Pour Bernard Buisson, enseignant-chercheur, responsable de la spécialisation Digital Entrepreneurship & Innovation de l’EMLV, la France a retrouvé le goût d’entreprendre, et il y a dans cet enthousiasme retrouvé une forme de justice. L’acte de la création et du développement d’une entreprise est aussi vieux que la civilisation humaine, et les marchands de l’antiquité étaient des entrepreneurs sans le savoir.

 

L’entrepreneur et la société par actions : des concepts français

Mais la France a une place privilégiée dans l’histoire de l’entrepreneuriat pour au moins deux raisons. La première est que le concept de société par actions, étape déterminante, a vu le jour en 1372 à Toulouse, avec la création de la société des Moulins du Bazacle. L’entreprise moderne n’est donc née ni en Italie au 15e siècle, avec l’apparition des grandes banques, ni en Angleterre ou aux Pays-Bas au début du 17e, avec la création des grandes compagnies commerciales, mais sur les bords de la Garonne.
La deuxième contribution de la France est le mot Entrepreneur lui-même, qui désignait certains officiers militaires de l’armée française dès le 17e siècle. Il sera consacré au 18e siècle par les premiers économistes, français (comme Jean-Baptiste Say ou Etienne Bonnot de Condillac) ou installés en France (comme Richard Cantillon).

 

Après l’obsession des champions nationaux, le temps des startups

L’histoire des entreprises en France aura été marquée par de nombreuses grandes entreprises, souvent nées sous l’impulsion de l’Etat (Saint-Gobain, mais aussi tous les groupes nés de la privatisation d’anciens services publics, comme EDF, Engie ou Orange). La tendance centralisatrice de l’Etat français ne s’est jamais démentie ; autant elle était nécessaire en période de conflits, ou dans les années de reconstruction, autant elle se justifiait beaucoup moins dans des périodes de croissance forte comme les années 50 ou 60.
Cette obsession pour la création de « champions nationaux » a débouché sur des réussites qui sont toujours importantes pour l’économie française d’aujourd’hui. Mais elle a fait des PME ses parents pauvres, souvent conspués dans les années 70 et 80 par une idéologie inspirée de 1968 pour laquelle l’entreprise était l’incarnation du capitalisme malfaisant. Pendant ce temps-là l’Allemagne renforçait son tissu de PME, le fameux « Mittlestand ».
Aujourd’hui tous les feux sont au vert. Xavier Niel l’a écrit noir sur blanc en 2016 : « la France est un paradis pour entreprendre ». En 2016 les startups françaises ont levé un montant total record équivalent à 2,7 milliards de dollars, en hausse de 22 % par rapport à l’année précédente !

 

Des atouts incomparables pour l’avenir

Pour Nicolas Baverez, souvent porte-drapeau des pessimistes, le « Capital humain » de la France est unique ; en plus d’une démographie dynamique (deux enfants par femme contre 1,5 dans le reste de l’Europe) « nous avons des cerveaux, nous avons des talents, nous avons des entrepreneurs de classe mondiale, et nous avons également des qualifications, des gens qui sont extrêmement formés et extrêmement innovants ». Nos deux millions d’expatriés font des merveilles, notamment dans la Silicon Valley.
Si le goût d’entreprendre est revenu en France, les résultats ne sont sans doute pas encore à la hauteur. Sur les 183 « licornes » mondiales comptabilisées début 2017, 55 % sont nées aux Etats-Unis, 21 % en Chine, 4 % en Inde, 4 % au Royaume-Uni, 2 % en Allemagne et 2 % en Corée du Sud. La route est longue entre les débuts dans un incubateur et la cotation au Nasdaq. Mais la France a pris la bonne direction, et les résultats viendront.
Même si, comme l’a dit récemment Jacques Attali « Il n’y a qu’en Europe que des gens croient que l’Union Européenne ne peut pas être la première puissance du monde au 21e siècle », il se pourrait bien que l’Europe en général, et la France en particulier, deviennent l’un des derniers endroits attractifs du monde pour créer une entreprise, à un moment un peu particulier de l’histoire où les anglo-saxons ont choisi de se replier sur eux-mêmes.
L’enseignement de l’entrepreneuriat en France a dans le même temps fait des progrès considérables. Le Pôle Léonard de Vinci a mis en place une combinaison des meilleures approches actuelles, qui permettent d’accueillir des étudiants issus des trois écoles du Pôle (ESILV, IIM et EMLV) autour d’apprentissages centrés sur l’action (Lean Start-up, Design Thinking, Business Canvas notamment).