Valérie Pécresse

Valérie Pécresse

Trois questions-clés à Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Comment envisagez-vous la coopération entre Grandes écoles et universités pour relever le défi de l’internationalisation ?
L’avenir des universités et des grandes écoles, dans un contexte international fortement concurrentiel, est dans le rapprochement de leur potentiel d’enseignement et de recherche. Ainsi par exemple à la rentrée 2011, la moitié des nouvelles classes préparatoires s’ouvriront en partenariat avec des universités. Notre paysage souffrait auparavant d’une certaine dispersion qui nuisait à leur visibilité nationale et internationale, et de règles de fonctionnement qui les privaient de la souplesse nécessaire pour adapter leur fonctionnement à leur activité. La loi sur l’autonomie est en train d’y remédier. Et je souhaite tirer pleinement partie de la diversité des formations qu’elles proposent en multipliant les passerelles et les partenariats innovants. De ce point de vue, les Pôles de recherche et d’Enseignement supérieur (PRES) constituent des outils particulièrement efficaces. La création d’un PRES parisien comme HESAM, dans lequel on retrouve l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de nombreuses grande écoles de sciences sociales et d’ingénieurs (notamment le Conservatoire national des arts et métiers, l’Ecole des Hautes études en sciences sociales, Paris Tech et l’ESCP Europe), est un très bel exemple.

Quels sont vos projets pour améliorer la licence ?
Je souhaite que la qualité de l’offre de formation soit plus homogène et que la future licence mène plus facilement à l’emploi. Pour atteindre ces objectifs, nous allons ouvrir une concertation afin de définir un référentiel national de la licence et se mettre d’accord sur les connaissances et compétences à acquérir. Il faut que la qualité de l’offre soit plus homogène : aujourd’hui les horaires offerts en licence s’échelonnent de 250 à 500 heures d’une université à l’autre. Pourquoi ne pas décider d’offrir partout un minimum de 400 heures de cours par an ? L’innovation pédagogique trouvera sa place à l’intérieur de ce cadre national. Ainsi, rien n’empêche une université de développer à l’intérieur du référentiel un diplôme bidisciplinaire, bilingue, voire même totalement pluridisciplinaire sur le modèle des bachelors américain. Par exemple, dans une licence de géographie, on peut passer de quinze à vingt heures hebdomadaires d’enseignement académique tout en ajoutant des langues, de l’informatique. Il faut aussi multiplier les doubles cursus : philo et droit, anglais et gestion, lettres et histoire…

En ce début d’année 2011 pouvez-vous nous faire le point sur l’avancement de l’autonomie des universités ?
Aujourd’hui 90 % des universités sont autonomes, près de deux ans avant l’échéance que nous nous étions fixée. L’autonomie a été un déclic qui a rendu aux universités toute leur fierté. Elles sont revenues au centre de notre système d’enseignement supérieur, en coopération avec les grandes écoles et les organismes de recherche. Avec de nouvelles marges de manoeuvre et de nouvelles responsabilités, les universités sont désormais plus libres de construire des projets pédagogiques adaptés pour favoriser la réussite de leurs étudiants, et concevoir des projets d’insertion professionnelle. Grâce à l’autonomie, c’est aussi tout le regard sur l’université qui change progressivement : les établissements sont désormais en mesure de se forger une identité. Pour preuves, ou le développement des réseaux d’anciens étudiants et aussi la multiplication des cérémonies en toge. Le regard des entreprises et des collectivités locales a lui aussi évolué : en témoignent les différentes fondations universitaires d’ores et déjà conçues avec le monde économique.

 

Patrick Simon