L’IÉSEG Business School proposait pour la première fois une table ronde de décryptage aux dirigeants amateurs de vins du Wine & Business Club Paris ce 29 septembre 2018. Plus qu’une question, c’est un enjeu majeur que la business school a proposé aux décideurs de considérer : être un hub mondial de référence en matière d’enseignement supérieur et en faire un levier de croissance dont le pays a tant besoin. Au sein d’un écrin de choix, l’hôtel Le Bristol, dégustation a rimé avec réflexion et projection.

 

Derrière l’idée – séduisante – d’être un hub mondial de référence, il y a l’enjeu de faire de l’enseignement supérieur un levier de croissance économique dont le pays a tant besoin. Si l’Hexagone est déjà de fait un hub mondial en tant 4ème pays d’accueil d’étudiants étrangers au monde, sa marge de valorisation de ses atouts est significative. Il faut aussi changer le regard sur les études : elles sont un investissement pour l’avenir de l’étudiant mais aussi pour la collectivité et le pays. Les experts conviés par l’IÉSEG nous livrent 6 pistes pour faire de ce rêve une réalité.

#1 La France déjà un hub mondial ?

Le hub est synonyme de puissance. Il est le point d’ancrage d’un rayonnement. Ses attributs sont à la fois d’attirer et de montrer la voie. A ce titre, l’Hexagone en tant que 4ème destination mondiale des étudiants internationaux, est de fait déjà un hub mondial. Elle accueille 300 000 étudiants par an qui représentent 12 % des étudiants de France.

Le délégué général de la CGE, Philippe Regimbart, a rappelé que « nous avons des champions mondiaux, très reconnus pour leur excellence comme Polytechnique, HEC, l’INSEAD ou encore CentraleSupélec. » Mais plus largement le modèle des grandes écoles possède les qualités pour booster la France comme hub mondial : agilité, forte ouverture internationale (23 % d’étudiants internationaux, et même 30 % dans les business schools), lien fort avec les entreprises, puissante vie associative.

« Le hic, est que la France tire un faible profit financier de son attractivité, avec des frais de scolarité qui restent très inférieurs à ceux pratiqués par nos concurrents » a pointé Eric Dor, économiste enseignant-chercheur à l’IÉSEG Business School.

#2 Un levier de croissance majeur à activer

De g. à d. : Jean-Philippe Ammeux, Eric Dor, Philippe Regimbart, Olivier Rollot

De g. à d. : Jean-Philippe Ammeux, Eric Dor, Philippe Regimbart, Olivier Rollot © Ariane Despierres-Féry Monde des grandes écoles

Dans une économie de service, l’attraction des étudiants est un levier de croissance. Certains pays en ont fait un quasi marché alimentant directement leur PIB. « C’est le cas de l’Australie, dont l’accueil d’étudiants étrangers est le 3e poste d’exportation. Il génère 22 Mds$/an, et pèse 7 % du PIB. » Un secteur stratégique donc pour ce « petit » pays de 24 M d’habitants qui reçoit 600 000 étudiants internationaux par an.

« Face à la concurrence de rouleaux compresseurs comme les Etats-Unis ou demain la Chine, des petits pays positionnés sur du haut de gamme comme l’Australie, Singapour ou la Canada ont franchi le cap. La France a tous les atouts en main pour faire de même, à condition de s’en donner les moyens financiers » prédit Eric Dor.

#3 Saut qualitatif, saut financier

Pour être plus attractive, la France doit améliorer encore la qualité de son enseignement supérieur. Pour cela, une seule solution, investir massivement dans son développement … et donc trouver des financements. « Il nous faut impérativement faire une offre de qualité toujours supérieure, martèle Jean-Philippe Ammeux, directeur de l’IÉSEG. Cela veut dire enseigner en anglais pour toucher un plus large public, disposer de moyens financiers supérieurs pour financer la recherche, proposer des rémunérations concurrentielles et attractives aux enseignants-chercheurs, proposer des campus aux standards internationaux. Notre marché est mondial, il faut nous aligner pour espérer a minima maintenir notre rang, et au mieux avoir l’ambition de développer notre attractivité mondiale. »

#4 Frais de scolarité, le casse-tête chinois

12 000 €, c’est le coût annuel de la formation d’un étudiant. A l’aune des frais de scolarité à l’université, on imagine aisément l’effort financier nécessaire pour un Etat développé comme la France dans lequel désormais une majorité des jeunes étudient.

« L’état des finances publiques interdit toute augmentation des subventions, rappelle Jean-Philippe Ammeux. Nous sommes tous engagés dans la recherche de fonds propres, mais à mon sens, le potentiel se trouve ailleurs : chez les banques. Il faut cesser de considérer les prêts aux étudiants tels des prêts à la consommation. La formation est un investissement pour l’avenir. Je propose donc la mise en place de prêts à remboursement contingent pour lesquels l’Etat se porte garant, comme en Australie. Ils sont remboursables sur 10 ans, et ajustés selon les revenus de la personne. Par exemple, elle affecte 4 % de ses revenus dès qu’ils sont supérieurs à 54 000 € annuels. » Le directeur est déjà en pourparlers avec plusieurs banques pour négocier ce type de prêts pour ses étudiants.

IESEG - Wine & Business Club Paris © Ariane Despierres-Féry Monde des grandes écoles

Le rôle de l’Etat reste de s’assurer que l’enseignement supérieur est qualitatif, et continue à le financer à la même hauteur qu’aujourd’hui. « Dans ces conditions, et si l’étudiant finance 20 % du coût de ses études, cela génère 5 Mds de plus pour le secteur chaque année. Là on peut espérer le coup de boost nécessaire aux investissements. C’est un modèle vertueux, car si l’attractivité augmente, les étudiants internationaux sont plus nombreux et le pays bénéficie d’externalités croissantes. »

#5 Image et contre productivité

Proposer des frais de scolarité modestes aux étudiants étrangers n’est pas forcément une bonne stratégie. « Dans de nombreux pays, le coût des études est un signal de qualité, observe Olivier Rollot, journaliste spécialiste de l’enseignement supérieur. Trop faible et le signal prix est contreproductif. »

#6 Rayonnement et capital humain

L’enseignement supérieur français a néanmoins rempli un contrat : celui du rayonnement culturel, économique et diplomatique. Un diplômé francophile et francophone est un excellent ambassadeur de la France une fois rentré dans son pays. « Nous pouvons encore mieux valoriser notre culture de pays ouvert et intellectuellement avancé, analyse Jean-Philippe Ammeux. Alors que certaines Nations et régions se referment et se crispent, c’est un atout considérable. » Et Philippe Regimbart d’insister, « nous devons mieux faire connaître notre culture millénaire, nos savants, nos inventeurs, nos artistes, nos intellectuels, nos scientifiques ; cela sans perdre notre âme. »

« Au-delà de l’attractivité internationale, il ne faut pas oublier les effets locaux d’un enseignement supérieur performant, conclut Eric Dor. Il permet toujours une augmentation du capital humain, et donc du potentiel de croissance de l’économie. Enfin, toutes les études montrent qu’une personne qualifiée est plus heureuse et a une meilleure santé. »

Dans la peau de Jean-Philippe Ammeux, directeur général de l’IÉSEG