Elles sont nombreuses, les formations proposées aux sportifs de haut niveau. De plus en plus nombreuses. Aux établissements historiques comme l’INSA Lyon, pionnière en la matière avec sa section née en 1981, se sont ajoutés beaucoup de petits nouveaux. Multiples, mais différents, complémentaires, opposés même, parfois : ainsi, certains se vantent d’offrir un enseignement à distance et en e-learning comme Grenoble Ecole de Management, d’autres au contraire, à l’image de Dauphine, appellent de leurs voeux la présence obligatoire aux cours. La durée des formations varie considérablement elle aussi, entre les sept ans que propose Grenoble INP et la seule et unique année d’enseignement à Dauphine. Sans compter l’opposition entre les partisans d’une formation dédiée aux sportifs (Sciences Po, GEM…) et ceux qui prônent de les mélanger aux autres étudiants et de leur offrir la même formation (UPMC, INSA Rouen…). A chaque établissement sa formation donc et dans cette enquête, qui en aucun cas ne prétend à l’exhaustivité, c’est huit d’entre elles que nous étudierons.


 

Avant toute chose, cependant, il s’agit de répondre à la question « Pourquoi ? ». Pourquoi permettre aux sportifs de haut niveau d’intégrer les grandes écoles et universités ? Pourquoi est-ce important ? La réponse, c’est Sophie Bordet, responsable du programme sport de l’EMLYON, qui la donne :
« Le sport pourrait suffire si toutes les disciplines payaient pour de vrai. Le problème du sport, c’est que c’est éphémère et que ça peut s’arrêter brutalement. D’ailleurs, en volley, handball, basket, on trouve facilement des gens qui ont fait des études parce qu’ils savent très bien que ce sont des disciplines qui paient mal. Et puis, c’est une question d’équilibre : il y a beaucoup de sportifs qui nous disent : « Moi j’adore le sport mais je sais que je peux faire autre chose. » Mais s’ils veulent faire autre chose, il leur faut une formation. Si demain je n’ai plus envie d’être en short et en basket, qu’est-ce que je peux faire ? La réponse, elle se prépare très en avance.» Michel Bouvard, responsable de la Section Sportive de Haut Niveau de l’INSA Lyon évoque de son côté l’échappatoire, la soupape que représente le fait de suivre des études : « Il y a des sportifs de haut niveau qui sont allés aux JO et qui m’ont dit : si je n’avais pas fait des études d’ingénieur je n’aurais pas pu aller jusqu’aux JO. J’avais besoin d’un autre centre d’intérêt. »

Mais ce n’est pas tout. A la question « Pourquoi ? », les responsables des formations dédiées aux sportifs de haut niveau apportent une autre réponse, unanime : intégrer ces étudiants, c’est bénéficier d’une richesse considérable. Témoignages…
Paul Deshays, Dauphine : « Tous les professeurs sans exception m’ont fait la remarque : les sportifs de haut niveau sont excellents. Je prends un pied terrible avec ces étudiants qui ont une intelligence vive, un esprit pratique, qui sont différents des élèves auxquels on est habitué, aussi brillants soient-ils. »
Sophie Bordet, EMLYON : « Les sportifs de haut niveau qui entrent dans nos programmes sont brillantissimes, mais ils ne le savent pas. On a un vrai plaisir à travailler avec eux parce que ce sont des gens en général complexes et décomplexés mais qui en même temps sont un peu perdus et se demandent s’ils ont droit d’être là. »
François Leccia, GEM : « Ce qui est fascinant, c’est l’exemplarité qu’ils déploient, parce qu’ils suivent un parcours pas facile avec les mêmes contraintes pédagogiques que les autres élèves mais des conditions de vie difficiles. Nous sommes convaincus que le sport est l’un des derniers lieux où s’exerce le rêve et il est formidable de pouvoir accompagner des gens qui sont véhicules de ce rêve. »
Guy Dubuis, INSA Rouen : « Ce sont des jeunes qui ont du caractère, de la force, de la volonté et du dynamisme. »

 

DANS LES ÉCOLES DE COMMERCE

EMLYON : « Un vrai savoir-faire »
Entretien avec Sophie Bordet, responsable du Programme Sport.

