Cet article a 6 années. Merci d'en tenir compte durant votre lecture.

A la veille de la sortie de son tout dernier ouvrage « Génération Y, Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérive à la subversion », Monique Dagnaud était mercredi 28 septembre au Centre d’Analyse Stratégique, dans le 7ème arrondissement de Paris, pour en parler.

 

Monique Dagnaud, sociologue des médias au CNRSMonique Dagnaud travaille au CNRS et se définit comme « sociologue des médias mais passionnée par les questions de génération »
Le terme génération Y, apparu en 1993 dans un magazine américain, désigne ces personnes qui ont grandi à une époque où se généralisaient les outils internet, c’est-à-dire des jeunes qui ont actuellement entre 18 et 30 ans. Pour elle, on observe chez eux un « penchant à se mettre en scène, s’auto promouvoir pour recueillir les commentaires des autres ». C’est une génération qui a connu la crise, la mondialisation, les mirages de la société d’abondance, le dégrisement par rapport aux idéaux des années soixante dix, et qui a également été marquée par une nouvelle éducation laissant plus de place à la communication. C’est enfin, selon Monique Dagnaud, « une génération qui a commencé son apprentissage de la vie avec les outils informatiques » et « qui vit le monde du bout des doigts et en temps réel ».

La sociologue distingue alors trois éléments de la vie de ces jeunes :

 

  1. La dimension culturelle : l’émergence d’une identité numérique expressive
    En communiquant sur le web, notamment via les blogs, les jeunes utilisent une façon de se présenter au monde très différente de celle des journaux intimes, par exemple, qui se caractérisent par une forte réflexivité. «On n’est pas sorti de la réflexivité, mais le jeune ne perd jamais de vue que sa subjectivité va être rendue publique », déclare Monique Dagnaud. « Le web 2.0, pour les adolescents, c’est une sorte de tribu, un témoignage sur soi-même qu’on lance à la cantonade», le but étant d’« éprouver le pouvoir magnétique qu’on peut avoir par rapport aux autres ». Mais ces autres, ce ne sont plus seulement les amis, mais aussi les amis d’amis.
    On voit alors fleurir sur le web toute une série de conversations que la sociologue qualifie de « banales », avec dans le même temps la naissance chez ces internautes du désir de devenir artiste. Le web 2.0 favorise considérablement la créativité, sous toutes ses formes. Pour Monique Dagnaud, « ce n’est pas vraiment la recherche de la célébrité mais il y a cette aspiration à exprimer sa sensibilité et à exister à travers de productions artistiques »   
  2. La dimension politique : la culture du lol et du loose
    Sur le web il existe également une attitude générale qui oscille entre dérision et subversion. En effet, le net est « contrôlé » par ceux qui sont les garants de sa culture, les hackers. Et c’est là que la dimension politique intervient :  ces derniers se présentent en effet un peu, selon la sociologue, comme un contre pouvoir de la société. S’ils utilisent parfois un ton humoristique, potache, en faisant circuler des images, vidéos comiques, ils sont aussi capables de subversion, prêts à harceler moralement leurs cibles (des individus isolés ou des gouvernements, des associations politiques) et à mener des actions protestataires. Pour Monique Dagnaud, cette double « personnalité » se résume à l’aide de deux termes : lol pour le côté dérision, loose pour le côté subversion. « Ce qui alimente ces deux options c’est la virtuosité technique utilisée pour détourner les images ou vidéos » explique la chercheuse. Les hackers adorent en effet modifier des éléments du web pour les rendre comiques et les faire ensuite circuler, le tout dans ce que Monique Dagnaud appelle « une espèce de bonne humeur du Web ». Elle ajoute : « Il y a cette vitalité mais qui s’appuie sur de l’outrance, de la bêtise… »
    Pour elle, le web offre aux jeunes une capacité à s’organiser. Grâce à lui, ils ont développé une nouvelle forme d’organisation politique, qui n’embraye cependant pas du tout sur la scène traditionnelle.
     
  3. La dimension économique : l’attachement à une culture du gratuit
    Enfin, la culture du web s’accompagne  d’une « résistance très forte à cette idée d’achat ». Il y a un attachement très fort au low cost, au bas prix, avec derrière l’utopie des biens culturels gratuits pour tous.
    Monique Dagnaud n’a cependant pas eu le temps de s’attarder sur ce dernier point : le temps était déjà aux questions du public.

 

Claire Bouleau

 

 

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