Sciences Po Finance

Lou Santolini, trésorière de Sciences Po Finance

Lou Santolini, trésorière de Sciences Po Finance

Trader, Salesman, Analyste M&A, Asset Manager, autant de métiers du monde de la finance qui attirent bon nombre d’étudiants sortant de masters spécialisés aussi bien en écoles de commerce que d’ingénieurs. Après la crise financière que nos pays ont traversé ces dernières années, la question est de savoir quel secteur financier continue d’embaucher, quelles sont les attentes des recruteurs, en somme, quelle finance permet encore de conjuguer passion du métier et attrait de la rémunération ?
Force est de constater que, depuis la crise, les recruteurs sont devenus beaucoup plus exigeants tant au niveau des compétences théoriques et pratiques que de la connaissance et de la maîtrise des enjeux financiers, stratégiques et sectoriels. Ainsi, il convient de s’interroger sur la nature du choix de carrière des étudiants. Dépend-il de leur formation, de l’air du temps, voire même des deux ? En effet, il semblerait que certains métiers de la finance aient plus souffert que d’autres de cette crise, et ce, particulièrement dans la finance de marché.
L’on a pu observer une certaine tendance dans la finance de marché qui pousse les étudiants à s’orienter plutôt vers de nouveaux métiers que vers celui, plus traditionnel, de trader, auquel la crise a laissé bien des stigmates. Au contraire, les métiers liés à la gestion du risque connaissent un essor important et se révèlent être plus en adéquation avec d’une part, les attentes des recruteurs, et d’autre part, les aspirations des jeunes diplômés. Il y a assurément une sollicitation croissante des fonctions « risque », mais aussi de celles de contrôle plus généralement, sur les marchés financiers, que ce soit en banques d’affaires ou en sociétés de gestion. Les étudiants eux-mêmes semblent se détourner des métiers du front-office pour ceux plus rationnels des risques, du middle- et du back-office, qui offrent des possibilités de mobilité interne importantes. Les recruteurs sont avant tout à la recherche de jeunes diplômés capables d’apporter à la fois une véritable plus-value et des solutions innovantes à leurs clients.
Par ailleurs, la finance d’entreprise maintient son niveau d’embauche malgré la crise. Peut-on pour autant penser que les métiers d’avenir sont ceux de la finance d’entreprise ? Les professions du « chiffre inéluctablement moins impactées par la crise que ceux de la finance de marché dans la mesure où les entreprises vont alors tenter de consolider leurs équipes en direction financière. Les recruteurs aussi bien en entreprises qu’en cabinets d’audit ou encore en compagnies d’assurance attendent des candidats qu’ils soient capables de leur fournir un gage de transparence mais également des solutions pour la réduction des coûts. Ainsi, ce sont essentiellement les métiers de contrôleur de gestion, d’auditeur, de spécialiste en consolidation mais également d’actuaire qui sont favorisés par les circonstances, aujourd’hui.
Quant au marché des Fusions – Acquisitions, les futurs analystes peuvent aspirer à particulièrement le marché asiatique qui s’impose de fait comme celui au plus fort potentiel. En outre, il semblerait que les secteurs industriels porteurs sur le marché des Fusions – Acquisitions soient ceux du luxe, du pétrole ainsi que celui des nouvelles technologies, qui ont su passer entre les mailles du filet de cette crise et conforter une vision optimiste durable. Concernant cette partie de la finance d’entreprise, les postulants doivent s’adapter à une nouvelle tendance de marché qui favorise des opérations plus stratégiques que financières. On obtient alors un lien bien défini entre finance de marché et finance d’entreprise dans la mesure où les marchés financiers tendent à accueillir positivement les acquisitions et donc à accepter la prise de risque des entreprises tout en augmentant la demande de spécialistes du risque.
L’air du temps donne alors l’impression d’avoir une influence majeure sur les métiers de la finance. Les formations doivent s’adapter aux besoins des recruteurs tant sur les marchés financiers que dans les entreprises. L’expérience est fortement favorisée en période de crise et il devient incontournable d’intégrer des stages ainsi qu’une spécialisation à sa formation initiale tandis que la crise a considérablement revu à la hausse le niveau d’exigence des recruteurs. Les masters spécialisés des écoles de commerce ou d’ingénieurs ont le vent en poupe. Parmi eux, se distinguent ceux qui ont su prendre très tôt le virage de la spécialisation. On retrouve alors le MS « Ingénierie Financière » de l’EMLyon spécialisé uniquement dans la finance d’entreprise tout comme celui de l’université Paris-Dauphine, « Finance d’entreprise et Ingénierie financière ». D’autre part, les masters spécialisés dans la gestion des risques sur les marchés financiers voient leur attractivité croître auprès des étudiants comme par exemple le MS « Management Global des Risques » des Arts et Métiers Paris- Tech/ESTP ou encore le MS d’HEC « Management des risques internationaux ». Sciences Po a également bien intégré cette notion de spécialisation en créant trois mentions au sein du master « Finance & Stratégie », épousant ainsi quasi – parfaitement les contours des nouvelles tendances à l’embauche: « Finance », « Financements internationaux et risques », et enfin « Stratégie et Management ». Reste à savoir jusqu’à quand ces masters spécialisés seront reconnus sur cette portion du marché du travail, celle de la finance, où la cyclicité est la règle.
Enfin, la rémunération des métiers liés directement aux marchés financiers a inévitablement chuté depuis la crise de 2008. Elle se révèle être plus volatile en finance de marché qu’en finance d’entreprise compte-tenu de la forte part variable qui s’y rapporte. Aussi, les métiers en banques d’investissement sont les plus touchés par la chute de la Bourse et il convient alors d’être prudent quant au rapport entre instabilité des marchés et salaires. En finance d’entreprise, avec le renforcement des équipes des services financiers, les candidats peuvent entrouvrir la porte d’une négociation à la hausse de leurs salaires. Néanmoins, même si la rémunération en finance d’entreprise est en augmentation du fait de la reprise des embauches, il faut bien garder à l’esprit que les recruteurs ne font pas de surenchère, bien au contraire, et exigent un niveau des compétences à la hausse également.
Ainsi, entre finance de marché et finance d’entreprise, il est dans l’intérêt des futurs ou jeunes diplômés d’obtenir, premièrement, un diplôme en adéquation avec l’air du temps ; deuxièmement, de postuler aux métiers d’avenir, et finalement de déterminer leurs attentes en termes de salaires, prestige et goûts personnels. Aujourd’hui, il est évident que la finance de marché est entrée dans un nouveau cycle où la gestion du risque est cruciale et où les métiers, moins prestigieux auparavant, du middle et du back-office trouveront pleinement leur place. De plus, la finance d’entreprise semble être la grande gagnante de cette crise en ce qui concerne l’attrait des étudiants et la sécurité des carrières. En effet, l’accompagnement de la sortie de crise passe nécessairement par un renouvellement des postes de finance d’entreprise en faveur de financiers capables d’optimiser les organisations financières et comptables. Cependant, la finance demeure cyclique et les métiers d’aujourd’hui ne seront peut-être pas les plus rentables demain.

 

Lou Santolini

 

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