Alors que les grandes entreprises jouent le jeu et nomment des administratrices, quid de l’accès réel des femmes au pouvoir ? Opèrent-elles une montée en responsabilité qualitative ? Pas si sûr …

Un cap franchi en 2013
Le baromètre Diafora-BoardWomen Partners 2013 est formel, 2013 aura été une année charnière dans la féminisation des CA. Les femmes administratrices représentent désormais près de 28 % dans le CAC40 et 26 % pour le SBF120 où seules 3 entreprises ne comptent aucune femme dans leurs CA. En 2009, 18 % des CA du CAC40 comptaient trois femmes ou plus, contre plus de 85 % aujourd’hui !

 

L’enjeu des 40 % en 2017
Pour atteindre l’objectif de 40 % de femmes de la loi Copé- Zimmermann dans les CA en 2017, il faudra encore recruter 230 femmes. En réponse à cette course aux administratrices, les formations pour préparer des femmes à potentiel se multiplient. Il en existe notamment à l’ESSEC, EMLYON, ESCP Europe. Des associations s’organisent aussi pour détecter les places à pourvoir dans les CA, repérer, rendre visibles et accompagner des femmes pour devenir administratrices. C’est le cas de l’Association des Femmes Diplômées d’expertise comptable Administrateurs, de l’EPWN (European professional women’s network) ou de BoardWomen Partners, tandis qu’IESF (Ingénieurs et scientifiques de France) organise en décembre avec l’IFA (Institut français des administrateurs), une conférence dédiée aux femmes scientifiques.

 

Un plafond de verre qualitatif se substitute au plafond de verre quantitatif
Trois professeurs de l’EDHEC sont allés au-delà des apparences pour apporter un éclairage qualitatif. Stéphane Gregoir résume leurs observations : « la hausse du taux de nomination des femmes concerne essentiellement les statuts d’indépendants et de représentants des salariés, les représentants des actionnaires nouveaux nominés étant majoritairement des hommes. De plus, les femmes sont moins nombreuses dans les comités spécialisés où les décisions se préparent. » De là à dire que les femmes seraient cantonnées aux rôles secondaires pour satisfaire aux exigences de la loi …

 

Pas de révolution
Pour le professeur Gomez d’EM LYON aussi pas de révolution. « Les femmes nommées dans les grandes entreprises présentent des profils proches de ceux de hommes. 59 % des femmes ont occupé des fonctions de direction dont 43 % dans la finance. 78 % exercent au moins deux mandats et 40 % 4 mandats ; 50 % sont issues des grandes écoles. Si l’objectif de justice et d’égalité est atteint, on est loin d’une diversification. » L’équipe de Stéphane Gregoir travaille déjà à approfondir ce point pour « identifier les parcours et profils des femmes administratrices pour comprendre ce que l’on attend d’elles : une reproduction au féminin ou une complémentarité pour améliorer la prise de décision et donc la performance de l’entreprise ? »

 

 

Les femmes une arme anti-crise ?
Le professeur Ferrary de SKEMA a étudié les entreprises cotées à Paris et mis en lumière que celles qui emploient plus de 35 % de femmes ont des performances économiques supérieures aux autres. « L’étape suivante a été de corréler la féminisation de l’encadrement de l’entreprise et sa performance boursière. » Il a créé en 2013 le Femina Index, un critère d’investissement basé sur le pourcentage de femmes dans l’encadrement des entreprises ; avec toujours ce seuil de 35 %. «10 entreprises du CAC40 satisfont à ce critère. J’ai comparé leurs performances entre 2007 et 2012 avec celles des autres entreprises de l’indice. Le portefeuille reproduisant le CAC40 a perdu 34,70 % de sa valeur, celui du Femina Index seulement 5,28 % ! Les chiffres sont explicites. A ce stade on peut dire qu’en période de crise, les entreprises féminisées résistent mieux.»
www.skema-bs.fr/faculte-recherche/observatoire-de-la-feminisation

 

A. D-F