AgroParisTech est engagée dans des alliances structurantes alors que la restructuration du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche se poursuit. Son directeur Gilles Trystram s’est fixé une seule ligne de conduite : mener les transformations dans la sérénité et la cohérence afin d’enrichir l’offre de formations, ouvrir le cursus ingénieur à plus de diversité et de créativité, développer la recherche et la visibilité internationale.

 

Gilles Trystram, directeur d’AgroParisTech

Gilles Trystram, directeur d’AgroParisTech

 

Complémentarités et forces des et par les alliances

Quel est votre principal objectif pour AgroParisTech au sein de l’université Paris-Saclay ?
AgroParisTech se présente désormais comme une université dédiée aux sciences du vivant et de l’environnement portant un cursus ingénieur, des masters et mastères spécialisés, un doctorat. Le développement de l’université Paris-Saclay, nous conduira à lancer de nouveaux masters avec nos partenaires. Nous apporterons notre expertise interdisciplinaire. L’ensemble des contributions doit apporter une visibilité nationale et internationale à l’université Paris-Saclay et à ses partenaires. Nous y confortons aussi nos alliances de recherche. Les sciences du vivant évoluent très vite. Nous nous devons de former nos étudiants avec et sur les outils de recherche, par et pour la recherche.

 

 » Qu’on nous laisse travailler sans nous mettre en position de réforme permanente ! L’enseignement supérieur a besoin
de sérénité ! « 

AgroParisTech est par ailleurs engagée dans Agreenium, dans quelle optique ?
Agreenium est un consortium formé par les acteurs de la recherche et de la formation supérieure agronomiques et vétérinaires en France. Notre enjeu est de gérer la tension entre une organisation territoriale de l’enseignement supérieur, les politiques publiques de notre ministère de tutelle, notre implantation dans 5 régions. Notre appartenance à Agreenium, et demain à l’institut Agronomique et Vétérinaire de France, est un élément de stabilisation dans cette tension, en coordonnant des établissements en capacité de dégager des synergies, des complémentarités, de la subsidiarité.

 

Ces alliances seraient donc des leviers de l’affirmation de l’établissement dans ses expertises phares ?
Oui, AgroParisTech prend en compte et prend position sur des enjeux parmi les plus importants pour l’avenir : développement durable, énergie, alimentation, environnement, santé. Notre stratégie de recherche et d’enseignement place au centre de sa lecture ces enjeux et la contribution que nous pouvons y apporter. AgroParisTech doit se sentir responsable, fort et leader dans ces domaines en Europe, en s’appuyant sur les complémentarités et forces de ses alliés de Paris-Saclay et Agreenium, mais aussi par les alliances universitaires dans nos implantations en région.

 

Comment rester cohérent dans ce contexte ?
Mon plus grand défi est de piloter l’établissement dans ces tensions, de ne pas succomber au mille-feuille institutionnel. Le plus important est que les enseignantschercheurs remplissent leurs missions sereinement. Mon rôle est de créer les conditions leur permettant de faire leur métier de pédagogues et de chercheurs. Les périodes de transition sont toujours délicates. Je suis très engagé à clarifier, à désamorcer les inquiétudes en expliquant qu’au travers de nos alliances nous allons enrichir notre offre de formations, notre capacité de recherche et de contribution au monde socio-économique, développer notre visibilité internationale.

 

Une contribution responsable

Etre formé aux sciences du vivant donne-t-il un regard singulier à vos diplômés en tant que futurs responsables ?
Leur première responsabilité sera économique compte tenu du poids des filières agricoles et agroalimentaires dans notre pays et pour son commerce extérieur. Les recruteurs disent que leur formation leur donne un regard systémique, une capacité à aborder et formaliser, à modéliser, à jouer avec la complexité. Parce qu’ils observent et raisonnent sur le vivant, ils savent prendre en compte l’aléatoire, le nondéterminisme. Les problématiques d’agro, d’agri, d’environnement jouent aussi avec des facteurs d’échelles variées, de la molécule à la planète ! AgroParisTech est aussi une école où l’interaction entre l’homme et l’ingénierie est une clé du raisonnement. Je crois que cela amène nos élèves à être responsables.

 

 » Je suis très engagé
à désamorcer les inquiétudes en expliquant qu’au travers de nos alliances nous allons enrichir notre offre de formations, notre capacité de recherche et de contribution
au monde
socio-économique, développer notre visibilité internationale. »

AgroParisTech forme-t-elle au développement durable ?
Lorsque nous avons lancé nos nouveaux cursus en 2010, la définition de l’ingénieur AgroParisTech comportait cette notion. Ce mot est désormais partout donc nulle part… Je considère cet enjeu transcendant, notre formation contribuant à un développement durable et responsable. Nos ingénieurs y sont formés dans tous leurs cours et activités dans un esprit de transversalité et de pluralité. Mon ambition est que nos diplômés soient à la fois en capacité d’avoir une vision systémique, possèdent des connaissances approfondies, des compétences de haut niveau et aient vécu la vérité des terrains réels. Notre responsabilité est aussi qu’ils soient citoyens, en mesure d’éclairer les débats, de s’impliquer, d’apporter une contribution concrète en matière de développement durable.

 

Quelles sont vos relations avec les entreprises au profit de la formation des ingénieurs ?
AgroParisTech est porteuse d’un CFA et a été la première école d’ingénieurs étudiants sont fondés sur des problématiques réelles d’entreprises. Nous avons 7 chaires d’entreprises, réalisons 10 M€ de contrats de recherche contractuelle par an, et les actions de notre Fondation ne cessent de se développer. Outils, feedback, projets, expériences, il est indispensable que nos étudiants s’immergent dans la réalité professionnelle,  employeurs. Les entreprises sont présentes dès la 1ère année pour parler des défis et métiers avec nos étudiants. Ils sont aussi accompagnés par des DRH pour approfondir leur projet professionnel et réalisent tous des stages. Nos échanges avec des professionnels nous permettent d’être réactifs face aux évolutions, d’anticiper, d’être en pointe. Nous avons ainsi lancé une dominante ingénierie des espaces végétalisés en ville au sens des métiers (agro, foresterie, écologie, ingénierie) et réfléchissons à une dominante en éco-toxicologie (lien entre ingénierie du vivant et santé).

 

Son rêve ou sa conviction pour AgroParisTech et ses étudiants
Je suis convaincu de l’importance de demander davantage à nos étudiants, de les ouvrir sur le monde, d’avoir un plus grand favoriser la diversité des origines. La mixité génère une force d’entraînement et un dynamisme clés pour faire émerger des projets, des idées. La dimension de créativité suscite naturellement l’enthousiasme chez nos élèves. Nous nous appuyons sur eux pour la développer (formellement) dans le cursus et ouvrir un incubateur de projets étudiants. Plus ils seront créatifs, plus ils seront susceptibles d’insuffler l’innovation en tant que rencontre entre la créativité et un marché.

 

A. D-F