quelques années, des conseillers en gestion de patrimoine indépendants et des family offices. A titre d’illustration, la banque privée chez BNP Paribas c’est 230 implantations, 2000 collaborateurs et 73 milliards d’encours gérés.

 

Quel avenir pour les métiers de la banque privée ?
Avec la nécessité pour les ménages de se préoccuper de leur retraite et de gérer au mieux leur patrimoine, les métiers de la banque privée ont un bel avenir devant eux. Il faut dire que la complexité croissante des produits financiers et l’évolution incessante de la fiscalité font que les épargnants ont bien besoin de conseils. Contrairement aux activités de marchés qui peuvent être délocalisées et regroupées sur une seule place, les métiers de la banque privée – du fait de la nécessaire proximité avec la clientèle – sont beaucoup plus ancrés sur un territoire. Aujourd’hui les clients ne veulent plus simplement acheter des produits financiers, mais ils attendent du conseil de la part de leur banquier. Ce conseil doit s’inscrire dans une vision patrimoniale à long terme partagée avec le client. Dans cette perspective, nombreuses sont les grandes écoles de commerce, comme Grenoble Ecole de Management, à proposer à leurs étudiants des cours de gestion de patrimoine pour les préparer aux métiers de la banque privée.

 

Pourquoi ces métiers sont intéressants pour de jeunes diplômés d’écoles de commerce ?
La banque privée et ses différents métiers sont particulièrement intéressants pour les diplômés des grandes écoles de commerce car ils nécessitent une double compétence : celle du spécialiste de la finance et celle du commercial ; deux compétences particulièrement bien développées dans ces écoles. En effet, et contrairement aux métiers de la banque de marchés (du front au back office en passant par le middle office) qui ne sont pas en contact avec la clientèle, ceux de la banque privée sont en relation directe avec les clients. En fait, le banquier privé est le médecin généraliste du patrimoine de ses clients : il doit les conseiller et pour cela comprendre leurs objectifs et leur situation personnelle. Outre de bonnes connaissances en finance, fiscalité et droit (notamment de la famille), il doit donc gérer une relation commerciale, avoir un bon contact et se faire accepter par ses clients. C’est du reste sur cette dimension que la différence se fait entre les professionnels de la banque privée.

 

Par Michel Albouy,
professeur de finance à
Grenoble Ecole de Management
Michel.ALBOUY@grenoble-em.com