EDITO – Par Yves Granjon

Certains clichés ont la vie dure. Nombreux sont ceux qui opposent encore Grandes Ecoles, coûteuses, reproductrices d’élites et professionnalisantes aux Universités accueillantes et égalitaristes. Que d’idées fausses qui brouillent l’image de l’enseignement supérieur français dont la richesse, justement, se nourrit de plusieurs modèles complémentaires qui interagissent de plus en plus au bénéfice des étudiants, des diplômés et de notre société qui les accueille.

Pour ne parler que des écoles d’ingénieurs, elles sont au nombre de 210 en France, dont 155 publiques, majoritairement sous la tutelle du MESR. Hormis les droits d’inscription fixés par l’Etat, les études y sont gratuites. Il convient de rappeler que l’Etat français finance l’enseignement supérieur à hauteur de 90% que l’on peut comparer aux 40 % du Royaume-Uni. Sur ces 155 écoles publiques, 55 sont des écoles internes à une université. Plus de la moitié des universités françaises possédant au moins une école.

En France, 25 % des élèves ingénieurs sont boursiers, jusqu’à près de 50 % selon, les écoles. De quel élitisme parle-t-on ? S’il s’agit d’élitisme républicain, celui par lequel la nation reconnaît et développe tous les talents en permettant à ses enfants, quelle que soit leur origine sociale, d’accéder à des filières sélectives, alors, oui, on peut parler d’élitisme, au sens d’exigence et de détection des talents, sans oublier le corollaire indispensable que constitue l’égalité des chances.

Mais dans les registres de l’exigence et de la détection des talents, les Universités ne sont pas en reste. Malgré toutes les difficultés rencontrées pour déployer leurs missions de service public, qu’elles soient d’ordre financier, logistique, de ressources humaines ou territorial, les Universités ont depuis longtemps fait de l’orientation active, de la professionnalisation et des partenariats leurs priorités. Si elles ont conservé leurs missions originelles de formation des enseignants et des chercheurs, de création, de conservation et de transmission des savoirs, cela fait bien longtemps qu’elles ne s’y cantonnent plus. Tout comme les Grandes Ecoles offrent des formations qui s’adossent fortement à des activités de recherche reconnues internationalement.

Un dernier point : le premier établissement français de formation d’ingénieurs, avec plus de 1800 diplômés par an, sur onze Grandes Ecoles, est une Université : l’université de Lorraine.