L’amour du risque et du défi ont conduit cet ingénieur des Mines ParisTech (86) à la présidence du groupe, leader européen de la location de véhicules utilitaires industriels, en 2015. Il lui faut moins de 2 ans pour remettre à flot ce navire en dérive depuis la crise de 2008.- Par Alexandra Montfort

 

Quelle était la situation de Fraikin avant votre arrivée ?

Notre société – délicate alchimie de leasing et de maintenance industrielle – a traversé de 2008 à 2013 des années difficiles, liées à la crise générale dans laquelle était plongée l’Europe, crise qui impactait nos principaux clients dans les secteurs du transport, de l’environnement, du BTP et de la distribution. Nos résultats s’effritaient et notre dette, née en 2007, lors de la mise en place du LBO pour l’acquisition de Fraikin, devenait vraiment trop importante. Trouver un nouvel investisseur s’imposait donc comme une nécessité, et c’était bien là l’un des principaux points de ma feuille de route.

© FRAIKIN

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Quel plan d’action avez-vous mis en place ?

J’ai commencé par me concentrer sur l’amélioration de l’efficacité opérationnelle de l’entreprise. La progression de nos résultats, qui en a découlé, a permis de rassurer nos partenaires bancaires et d’en attirer de nouveaux. Ensemble, nous avons renouvelé le programme de titrisation ultra sophistiqué qui assure le financement de notre flotte d’une valeur d’1,2 milliard d’e pour les cinq années à venir, et réduit son coût. Enfin, il s’agissait de préparer la sortie du fond d’investissement et la vente de l’entreprise à un nouvel actionnaire. Après un an de négociation, un accord a été trouvé avec le groupe Petit Forestier, un industriel du secteur que nous connaissions bien. Et à ce jour nous n’attendons plus que le feu vert de l’Autorité de la Concurrence pour que le projet entre en vigueur ! Je dois admettre que j’éprouve une grande fierté en regardant le chemin parcouru par les équipes de Fraikin depuis 18 mois.

Je me définis souvent comme  » banquier-garagiste  »

 

Quelle plus-value avez-vous apportée au niveau service ?

Aujourd’hui la demande de nos clients n’est plus uniquement d’investir pour eux dans des camions, mais de proposer une gamme complète de services pour utiliser au mieux leur flotte. C’est ce que nous proposons désormais, de manière structurée, avec Fraikin Business Solution. Via la télématique nous sommes capables de suivre le comportement de chaque chauffeur et de mettre en œuvre une formation ciblée afin d’optimiser sa conduite. Ou bien de pratiquer de la maintenance prédictive en s’appuyant sur la mesure précise de l’usure des composants.

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Quelles perspectives de développement pour la société ?

A l’heure actuelle, seulement 15 % du parc de véhicules français est géré en leasing ! Ce qui nous laisse 85 % de clients potentiels, uniquement sur l’Hexagone. De plus, nous nous développons à l’international en intensifiant notre présence en Europe (4 filiales ouvertes dans de nouveaux pays l’an dernier) et même au delà, avec notre première joint-venture ouverte en Arabie Saoudite il y a un an. Aujourd’hui Fraikin est présent dans 15 pays. L’exportation de notre business model à l’international apparaît comme un levier de croissance primordial.

 

Pourquoi étiez-vous l’homme de la situation ?

J’ai toujours affiché un goût prononcé pour l’international et les postes  » à risques « . Ces 2 fils rouges ont gouverné mon parcours professionnel, que j’ai quasi-entièrement réalisé chez PSA. On m’a donc très vite positionné sur des missions particulièrement tendues avec des problématiques complexes. Construire une joint-venture de toute pièce, organiser la réorganisation d’un ensemble industriel, refondre complètement un réseau de distribution, etc. Dans de tels contextes, on doit souvent faire preuve de créativité, prendre des décisions difficiles pour le bien de l’entreprise. Cela correspondait bien à mon caractère et mon état d’esprit. J’aime me sentir utile et être dans l’action. Après 25 ans de carrière chez PSA, dont 15 en tant que patron de filiales étrangères, j’avais atteint une vraie maturité et j’ai ressenti le besoin et l’ambition de continuer sur cette voie, pour d’autres sociétés en tant que PDG.

 

Pourquoi Fraikin ?

Je trouve cette société passionnante parce qu’elle se place au carrefour de deux mondes qui normalement ne se croisent pas. La finance d’une part, et la maintenance de véhicules industriels complexes d’autre part. Mon quotidien ? Je peux travailler avec des experts du domaine bancaire sur des montages de financements sophistiqués, puis me retrouver dans l’heure qui suit au contact d‘équipes techniques dans les agences capables de désosser complètement un camion, de refaire une boîte de vitesse, ou repeindre une carrosserie ! Ajoutez à cela le pilotage de notre bureau d’études qui conçoit des solutions très spécifiques pour créer des camions sur-mesure… Diriger Fraikin, c’est jongler avec une diversité de problématiques et d’univers extrêmement variés. J’adore ça…

© FRAIKIN

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Que penserait le jeune Pierre-Louis Colin du PDG que vous êtes aujourd’hui ?

C’est amusant parce que j’ai un souvenir très clair du piédestal sur lequel je mettais le chef d’entreprise lorsque j’étais tout jeune homme. Je l’imaginais intouchable, dans sa tour d’ivoire. Il m’impressionnait ! Aujourd’hui, je me rends compte que la réalité du dirigeant est toute autre. Rester accessible et disponible est indispensable pour mener les équipes. J’espère n’avoir pas trop changé…

Souvenir des Mines ParisTech

Avec une bande de copains, nous avons lancé la Junior Entreprise de l’école. A l’époque c’était la première fois que des élèves des Mines rentraient en contact avec les entreprises. Nous sommes partis à la découverte d’un monde inconnu et captivant ! En y repensant, je gage que les études, que nous produisions, manquaient de solidité. Mais peu importe, seule la démarche comptait vraiment. Avec le recul, j’ai pris conscience de cet espace de liberté que m’a offert ma formation. Plus que des cours théoriques, elle nous a encouragés à exprimer notre créativité et notre énergie personnelle.

 

3 atouts clés du groupe FRAIKIN :
• son cap stratégique clair, tourné vers l’international
• sa structure à taille humaine
• sa réactivité, avec des boucles de décisions courtes et un haut niveau de délégation

 

Les profils métiers recherchés :
• de purs financiers
• des ingénieurs techniciens dans les bureaux d’études
• des commerciaux principalement sur le développement international

 

Conseils aux jeunes :
N’hésitez pas à postuler, nous avons besoin de sang neuf ! Nous recrutons des jeunes après un stage long ou une alternance dans l’entreprise. Cela permet de se connaître, de s’apprécier et de signer un contrat en toute sérénité, en sachant où l’on met les pieds !

 

Chiffres clés
656 M € de CA
Un parc de 55 000 véhicules
180 agences dans toute l’Europe

 

Contact :  pierre-louis.colin@fraikin.com