De prime abord, la féminisation d’une organisation à dominante masculine ne semble pas être de nature à stimuler un public d’étudiants en Executive MBA dont les centres d’intérêt portent davantage sur les questions dites stratégiques dans l’entreprise. Le sujet n’en est pas moins important, en témoigne l’initiative actuellement portée par le Service Départemental d’Incendie et de Secours de la Moselle (SDIS57). Mais concrètement, quelles sont les solutions à la fois créatives et rationnelles qui peuvent être mises en place dans des délais raisonnables ? Réponse : le co-apprentissage école-étudiant-organisation partenaire, dans le cadre d’une étude de cas réel. Par Krista Finstad-Milion, Professeure associée, Présidente et co-fondatrice de l’association EST’elles Executive, Référente Egalité f/h pour ICN Business School et membre du Groupe de Travail Egalité f/h de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE)

 

Les parties-prenantes-clés et leurs attentes

 L’école de management est représentée par la responsable du cours « Leadership and Change Management » qui voit dans la féminisation du centre SDIS une vraie question de société. Elle perçoit un riche potentiel de co-apprentissage dans le cadre d’une étude de cas réel (live case study). Pour réussir, il faut s’assurer d’un vrai engagement de la direction envers l’égalité f/h, d’un climat de confiance réciproque entre les 3 parties-prenantes, et d’un accès à un terrain fertile pour la collecte de données.

Les étudiants sont des cadres confirmés dans des secteurs d’activité aussi divers que la bijouterie, l’automobile, la santé et la métallurgie. Ayant des obligations professionnelles et familiales en parallèle de cette formation, ils apprécient l’apprentissage en situation réelle. Ils sont réceptifs aux approches innovatrices et à la découverte d’organisations qui ne ressemblent pas aux leurs. Ils sont intrigués par la confrontation de la théorie aux réalités du terrain. Ils recherchent le développement de compétences telles que l’analyse critique, la prise de décision, la créativité et les compétences interpersonnelles. Certains, femmes ou hommes, comprennent immédiatement la nature stratégique de la féminisation du SDIS, alors que d’autres se demandent s’il ne faudrait pas élargir davantage la question, par crainte d’en faire trop rapidement le tour.

Florence Bucher, gestionnaire flux au sein du service transport et logistics Arcelor Mittal

Les membres du SDIS57 qui participent au live case study s’imprègnent du sujet de la féminisation du centre porté par le Colonel Vallier : « La femme est un sapeur-pompier comme un autre ! » Hommes et femmes, du jeune chef du centre de secours rattaché au SDIS au futur retraité qui s’occupe des jeunes sapeurs-pompiers filles/garçons, en passant par la chargée d’affaires transfrontalières, les responsable des ressources humaines… : tous ont participé à l’analyse de la situation et ils sont en mesure d’agir en conséquence. Certains sont les relais du changement impulsé par le Colonel, d’autres sont les relais du terrain et restent plus sceptiques quant à la possibilité d’un réel changement. Ils sont à la fois ravis de pouvoir travailler avec un public de niveau MBA et curieux du regard qu’on va porter sur leur centre et leurs efforts de féminisation.

Accompagner le changement de mentalité : un processus à la fois rationnel et créatif

Le live case study s’est déroulé sur deux jours à l’Etat Major Départemental. Après un exercice ludique pour se familiariser avec la culture organisationnelle, les MBAs ont travaillé en petits groupes avec un référent du SDIS. Armés de leurs connaissances théoriques sur le management du changement, ils ont reçu une mission qui consistait à reformuler le problème à résoudre, collecter des informations utiles, analyser la situation, formuler des recommandations, avant de les présenter aux membres du SDIS. Quelle place pour la créativité ? Elle provient de cette étude de cas réel, avec une situation vécue par des personnes réelles. Grâce à cette expérience, les MBAs ont plongé dans un univers jusque-là méconnu et en ce faisant, ils ont participé activement à la déconstruction des stéréotypes. Quant aux membres du SDIS57, ils ont pu voir en quoi la découverte de leur quotidien et le défi de féminisation de la profession suscite curiosité et passion. A ce défi, ils associent désormais de nouveaux concepts utiles pour nourrir leur réflexion

 

 

Florence Bucher :  » le live case study: de la théorie à la pratique, une expérience enrichissante et dynamique au sein du SDIS 57! »

Colonel Vallier : « le SDIS57 est très fier de ce partenariat gagnant-gagnant avec les étudiants du MBA ». Son titre officiel : Colonel François Vallier, Chef de Corps, Directeur du Service Départemental d’Incendie et de Secours de la Moselle.

Pour en savoir plus sur le spécial Femmes de Grandes Ecoles et Universités Magazine du mois de novembre…

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