Si les évaluations des enseignements par les élèves sont monnaie courante, elles suscitent des questions. Un directeur d’école, un professeur et une élève nous livrent leurs réflexions.

Régis Vallée, directeur de l'EIVP (École des Ingénieurs de la Ville de Paris) et président de la commission Formation de la Conférence des Grandes Écoles

Quels sont les objectifs des évaluations ? 

Pour R. Vallée, directeur de l’EIVP, «l’analyse des retours permet de mieux coordonner les enseignements, organiser la pédagogie, et considérer comment les enseignements et outils passent auprès des élèves. La CTI souhaite que les enseignements soient évalués, qu’il en soit tiré profit et que les résultats soient diffusés dans l’école.» Exigées par EQUIS et l’AACSB, les évaluations ont été excessivement internalisées selon F. De Geuser, professeur à ESCP Europe. «La majorité des institutions mélangent les finalités. Les résultats sont parfois diffusés aux élèves, devenant un critère de choix du cours. Si elles mesurent la performance d’un enseignant, elles deviennent un instrument de gestion de carrière. Elles souffrent de leur amateurisme alors qu’elles sont devenues la norme. Il faut les élaborer et les tester scientifiquement pour les rendre pertinentes.» L’objectif affiché est l’amélioration des enseignements. « Elles font systématiquement remonter les difficultés, constate R. Vallée. Le professeur charismatique, même sévère, reçoit sans surprise de bonnes évaluations. Il faut néanmoins toujours les considérer avec recul et prudence. »

Y’ a t-il une méthodologie établie ? 

Il n’existe pas de questionnaire unique mais les évaluations se déroulent toujours par écrit, de plus en plus en ligne, elles sont succinctes, et comprennent des questions ouvertes. Elles sont demandées à chaque fin de module, parfois de cours ou regroupées. Les élèves répondent anonymement. M. Vallée a constaté que certains professeurs les complètent de leurs questionnaires. « Ils peuvent demander quels projets ont été préférés, deux points les mieux traités et deux moins bien compris. Certains organisent des entretiens avec des étudiants. » L’anecdote : «Un nouveau professeur avait été bien évalué et ses élèves ont assorti leurs réponses d’une pétition demandant une augmentation du volume horaire du cours !» raconte M. Vallée.

Quels sont les biais ?
Évaluer la personne et non le cours.
Des finalités multiples induisent des biais, sont parfois contradictoires entre elles. Les jugements diffèrent si les évaluations interviennent avant ou après l’examen. Organiser le cours de manière à être bien évalué et à fortiori titularisé.
Fabien De Geuser, professeur de contrôle de gestion à ESCP Europe, il a mené une étude scientifique sur ces évaluations

Fabien De Geuser, professeur de contrôle de gestion à ESCP Europe, il a mené une étude scientifique sur ces évaluations

F. De Geuser : «Cela peut décourager l’innovation dans la pédagogie.»
«Évaluer un cours en amphi ou en petit groupe, obligatoire ou non sur les mêmes critères induit des biais d’appréciation.»
«Un élève est-il à même de juger d’un choix d’exercice ou de structure de cours ? Il est plus logique de lui demander de juger des faits : les modalités d’examen sont-elles claires, le cours intervient-il au bon moment dans le cursus, les supports utilisés conviennent-ils ? A cause de ces biais et de la question de l’aptitude des étudiants à s’exprimer sur les besoins en pédagogie, il est très discutable de mesurer la satisfaction d’un étudiant ni même de déterminer quels doivent être le statut et le poids de cette « opinion » dans les évaluations et les évolutions de cours. »
Élise Pozzobon, élève en 2e année à HEC Paris
 

« Dans le supérieur, pouvoir porter un regard sur formation me semble constructif. Nous répondons sur l’intranet à la fin de chaque module et pouvons ainsi obtenir nos notes avant la fin de l’année. L’évaluation porte sur le contenu du cours, la qualité pédagogique, les outils, les thèmes abordés. Il y a deux questions ouvertes sur les points négatifs et positifs. Issue de filière littéraire, j’avais indiqué qu’un cours de finance était difficile et nos notes biaisées par rapport aux matheux. Le professeur a répondu qu’il serait attentif, a conseillé des livres et proposé du soutien. » 

Élise Pozzobon

Biais statistique : que valent 75 % de satisfaits si le groupe interrogé compte 25 ou 400 étudiants ?
A.D.F