Origine : plus de 20 ans. « On a un vrai savoir-faire. »
Formation : « Nous n’avons pas une programmation spécifique, par contre les sportifs de haut niveau ont accès à l’ensemble des programmes, avec des aménagements, le programme fort étant bien sûr la Grande Ecole qui est la plus adaptée pour eux parce qu’elle permet la plus grande flexibilité. Ils peuvent passer quatre, cinq, six ans dans l’école. Il n’y a pas de durée maximale tant qu’ils sont identifiés sportifs de haut niveau et qu’il y a un vrai projet sportif qui se construit en parallèle. Ils ont absolument les mêmes cours que les autres étudiants : c’est fondamental pour nous, on ne veut pas de voie parallèle. En général ils ont un complexe d’infériorité donc s’ils ne suivaient pas les mêmes cours, ils auraient l’impression d’avoir un diplôme galvaudé. Par ailleurs, une des valeurs ajoutées à EMLYON c’est que nous travaillons vraiment en direct avec les sportifs à la construction de leur parcours, de leur orientation. Je suis disponible 24 h/24 pour eux. On a choisi de ne pas faire d’enseignement à distance parce que c’est déjà compliqué pour les sportifs de pratiquer leurs activités à fond et d’avoir l’impression d’être lâché sur le plan académique : au moins, quand ils sont là, ils n’ont plus à penser au sport. »
Processus de sélection : Admission classique, par concours, qu’ils préparent avec l’aide de Sophie Bordet.
Effectifs : Variables d’une année à l’autre, entre deux et dix.
Frais de scolarité : Environ 37 000 € pour le programme Grande Ecole.

 

ESCP Europe : « Recruter des candidats différents »
Entretien avec Sandrine Johannet, responsable Admissions et Informations, et Claudine Bertin Lord, Directeur du Master in Management Grande Ecole.

Origine : A la fin des années quatre-vingt. « Ça fait partie de l’identité de l’école d’essayer de recruter des candidats différents pour que les élèves ne soient pas tous les mêmes », rappelle Sandrine Johannet.
Formation : Deux types de sportifs intègrent ESCP Europe, généralement dans le cadre du programme Grande Ecole qui se prête le plus au sport-études : ceux en fin de carrière qui sont déjà en reconversion et qui étudient immédiatement à temps plein et « d’autres qui ont cette double vie à mener souvent pendant la durée totale de leurs études », explique Claudine Bertin Lord. Ils peuvent entrer en prémaster ou master, suivent les mêmes cours que les autres étudiants mais bénéficient d’une plus grande flexibilité dans l’organisation de leurs études (avec notamment des absences tolérées) et d’un étalement de leur scolarité (en moyenne cinq ans au lieu de trois pour le programme Grande Ecole, parfois plus). « Ce serait malhonnête de les recruter et ensuite de leur imposer d’être présent à tous les cours », souligne Claudine Bertin Lord.
Processus de sélection : L’admission est ouverte aux sportifs de haut niveau inscrits sur liste ministérielle et titulaires d’un bac +2/3. La sélection se fait via un concours dédié avec des épreuves écrites et orales, et il n’y a pas de quotas.
Effectifs : Entre zéro et dix chaque année.
Frais de scolarité : Environ 34 000 € pour le programme Grande Ecole.
Défis et projets : « Nous ne cherchons pas à avoir une immense promotion : En revanche maintenir une groupe de dix serait bien et nous n’y arrivons pas forcément », regrette Claudine Bertin Lord.

 

GEM : « Montrer qu’il y a une vie en dehors du sport »
Entretien avec François Leccia, Directeur de l’institut Sport & Management.


Origine : 2008. « La formation dédiée aux sportifs de haut niveau est née au même moment que l’institut que je dirige. Notre volonté a été d’entrer sur ce créneau du sport. »
Formation : GEM offre aux sportifs de haut niveau la possibilité de suivre un parcours en e-learning découpé en quatre ans et qui débouche sur un Diplôme d’Etudes Supérieures en Management (DESMA). « On a aménagé un parcours totalement à distance qui leur permet de travailler de là où ils sont. Je crois que c’est le seul programme qui est entièrement à distance. On demande de la flexibilité aux équipes pédagogiques. La force du système c’est le bon vouloir et l’engagement de chaque professeur à bien vouloir suivre cette population très particulière » Preuve de cette flexibilité ? « On essaie de trouver les bonnes passerelles entre les parcours. Par exemple, si un sportif se blesse durablement et n’a plus d’intérêt à étudier en e-learning, on lui propose de basculer sur un parcours en apprentissage. » En parallèle, les sportifs de haut niveau peuvent également intégrer les autres programmes de GEM en suivant les processus d’admission classiques.
Processus de sélection : Par dossier pour le parcours en quatre ans.
Effectifs : Une douzaine chaque année.
Frais de scolarité : 21 320 € pour les quatre ans.

 

 

DANS LES ÉCOLES D’INGÉNIEURS

Groupe INSA : « Être champion sur les terrains – Devenir le champion de sa vie »
Entretien avec Michel Bouvard, Responsable de la Section Sportive de Haut Niveau de l’INSA Lyon et Guy Dubuis, Responsable des sports de l’INSA Rouen.

