Par Pierre Kalaijian, Directeur ISG I Moda Domani Institute

 

Fin des idéologies ?

Difficile, lorsque l’on côtoie au quotidien générations Y et Z, de se souvenir que, jusqu’à la chute du mur de Berlin, la jeunesse évoluait au sein d’une dialectique des forces, tiraillée entre socialisme autoritaire à l’Est et capitalisme libéral à l’Ouest. En 1990 encore, un tee-shirt à l’effigie du Ché, un total look Grunge duquel on arrachait ostensiblement les logos ou une veste Chevignon, étaient des signes identitaires, des marqueurs sociaux, des prises de position quasi politiques. L’après guerre froide nous fit pénétrer une ère post-idéologique dans laquelle Marx, Reagan et Thatcher avaient été congédiés laissant triompher le pragmatisme de Blair et la poésie du chancelier Kohl. Place alors au « réel », au monde libre et ouvert, à l’extase d’un progrès indéfini soutenu par la promesse d’une mondialisation des échanges, d’un village global florissant. Certes, il eut le 11 septembre puis les attentats, les crises migratoires. L’histoire de la dialectique des mondes paraissait alors renaître mais il fut aisé de renvoyer «Jihad» et barbarie aux grottes afghanes et autres déserts du Levant dont ils sortaient.

Ces promesses d’un nouveau monde révèleront leur utopie en moins de 20 ans

Les bouleversements économiques, environnementaux, des codes identitaires, modèles sociétaux, du rapport au temps et à l’espace sont les facteurs d’une perte de sens. Pourtant –même sans idéologie dominante- ce village planétaire n’était pas dénué de sens et d’idéal. Tout progrès engendre réactions, ajustements et temps d’adaptation.

Générations en quête de sens !

Si les marques, notamment luxe et premium, ont su combler un certain vide à coup de marketing émotionnel, elles semblent désormais forcées de se réinventer avec l’apparition d’un nouveau consommateur à l’affut de sens et de transcendance. On l’appelle Y, Z et Millennials. Affranchi des utopies, hédoniste, égocentrique et entriste à la fois, il préfère communauté à communautarisme, compétence à hiérarchie, cloud et home office à bureau, transparence à process épanouissement à gros salaire. Son produit de luxe préféré est le voyage, il dit oui au capitalisme s’il est upgradé en un modèle économique collaboratif, responsable, éthique et durable. Il ne craint que l’ennui, ambitieux et culoté, il a vu s’improviser milliardaires tant de Y, pour une idée disruptive, du cran et un soupçon de technologie.

De récentes études[1] esquissent ces futurs managers comme moins pessimistes que leurs ainés, décomplexés et décidés à réinventer une économie globale sensée. A ceci près qu’ils n’attendront pas indéfiniment que l’entreprise promeuve leur leadership. Toute la question est donc de savoir quand notre environnement (sociétal, éducatif et de travail) va-t-il appréhender cette transformation systémique à 3 ruptures : technologie, nouveau modèle organisationnel et nouvelles chaine de valeurs.

« Notre rôle est désormais de donner du sens à une société en perpétuelle mutation qui ne se connait plus elle-même »[2].

Les univers (Luxe, Mode et Design) auxquels forme Moda Domani Instiute, conjuguent 3 sens : business, initiative et créativité. Toutefois, former l’intelligence de demain engage notre capacité à nous réinventer à mesure des évolutions sociétales en prenant pour base les attentes des jeunes bacheliers. C’est pour répondre à leur quête de sens que nous les laissons personnaliser leur cursus. Si la connaissance prend davantage de sens par l’expérience, alors nous les mettons en mode projets une semaine par mois et invitons, chaque semaine à leur rencontre, les marques phares dans nos univers[3]. C’est parce qu’ils craignent l’ennui que nous les challengeons sans cesse et les immergeons à l’international chaque année. L’entreprise 2020 devra elle aussi se transformer en un lieu responsable, d’innovation collaborative et de transparence.

 

[1]NellyRodi/Google 2016

[2] « Luxe et Digital » E.Briones ; P.Kalaijian, Dunod, 2009.

[3] Luxe, Mode et Design