Quelle est la genèse de l’étude des performances sportive, économique et financière des 19 clubs de Premier League présentée par Audencia Business School ?

C’est tout d’abord une équipe de chercheurs qui est passionnée par le football. C’est ensuite, le constat que le football avait fait l’objet de nombreux travaux de recherche en sociologie ou en économie, mais peu en sciences de gestion. Nous avons donc constitué une équipe composée de trois professeurs de finance d’Audencia Business School, les professeurs Galariotis, Zopounidis et Doumpos et de moi-même pour effectuer un premier travail de recherche sur la Ligue 1 française en 2015 qui va bientôt être publiée dans une revue scientifique. Nous avons prolongé ensuite notre travail par une recherche sur les clubs de Premier League. Cette recherche a fait l’objet d’une étude préliminaire réalisée par un étudiant du Ms Management du Sport d’Audencia BS. Nous associons en effet chaque année à 2 à 3 étudiants de ce programme à nos travaux de recherche sur le football.

 

Comment avez-vous procédé pour évaluer la performance sportive ?

Nous avons eu recours, pour cette étude, à la méthode Prométhée. Il s’agit d’une méthode, utilisée en recherche opérationnelle, qui établit, sur la base de scores et à partir de critères choisis, la performance relative des clubs les uns par rapport aux autres en comparant leurs forces et faiblesses respectives. S’agissant plus précisément des critères de performance sportive, nous avons pris en compte le classement final de Premier League de chaque saison étudiée, le taux de matches gagnés ainsi que les buts marqués. Nous avons aussi octroyé un bonus au club qui a remporté la FA Cup, la EFL Cup ou le Community Shield.

 

Parmi les indicateurs permettant de mesurer la performance financière, comment avez-vous analysé l’endettement des clubs sachant que celui-ci peut à la fois signifier qu’un club est en mauvaise santé financière, mais aussi qu’il investit pour parfaire le « cercle vertueux » que vous évoquez ?

L’endettement des clubs n’a pas été pris en compte en valeur absolue, mais via des ratios mesurant, par exemple l’indépendance financière, et évaluant les équilibres financiers. A propos d’endettement, le cas du Liverpool FC est intéressant. A partir de 2010, le club, racheté par une société américaine, voit sa dette diminuer dans un premier temps puis augmenter à nouveau très rapidement malgré des résultats économiques excellents.

Pour améliorer sa situation financière le club n’a pas d’autres solutions finalement que de procéder 4ans plus tard a une augmentation de capital. Le club y gagne en indépendance financière tout en ne réduisant pas sa dette. Selon notre classement de performance financière, le Liverpool FC passe ainsi de la 8e place (sur 14 clubs) en 2010-11 à la 2e (sur 16 clubs) en 2014-15. Cette opération poursuit un objectif : améliorer la santé financière du club pour accueillir de nouveaux investisseurs dont il se dit qu’ils pourraient être chinois.

Quels sont les bons et les mauvais élèves en Premier League ? En Ligue 1 ?

Arsenal est un modèle mais c’est une exception. Même si les résultats sportifs ont été décevants du fait de l’absence de titre de champion d’Angleterre depuis 2004, il existe une vraie continuité qui se manifeste dans le classement des trois types de performances étudiées. Manchester United est proche également, avec une stratégie cohérente en dépit de quelques accidents sportifs. A l’inverse, il y a chaque année 6 ou 7 clubs qui se retrouvent dans une situation très délicate en présentant des capitaux permanents négatifs. C’est le cas de Chelsea qui est le plus emblématique. On peut aussi citer West Ham United, Aston Villa, Sunderland ou Queens Park Rangers. Pour une entreprise « normale », cette situation est en général synonyme de faillite.

Notre étude de 2015 sur la Ligue 1, montrait que l’AS Saint-Etienne, le Paris Saint-Germain et l’Olympique Lyonnais étaient les modèles à suivre.

 

De plus en plus d’investisseurs étrangers s’intéressent aux clubs de Premier League, mais aussi aux clubs de Championship (2e division) en pensant à la montée en Premier League. N’est-ce pas lié au fait que les clubs anglais font plus de profits que jamais, du fait de l’internationalisation et de l’augmentation des droits TV ?

Les personnes ou sociétés qui investissent dans le football ne le font pas dans l’optique de faire du profit. Pour être performant sur le plan sportif il faut de plus en plus dépenser en transferts et salaires. A quelques exceptions près, non seulement les clubs ne gagnent pas d’argent, mais ils s’endettent encore plus chaque saison. Il faut prendre en compte la réalité des chiffres qui est la suivante : ces dernières années les droits TV ont augmenté de façon exponentielle, jusqu’à un montant jamais atteint auparavant, sans pour autant que cela se traduise de façon positive au plan financier.

Le résultat économique global de la Premier League, à l’issue de la saison 2015-2016 s’est révélé déficitaire pour la première fois depuis plusieurs années en dépit d’une progression des recettes. Les revenus des clubs ont progressé de 55% entre 2010 et 2015, mais dans le même temps la dette moyenne a progressé de 8%.

Il y a parfois des confusions qui entretiennent les idées reçues. Le rapport Football Money League, publié chaque année, établit par exemple un classement des clubs prétendus les plus riches en se basant sur le seul critère du chiffre d’affaires ! Cette approximation se répand ensuite dans les médias et nuit in fine à la compréhension de la problématique du modèle économique des clubs de football. Il est utile me semble-t-il de réintroduire un peu de justesse dans l’analyse et la recherche le permet.

 

Après la Premier League et la Ligue 1, envisagez-vous d’étudier les autres championnats européens sur le même modèle ?

Dans l’immédiat, nous ne prévoyons pas d’études sur les autres grands championnats européens. En effet, il est souvent difficile d’obtenir les informations financières des clubs. En revanche nous travaillons actuellement sur la performance des centres de formation et son lien avec les performances financières et sportives des clubs.

 

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