L’une des principales explications concernant la participation relativement faible des femmes dans le secteur financier est que les femmes fuient la concurrence et, par conséquent, s’orientent vers d’autres secteurs d’activité. Par ailleurs, des études ont montré que les différences de comportement entre les sexes dans la sphère financière sont modelées avant que les individus intègrent le marché du travail.

 

Quel rôle peuvent jouer les écoles de commerce ?

Quel est le rôle de l’éducation dans le maintien des disparités entre les sexes dans le secteur financier ? Des études soulignent que les écoles de commerce intègrent difficilement l’importance des « perceptions et des expériences » des étudiants en matière de genre. Pour comprendre les disparités de genre et leur enracinement au long de l’expérience éducative, il est essentiel d’étudier les performances et les choix des étudiants mais aussi de les confronter à des expériences qui mettent en évidence leurs stéréotypes sur le genre.

 

Le paradoxe entre performance scolaire et choix de carrière

Dans notre projet Gender and Finance, nous étudions la performance scolaire des étudiants de première année à l’ESSEC Business School dans le cours de finance obligatoire, ainsi que leur choix de spécialisation au long de leur parcours. Nous constatons que même si le taux de réussite au cours entre les femmes et les hommes n’est pas statistiquement différent, les étudiantes sont significativement surreprésentées au sommet de la distribution (note maximale de 20/20). Pourtant, nos données montrent également que les étudiantes sont moins susceptibles de choisir une spécialisation en finance et de s’orienter vers une carrière en finance suite à l’obtention de leur diplôme.

 

Étudier les biais comportementaux dans un contexte expérimental

Aussi, nous avons utilisé une plate-forme innovante de simulation en ligne appelée SimTrade (disponible sur www.simtrade.fr), pour réaliser une expérience de finance comportementale. Nous avons construit la simulation de marchés et d’entreprises, SunCar, pour tester la réaction des étudiants aux nouvelles informations liées au genre sur les marchés financiers. L’avantage de SimTrade par rapport aux outils d’expérimentation classiques est qu’il nous permet de contextualiser l’expérience en incorporant un événement « genré » dans la simulation de trading.

 

Nos premiers résultats : « Les garçons font confiance aux garçons et les filles aux filles »

Nous constatons que lorsqu’une femme PDG est nommée, les étudiantes réagissent positivement à cette annonce (elles achètent !), tandis que les étudiants réagissent négativement (ils vendent !). Mais inversement quand un PDG homme est nommé, les étudiantes réagissent négativement à cette annonce (elles vendent !) et les étudiants réagissent positivement (ils achètent !).

 

Conclusion

Notre constat est que l’éducation en finance est encore trop aveugle vis-à-vis de ces questions qui, néanmoins, ont des répercussions au-delà de la sphère éducative sur le marché du travail, la gestion des talents et les inégalités à long terme. D’où le mission statement de notre projet : « Unblinding gender in finance: from the classroom to the trading floor ».

contacts :
www.longin.fr;santacreuvasut.com;

Référence et liens :
Longin F. and E. Santacreu-Vasut (2017) « Introducing gender in finance education in a European Business School: lessons, recommendations and challenges » Working paper, ESSEC Business School, disponible sur www.genderfinance.net

Sur les réseaux sociaux :
Twitter : @GenderFinance
Facebook : Genre et Finance
Site : www.genderfinance.net

« Les jeunes talents doivent montrer que l’égalité femmes / hommes est un critère déterminant dans le choix de leur employeur »