Depuis plus de trente ans, la recherche s’est fortement développée dans les Ecoles de Management à travers le monde. Il fallait rompre avec le management vu comme un ensemble de recettes de cuisine et développer des compétences qui puissent être déployées dans différents contextes. Classements et accréditations considèrent ainsi la recherche comme essentielle pour évaluer l’une des dimensions de la compétence de l’école.

Pourtant, de nombreuses voies ont nourri le débat sur la pertinence de la recherche en gestion. Le management fait partie de ces domaines où pour tout un chacun l’intuition et le pragmatisme règnent en maître et où, en conséquence, la théorie ne saurait avoir de place légitime.

 

Dans le paysage de la recherche, quelle place pour lessciences de gestion ?
Quel espace en effet pour la science quand l’intuition est censée suffire à la maîtrise de la réalité ? Dès lors, cette recherche est vue comme trop spécialisée, trop académique, trop détachée des préoccupations des entreprises. Le management en tant qu’objet de savoir doit résoudre la difficile synthèse entre des branches des sciences humaines et sociales souvent très abstraites et des impératifs opérationnels omniprésents. Le pragmatisme doit-il dominer en vertu de la prégnance du principe d’intérêt immédiat ou la réflexion, la prise de hauteur, la théorisation doivent-ils permettre de poursuivre un optimum de long terme ? S’il est vrai que la recherche propose parfois un détour un peu long pour éclairer un phénomène, son objectif n’est pas de répondre immédiatement à une question mais bien de mieux comprendre comment et pourquoi la question se pose.

 

Comprendre les mécanismes sous-jacents et leurs conséquences
Questionner la question, comprendre et mettre en lumière les mécanismes sous-jacents, comprendre les phénomènes émergents et les conséquences pour les acteurs économiques, tels sont les objectifs de la recherche en management. On peut alors s’intéresser à l’entrée des big data dans le monde de la santé pour suivre et adapter les traitements, aux usages d’internet pour changer les rapports de pouvoirs entre l’entreprise et les usagers, aux transformations des services via le web (autopartage, covoiturage, etc.) ou bien aux conséquences de la responsabilité sociale des entreprises. Mais on peut aussi s’intéresser à la révolution des modes de consommation qu’ont permis les progrès dans la gestion de la supply-chain, aux enseignements souvent si contre-intuitifs du marketing social ou encore aux liens entre l’économie de la connaissance et le bien-être au travail.

 

La recherche en management est le trait d’union avec les évolutions sociétales
Comprendre les forces du changement, apprécier et mesurer les invariants qui dirigent le mouvement de surface, appréhender les mutations de structures et leurs causes, accompagner les transformations, être un trait d’union avec les évolutions sociétales, permettre aux managers de lever le nez du guidon, telle est l’ambition de la recherche en management. C’est une des raisons pour laquelle Grenoble Ecole de Management investit fortement dans les relations avec les acteurs économiques, que ce soit les entreprises des pôles de compétitivité, les multinationales ou bien les acteurs publics. Pour être valides, les recherches doivent être publiées. Mais on ne peut pas s’arrêter au milieu du gué. Les recherches doivent avant tout être lues, diffusées, pour influencer les acteurs et participer à la transformation de la société. C’est pour cela qu’il est nécessaire non seulement de s’adresser à la communauté académique et de suivre la publication et la citation, mais aussi  comment les acteurs peuvent se nourrir de nos résultats comme nous-mêmes nous nourrissons économiques et sociaux nous est essentiel ; il n’est rien moins que le guide de notre action.

 

Par Jean-Philippe Rennard Doyen du corps professoral de GEM
et Vincent Mangematin
Directeur de la Recherche de GEM