Origine : 1981 pour l’INSA Lyon, pionnière dans le recrutement des sportifs de haut niveau, suivie ensuite par les autres INSA.
Formation : « La politique du groupe INSA est d’accueillir des sportifs de haut niveau », explique Michel Bouvard, avec des modalités différentes dans les cinq écoles. Ainsi, alors que l’INSA Lyon possède une classe spécifique dédiée aux sportifs de haut niveau, à l’INSA Rouen il n’y a pas de filière à part. Pour le reste, les aménagements proposés aux sportifs sont assez semblables d’une école à l’autre : allongement de la scolarité (en général sept ans au lieu de cinq), « une tolérance qui leur est donnée sur l’absentéisme », selon les termes de Guy Dubuis, l’accès à des services de restauration, d’ostéopathie, des cours de soutien, des reports d’examen, etc. Mais Michel Bouvard met en garde : « la tolérance à l’obtention du diplôme est zéro. S’ils l’obtiennent, c’est qu’ils le méritent. On fait beaucoup de choses pour eux mais il est hors de question que le diplôme de l’INSA Lyon soit dévalorisé. » De plus, accompagnement ne signifie pas infantilisation : « Le slogan de la Section Sportifs de Haut Niveau c’est « Etre champion sur les terrains – Devenir le champion de sa vie ». On dit aux élèves de première année : « Il faut que votre projet soit bien le vôtre, soit autodéterminé. Vous êtes l’acteur principal de ce double cursus. Nous ne sommes que des seconds rôles. Pour vous mettre en valeur, il faut que vous fassiez votre part du boulot. »
Processus de sélection : Les dossiers des sportifs de haut niveau figurant sur les listes ministérielles sont examinés spécifiquement par le jury d’admission aux INSA.
Effectifs : Variables d’un INSA à l’autre. Deux ou trois chaque année à l’INSA Rouen, environ vingt-six à l’INSA Lyon. « On est déjà à un stade où l’effectif est très important », se réjouit Michel Bouvard. « On fait évidemment beaucoup de communication mais on a une belle renommée, on a atteint un stade où je n’ai pas besoin spécialement d’aller chercher les élèves. On a vraiment de plus en plus de demandes. »
Frais de scolarité : Variables suivant les INSA. A Lyon, une cotisation de 300 € par an s’ajoute aux frais de scolarité classiques.


Grenoble INP : Le sport, « un élément de développement de la personne et d’assise de la carrière »

Entretien avec Mireille Jacomino, vice-présidente du Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire, Fabien Stange, Responsable de l’école de tennis des Universités de Grenoble et Jean-Marie Cicut, directeur du service des sports SUAPS.

Origine : 1997
Formation : A Grenoble INP, l’intérêt pour le sport est « historique » explique Mireille Jacomino. « D’abord pour le lieu (il y a beaucoup d’étudiants qui choisissent Grenoble avant de choisir l’INP). » Mais aussi parce que l’école offre une vraie « facilité pour pratiquer le sport ». Fabien Stange approuve : « Grenoble INP connaît un bon positionnement en termes d’infrastructures puisqu’il y a par exemple 25 courts de tennis sur le campus. » Depuis une trentaine d’années, même pour les étudiants qui ne sont pas sportifs de haut niveau, le sport est obligatoire. « Le sport est intégré à notre formation comme un élément de développement de la personne et d’assise de la carrière », insiste Mireille Jacomino. Les sportifs de haut niveau sont accueillis au sein des six écoles de Grenoble INP, soit parce qu’ils sont inscrits sur liste ministérielle, soit parce qu’ils font partie des meilleurs sportifs régionaux et qu’on a décelé chez eux un haut potentiel. Au sein de Grenoble INP, ils suivent ensuite la même scolarité que les autres étudiants, préparent exactement le même diplôme, et seront jugés sur les mêmes critères. La différence ? Le « contrat de scolarité aménagée » qu’ils ont signé avec l’établissement. Ils s’engagent à représenter leur école lors des rencontres sportives universitaires et en échange, bénéficient d’un certain nombre d’avantages qui facilitent leur scolarité dans l’école : allongement des études, cours de soutien ou rattrapage, report d’examens, aménagements d’horaires, possibilités de logement, suivi médical, etc.
Processus de sélection : Par dossier s’ils entrent en prépa intégrée ou par admission sur titre. Sinon par les concours communs polytechniques.
Effectifs : Très variables, entre dix et vingt en moyenne par an. « Chaque année cela prend plus d’ampleur », se réjouit Jean-Marie Cicut, directeur du service des sports SUAPS.
Frais de scolarité : Identiques que pour les autres élèves (environ 2300 € pour un cursus en trois ans à Phelma, par exemple).

 

Dans les universités et à Sciences Po

Dauphine : « La rançon de la gloire, c’est un bon diplôme ! »
Entretien avec Paul Deshays, directeur du SUAPS et co-responsable de la licence de management des organisations.

