Clément Ader (1841-1925) reconnu comme le prophète visionnaire de l’aviation et ses applications militaires a donné le nom de famille « avions » à son aéronef et il restera gravé dans l’ADN des groupes comme Dassault Aviation, Thales, Snecma, Safran ou Turbomeca. – Par Radoin Belaouar, Responsable du Département Mécanique Numérique et Modélisation

 

 

Ces grands industriels français acteurs incontournables du marché de l’aéronautique et du spatial et dont le savoir-faire est mondialement reconnu doivent faire face pour « l’avion de demain » aux récentes révolutions technologiques liées au phénomène « Big data », à la robotisation, à la réalité virtuelle, à l’intelligence artificielle…

Les aéronefs sont des systèmes complexes qui nécessitent des interactions subtiles entre plusieurs composants. Le dimensionnement et l’analyse des véhicules aériens nécessitent une approche multidisciplinaire ardue pour modéliser leur aérodynamique, leurs structures, leur dynamique, leurs systèmes de détection et de contrôle et leurs systèmes de propulsion.

La place de l’industrie aérospatiale française, aux premiers rangs mondiaux, tient en partie au succès des maîtres d’oeuvre et d’une politique d’alliances industrielles réaliste, qui a (ont) su gagner des marchés avec des produits complets, mais également à celui des équipementiers et des sous-traitants, qui ont su se positionner auprès d’industriels étrangers.

Pour acquérir cette notoriété, la France adopte une démarche continue de recherche et d’innovation adossée à une base technologique au meilleur niveau mondial. Pour exemple, l’office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera, financement étatique) qui détient une soufflerie transsonique (à Modane) où furent testées des maquettes à l’échelle 1 des plus grands programmes aéronautiques français et européens : Concorde, Airbus, Mirage, Falcon, Rafale… (elle reste à ce jour la plus grande soufflerie de ce type au monde), industrialise ses procédés et reste leader des méthodes numériques avancées pour l’aérospatial sur la base de nombreux partenariat avec les universités du monde entier.

Tout ce savoir-faire donne des « ailes » aux entrepreneurs et permet ainsi de diversifier les configurations pratiques d’aéronefs. Aujourd’hui, les drones aident à l’étude des récifs coralliens, de démonstrateur de combat (projet Dassault Neuron), de l’observation et de la photographie aérienne. Les futures applications peuvent inclure la livraison de colis dans les régions urbaines, ou même les personnes, car les voitures sans conducteur aident à ouvrir la voie à de nouvelles formes de transport aérien « autonome ».

Ces nouveaux concepts de transport ne peuvent pas être conçus sur la base d’années d’expérience et d’informations sur des aéronefs classiques. De nouveaux outils et approches de conception sont nécessaires pour créer des systèmes de vol innovants.

La conception future des aéronefs s’appuiera fortement sur l’industrie 4.0 en connectant et en exploitant un nombre d’informations considérable dans la recherche, la technologie, la production, le marketing, les données en vol…L’aérospatial devra miser sur le Big Data.

La réussite de l’industrie aéronautique française repose aussi sur la qualité des compétences humaines qu’elle y trouve, au niveau des bureaux d’études comme des usines de montage. Ses besoins en ingénieurs, ingénieurs-manager et en techniciens qualifiés sont importants.

Selon le rapport 2015 du GIFAS, 43% des recrutements se font sur des profils ingénieurs pour imaginer, construire et tester les avions du futur et toutes leurs composantes : moteur, fuselages, nez des appareils, mais aussi les systèmes électroniques embarqués, les parties mécaniques…

L’aéronautique est une bonne piste pour les étudiants. C’est pourquoi de nombreuses écoles d’ingénieurs françaises (dont la pionnière l’ISAE-SUPAERO) s’adaptent à l’évolution fulgurante des techniques de conception et proposent des formations spécifiques aux besoins formant ainsi de futurs ingénieurs pouvant collaborer avec l’industrie. C’est aussi dans ce cadre que l’ESILV (Ecole Supérieure d’Ingénieurs Léonard de Vinci) et l’EMLV (Ecole de Management Léonard de Vinci) s’investissent dans la double formation d’ingénieursmanagers permettant aux nouveaux diplômés de répondre aux besoins des entreprises qui cherchent à recruter des profils hybrides ayant des compétences élargies.
C’est aussi à travers l’innovation que les métiers se transforment.