Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne, professeurs à HEC mènent des recherches inédites sur le rôle de organisations pirates dans l’évolution du capitalisme en tant que contestataires de monopoles et défenseurs d’une cause publique. En impulsant de nouvelles directions, elles contribuent à l’évolution du capitalisme.

 

Rodolphe Durand (à gauche) et Jean-Philippe Vergne (à droite)

Rodolphe Durand (à gauche) et Jean-Philippe Vergne (à droite)

De quel point de vue étudiez-vous les pirates ?
R. D. : Notre livre définit un type d’organisation, appelée pirate, et la replace au sens de son influence dans l’histoire du capitalisme. Nous entendons le capitalisme comme un système mis en place par un État souverain définissant des frontières et des règles afin de normaliser les échanges. Nous nous plaçons à un niveau intermédiaire entre le marché et la société, où à l’extérieur de quatre grands territoires, des pirates luttent contre les monopoles des échanges opérés par les dominants.
JP. V. : Nous avons étudié quatre formes de piraterie présentes à quatre périodes de l’histoire du capitalisme correspondant à la révolution commerciale, des télécoms, digitale et des biotechnologies :
1.L’âge moderne de la découverte des Amériques où les routes maritimes sont écumées par les pirates des mers.
2.La territorialisation des ondes électromagnétiques avec la naissance des radios pirates.
3.La territorialisation du cyberespace dont les pirates informatiques contestent les règles.
4.La territorialisation du vivant, les biopirates contestant l’exclusivité d’une recherche menée par l’État.

 

Par quoi sont guidées les organisations pirates ?
JP. V. : Nous avons montré que la quête du profit n’est pas une nécessité bien que les organisations pirates soient profitables. Elles défendent avant tout une cause publique.
R. D. : Les organisations pirates jouent avec les frontières. Ainsi, les membres de WikiLeaks opèrent pour la cause publique en rendant publics des documents diplomatiques. Les pirates modernes poursuivent les idéaux de liberté et d’égalité défendus par les pirates des mers, au travers de la mise à disposition de copies libres dans un esprit de libre échange sur le Net.

 

Comment les pirates contribuent-ils à l’évolution du capitalisme ?
JP. V. : Nos études nous ont amené à redéfinir le capitalisme comme ayant un mode de fonctionnement à trois et non à deux comme le disent traditionnellement les économistes. La naissance du capitalisme fut concomitante d’un État souverain. Face aux premiers monopoles on trouve déjà les premières organisations pirates. Nous avons constaté qu’elles sont des éléments structurants de son évolution par les nouvelles directions qu’elles impulsent.
R. D. : Elles sont l’aiguillon nécessaire de la rédéfinition du capitalisme. Ainsi les pirates du XXIe siècle vont par exemple contester les droits à exploiter des mines sur la Lune, les fonds sous-marins ou les gaz de schistes. Dès que de nouveaux territoires s’ouvrent et que de nouvelles codifications les régulent, il existe un discours contraire qui a vocation à disparaître lorsque la cause publique est acquise, et donc que le système a évolué.

 

Pourquoi avez-vous adossé votre ouvrage à un site ?
JP. V. : Il nous importait d’ouvrir nos travaux à des publics plus larges que la communauté scientifique ; de susciter le débat et inciter des personnes venues d’univers divers à commenter nos travaux, mais aussi à remixer le morceau de rock en ligne. Et c’est un succès avec déjà 10 000 visites. Le site reprend l’idéal de l’open source en cohérence avec les propos développés dans le livre sur l’innovation. Plus qu’un ouvrage, c’est un projet en collaboration avec la maison d’édition, le groupe rock et les internautes que nous avons voulu monter et faire vivre. Les droits d’auteurs générés par la vente de l’ouvrage nous permettent de financer le groupe de rock et d’intégrer les nouvelles idées nées du débat en ligne en vue de la publication d’un ouvrage aux États-Unis.

 

A. D-F

 

Contact : www.organisationpirate.com