Origine : Licence créée en 2010.
Formation : « Une licence de management des organisations réservée aux sportifs de haut niveau, aux professionnels du sport et aux apprentis (les sportifs ne sont pas suffisamment nombreux pour constituer une promotion), dans laquelle on ne parle pas que de sport. Généralement on a deux types de formation pour les sportifs : le management du sport ou l’animation sportive. Nous, on a voulu se différencier par rapport à ça, on enseigne quelque chose qu’on sait faire : du management et pas du management sportif. L’enseignement en présentiel représente 25 à 30 %. Le reste du temps c’est un enseignement à distance via du e-learning. Mon message aux étudiants : si je vous promets l’excellence de Dauphine, en parallèle je vous promets aussi des larmes, de la sueur, avec au minimum quatre heures de travail quotidien sur votre ordinateur. Mais la rançon de la gloire, c’est un bon diplôme. Dans certains établissements, la formation n’est pas diplômante avant des années. Notre formation, justement, elle est diplômante. C’est du concret et ça dure un an. Et la présence est obligatoire, sauf exception. »
Processus de sélection : Dossier de candidature, entretien et tests.
Effectifs : Une douzaine chaque année.
Frais de scolarité : 400 € l’année pour les sportifs, 3500 € pour les professionnels du sport, 5000 € pour les apprentis, payés par l’entreprise.
Défis et projets : « Le gros problème c’est de se faire connaître. Notre objectif c’est d’être suffisamment connus et reconnus pour ne pas avoir chaque année l’angoisse de reconduire ou pas la formation. »

 

UPMC : « Un seul diplôme, un niveau équivalent à celui des autres étudiants »
Entretien avec David Izidore, Directeur du département des activités physiques et sportives (DAPS ).

Origine : 1988
Formation : « La ligne directrice de notre dispositif, c’est un seul diplôme, un niveau équivalent à celui des autres étudiants », insiste David Izidore. « La seule chose sur laquelle on travaille, c’est la préparation à l’obtention du diplôme. Mais on se refuse à faire une formation dédiée aux sportifs de haut niveau : je pense que pour les employeurs, ce n’est pas une bonne chose. » Toutefois, les élèves bénéficient d’une attestation qui prouve qu’ils sont sportifs de haut niveau ce qui peut justifier par exemple qu’un master se fasse en sept ans au lieu de cinq. De plus, des aménagements sont à leur disposition : possibilité d’allonger la durée des études, logement, aménagements horaires, enseignement à distance, soutien, … Une formation reconnue ? Oui, répond David Izidore. « On a des sportifs qui arrivent régulièrement, et qui réussissent. Et puis on est en relation avec des fédérations dont les sportifs ont été étudiants chez nous ou ont côtoyé des sportifs chez nous donc on bénéficie d’une vraie reconnaissance. »
Processus de sélection : Identique à celui des autres étudiants. Cependant, pour bénéficier d’aménagements spécifiques, l’étudiant doit être reconnu sportif de haut niveau, ou être pratiquant de niveau national, ou être étudiant de l’INSEP.
Effectifs : Une dizaine par an.
Frais de scolarité : Identiques à ceux des autres étudiants (177 € pour une licence, 245 € pour un master, 372 € pour un doctorat).

 

Sciences Po : « Il ne faut pas enfermer les sportifs dans l’idée que le sport sera toute leur vie »
Entretien avec Virgine Jousset, responsable de la filière sportifs de haut niveau, et extraits de la conférence de presse de novembre 2011 en présence d’Inge Kerklohdevif, Directrice de la formation continue et Richard Descoings, alors Directeur de Sciences Po.

Origine : 2007
Formation : « Nous sommes investis depuis pas mal de temps dans le principe qu’il ne faut pas enfermer les sportifs dans l’idée que le sport sera toute leur vie », déclarait l’année dernière Richard Descoings. L’école offre en effet quatre dispositifs aux sportifs, alliant tous une partie en présentiel et une partie à distance.
1. Le certificat préparatoire : Une formation de un à trois ans, à l’issue de laquelle l’étudiant choisit soit d’entrer dans la vie active, soit de continuer avec l’un des trois dispositifs suivants proposés par Sciences Po :
2. Le certificat de professionnalisation : il permet de se spécialiser en deux ou trois ans puis d’entrer sur le marché du travail.
3. Le parcours certifiant : il offre une formation continue sur mesure de dix jours, choisie en fonction du projet professionnel.
4. Les masters de Sciences Po.
Processus de sélection : Admissibilité sur dossier de candidature puis admission sur entretien.
Effectifs : Une vingtaine d’étudiants par an dans le programme.
Frais de scolarité : Entre 200 et 2500 € par an sauf pour les masters, pour lesquels les frais varient entre 0 et 13 500 € par an selon les revenus (si l’étudiant est européen).

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau