Aline Aubertin Très engagée pour la promotion des femmes scientifiques au sein de l’association Femmes Ingénieurs, depuis plus de 15 ans, et dans l’entreprise au sein du Women Network de GE, comme dans le Cercle InterElles, réseau de femmes interentreprises, Aline Aubertin est l’actuelle Présidente de Femmes Ingénieurs. Elle a développé sa carrière depuis 25 ans dans le domaine du pilotage stratégique des ventes et du marketing de produits techniques. Ingénieur chimiste CPE Lyon et biologiste universitaire de formation initiale, Aline a complété son cursus par l’e MBA d’HEC.

Aline Aubertin Très engagée pour la promotion des femmes scientifiques au sein de l’association Femmes Ingénieurs, depuis plus de 15 ans, et dans l’entreprise au sein du Women Network de GE, comme dans le Cercle InterElles, réseau de femmes interentreprises, Aline Aubertin est l’actuelle Présidente de Femmes Ingénieurs. Elle a développé sa carrière depuis 25 ans dans le domaine du pilotage stratégique des ventes et du marketing de produits techniques. Ingénieur chimiste CPE Lyon et biologiste universitaire de formation initiale, Aline a complété son cursus par l’e MBA d’HEC.

La parité femme-homme source d’innovation
Toutes les études de performance économique et financière s’accordent pour montrer que la diversité femme-homme à tous les niveaux de l’entreprise et plus particulièrement dans les instances dirigeantes est un facteur de performance et de rentabilité. Cette réalité analysée depuis plusieurs années par le cabinet Mac Kinsey1, est aussi affirmée par Christine Lagarde, Directrice du FMI, qui explique que plus de femmes dans l’économie, est un gage de croissance. La diversité femmehomme au sein des équipes favorise également l’innovation. Cet impact a été étudié à diverses reprises par des groupes de travail au sein du Cercle InterElles, réseau de femmes d’entreprises technologiques, dont je suis membre. « Les bénéfices sont multiples. De nos recherches, il ressort que les équipes mixtes sont à la fois plus inventives et plus sûres. Leurs performances globales sont donc meilleures », indique Laurence Thomazeau (Air Liquide) lors du colloque de 2013. Or, les équipes de R&D très souvent masculinesii peinent à analyser les composantes de la dimension femme-homme de leurs clients et à surmonter le biais des stéréotypes dont elles sont porteuses. 50 % de la population mondiale est constituée de femmes. Les besoins de ces clientes doivent être compris et pris en compte. Est-ce qu’une équipe très (trop) majoritairement masculine est à même de le faire ? Les conséquences sur le business de cette absence de prise en compte de la dimension femmehomme peuvent être sévères : rappelons-nous ce fabricant d’ordinateurs, qui croyant intéresser sa clientèle féminine par un produit rose très « girly », n’a pas vu qu’il renforçait les stéréotypes de manière trop caricaturale. Il a dû interrompre le lancement de son produit suite aux réactions vives de la blogosphère. L’ingénieur de demain, porteur des innovations du futur, inventeur de nouvelles technologies et de nouveaux métiers pourrait donc bien être une ingénieure. Plus surement encore, il appartiendra à une équipe diverse de femmes et d’hommes, qui collaborent à l’innovation.

 

Comment les écoles d’ingénieurs intègrent cet enjeu ?
Si 17,5 % des ingénieurs sont des ingénieures, les femmes représentent 27 % des effectifs des élèves ingénieurs. Ce pourcentage qui rend compte du fait que les étudiantes restent minoritaires, cache en réalité de grandes disparités : si les filles peuvent être à parité dans les spécialités de la biologie, de la chimie et de l’agronomie, elles représentent souvent autour de 10 % dans les sciences dites duresii. En cela, et compte-tenu de ce qui a été démontré ci-dessus, on pourrait dire que les écoles d’ingénieurs ne contribuent pas à former les ingénieurs innovants de demain, ou plutôt les ingénieures innovantes, dont les entreprises ont besoin pour mixer leurs équipes et qu’elles recherchent. Si certaines font de réels efforts pour promouvoir leurs formations auprès des filles, toutes ne font pas ou le font d’autant moins qu’elles n’ont aucune difficulté à remplir leurs promotions avec les demandes d’inscriptions des garçons. Néanmoins, au-delà du manque d’actions volontariste de recrutement de la part des écoles, l’ensemble de notre société et les stéréotypes qu’elle porte et entretient, a sa part de responsabilité dans l’absence d’attrait des études d’ingénieurs des filles2. Au-delà des effectifs de filles, il serait souhaitable que les écoles intègrent les enjeux de la dimension femme-homme dans leur formation, pour s’appuyer sur cette richesse pour plus d’innovation et pour des produits adaptés aux clients et clientes. Pour que nos entreprises soient plus innovantes et performantes, je forme le voeu que les écoles forment plus d’ingénieures et que les jeunes filles osent ces études, qui leurs offriront des débouchés. L’ingénieur de demain est peut-être une ingénieure.

 

1 – Lire les études annuelles “Women matter »
2 – Livret la brochure « Les femmes et les sciences : au-delà des idées reçues », publiée par les associations Femmes Ingénieurs, Femmes et Sciences et femmes & mathématiques, disponible sur le site www.femmes-ingenieurs.org
ii – Pour plus de précisions sur la proportion de femmes ingénieures dans les équipes de R&D, lire les statistiques de l’enquête d’IESF et son traitement comparatif femmehomme réalisé par Femmes Ingénieurs et disponible sur le site : www.femmes-ingenieurs.org

 

Par Aline Aubertin