Aux mots de Fintech et Blockchain viennent à l’esprit Lendix, Bitcoin, Ether, Litecoin, Ripple, Lending Club, Leetchi…  +Autant de nouveaux acteurs qui viennent bousculer un secteur peu habitué à la concurrence. L’année 2017 a vécu la folle ascension du Bitcoin qui a vu son cours passer d’environ 1000 $ en mars 2017 à presque 20 000 $ mi-décembre pour chuter autour de 8 000 $ depuis le début de l’année 2018. Le Bitcoin symbole de la Blockchain a déchaîné les passions, Jamie Damon, patron de JP Morgan l’a qualifié de fraude. Pas de doute, les innovations portées par les Fintech et la Blockchain sont résolument disruptives et ouvrent un champ des possibles que nombre d’acteurs aujourd’hui peine à délimiter.

(c) Neoma Business School

(c) Neoma Business School

Par Arash Aloosh, Professeur du département Finance & Nathalie Janson, Professeur du département Economie à NEOMA Business School

 

 

 

Des innovations qui réduisent les barrières à l’entrée

 Ces innovations radicales ont des effets sans précédent étant donné qu’elles combinent la puissance de calcul à la structure décentralisée de leur organisation. L’information devient moins coûteuse à traiter et est de qualité, rendant moins pertinente certaines activités d’intermédiation. C’est ce qui explique l’émergence de plateformes de mise en relation directe des investisseurs particuliers et des entreprises comme Lendix ou Lending Club pour ne citer que les plus connues. Dans un secteur bancaire et financier jusque-là resté très fermé, la faiblesse de l’investissement initial et la quasi-absence de coût réglementaire ont permis ainsi l’émergence de nouveaux services financiers comme le financement participatif, le prêt direct entre investisseurs particuliers et entreprises ou individus, les transferts d’argent via mobile, les robo advisor… Ce mouvement est renforcé par le big data et le cloud computation qui améliorent considérablement les capacités de modélisations des risques financiers et le pricing des actifs. En outre, les Fintech permettent une démocratisation de l’accès aux innovations financières dans les pays en développement et favorisent une plus grande inclusion financière.

La Blockchain, une technologie aux applications infinies

 Le Bitcoin, au cœur de l’attention aussi bien des chercheurs en finance que des praticiens, a introduit la technologie de la Blockchain dont les applications vont bien au-delà des cryptomonnaies. La Blockchain révolutionne littéralement la production et les échanges en les décentralisant. Plus besoin de tiers de confiance, l’information est enregistrée et scellée dans la chaines de blocs, l’information une fois vérifiée est donc conservée. La liste des applications potentielles de la Blockchain est infinie et inclut des activités aussi variées que le paiement, la compensation, les transactions, le management d’actifs, l’audit, la gouvernance d’entreprise, le financement participatif, l’assurance, le développement des smart contracts… Cette technologie permet également de développer la finance sociale comme en témoigne le lancement du Watercoin le 22 Mars dernier pour sécuriser l’accès à l’eau dans certains pays africains. Les pays en développement ne s’y trompent pas et sont pionniers en matière d’adoption de la Blockchain de l’Equateur au Sénégal sans oublier la Tunisie et le Vénézuela qui a introduit sa propre cryptomonnaie indexée sur ses réserves en matières premières.

« Sleeping with the enemy »… ou comment apprendre des outsiders

 Ce bouleversement pousse les banques traditionnelles et les intermédiaires financiers à adapter leur business modèles et les gouvernements et les régulateurs à revoir leurs règles en réponse à l’accélération des développements. Les banques et institutions financières investissent et absorbent ces nouveaux acteurs afin d’apprendre de leur mode de fonctionnement et ne pas louper le coche. De nombreuses banques ont leur propre incubateur ou accélérateur Fintech et les instances régulatrices ont des équipes mobilisées sur cette question. Le challenge est grand pour les acteurs traditionnels sans compter que l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses balbutiements… Qui survivra à ce grand bouleversement… difficile de prédire !