essec

 

Pour tout étudiant qui entreprend des études pour exercer un métier dans la finance, l’une des premières questions à se poser est : finance de marché ou finance d’entreprise ? Inutile de dire que les métiers correspondant à chacun de ces deux domaines sont souvent très différents. Ils se distinguent par leur contenu, leurs acteurs et leur rythme de travail.

Les activités de marchés qui s’exercent principalement dans les banques, chez les brokers, ou les investisseurs exigent en général (sauf pour les marchés primaires d’actions) une bonne connaissance des produits et surtout d’être capable de les « pricer ». Si le rêve de bon nombre de jeunes financiers est de travailler en « front office », c’est-à-dire en contact direct avec le marché, inutile de dire que le contexte d’aujourd’hui ne rend pas l’accès à ces métiers particulièrement aisé. Il faut avoir à la fois une excellente compétence technique (en grande partie fondée sur la modélisation) une très bonne culture économique et financière (comprendre ce qu’il se passe) et si possible sortir d’un programme ou d’une formation réputée (le dernier ranking du Financial Times peut aider à choisir son programme). Mais activités de marché ne sauraient être synonymes de front office. Face à la régulation financière, les institutions financières ont besoin de compétences pointues dans le risk management et commencent à se démultiplier en structures plus petites où les fonds d’investissement et les hedge funds ont une place de plus en plus importante. Si pour le moment, ces structures embauchent encore peu de jeunes diplômés, nul doute qu’elles sauront dans leur développement incorporer aussi de jeunes talents. Vendre des produits structurés, ce n’est finalement pas un métier réservé aux grandes banques. Au risque d’être simpliste, les métiers de finance d’entreprise sont beaucoup moins « branchés » sur le besoin immédiat du client ou la situation du marché qui exigent à tout moment de pouvoir calculer des prix pour initier des décisions. Ils se fondent principalement sur l’analyse financière et donc sur un recul et une réflexion prenant en compte des facteurs techniques, mais aussi souvent stratégiques. Les connaissances mathématiques sont moins nécessaires, mais en revanche la culture économique des entreprises et de leurs marchés dans le contexte macro-économique global y est une exigence absolue. La notion de valeur y est primordiale tant pour le montage d’opérations financières que pour les transactions. Exercés en banque, en cabinet de conseil ou en dans une entreprise industrielle ou commerciale, les métiers de la finance d’entreprise reposent sur l’évaluation et requièrent des compétences larges faisant appel à la fois à la théorie financière, à la comptabilité et à des méthodes spécifiques d’évaluation. Comme ils visent souvent à faire apparaître des opportunités,
les temps de crise peuvent être de « bons » moments pour faire émerger les professionnels les plus talentueux.
Quant aux modes de vie induits par ces deux grandes familles de métiers, inutile de dire qu’ils sont souvent bien différents. La finance de marchés exige de la concentration, souvent de la rapidité et une certaine assurance qui doivent aller de pair avec le sens du risque et un esprit de responsabilité. Les horaires de travail y sont souvent moins exigeants que dans la finance d’entreprise où mener à bout une idée ou une négociation demandent une implication patiente en lien avec le service rendu. Et si vous avez toujours des doutes pour faire un choix, dites-vous qu’il ne faut pas trop tarder, car même si quelques passerelles sont possibles entre la finance de marché  vraiment qu’en début de carrière et pour peu de temps…

 

Par Michel Baroni,
Professeur de Finance et Responsable pédagogique du Mastère Spécialisé Techniques Financières, ESSEC
baroni@essec.fr