Cet article a 3 années. Merci d'en tenir compte durant votre lecture.

Aux États-Unis, l’argent n’est pas tabou et c’est peut-être davantage le cas dans la Silicon Valley. Alors qu’en France, la logique cartésienne domine, aux États-Unis c’est plus l’empirisme, ce qui explique le fait que l’on crée très facilement des entreprises, par essais successifs et erreurs ou réussites. La recherche de la performance reste ici le maître mot.

 

Les licornes ou le nom donné aux start-up valorisées à plus d’1 milliard de dollars

Ces clivages se retrouvent au niveau des start-up avec un marché d’une taille sans commune mesure qui permet sur le seul sol américain d’atteindre rapidement la masse critique, cruciale pour pouvoir dans le cas des start-up, monétiser une audience acquise. Dans l’ancien monde, le langage des affaires privilégie peu la sphère animalière.

Il est rare qu’un directeur financier annonce ouvertement se sentir l’âme d’un ours ou d’un taureau, quand bien même il serait d’une humeur de chien. En revanche, il est coutumier outre-Atlantique de s’annoncer bearish ou bullish dès lors que sont traitées les questions monétaires. Plus incongru encore, il est aisément fait référence à la douce colombe, lorsqu’une politique économique est jugée accommodante : « The minutes of the Fed’s rate cutting meeting were dovish».

 

Il est fait allusion à un autre animal depuis maintenant quelques années : la licorne (unicorn). Ce terme est désormais passé dans le langage commun pour désigner les start-up high-tech dont la valorisation atteint au moins un milliard de dollars. Les licornes sont donc magiques, rares… et chères ! En 2013, on dénombrait 38 licornes, tous secteurs high-tech confondus. En 2014, ce n’est pas moins de 68 animaux à corne qui étaient recensés dans le domaine plus restreint du seul Internet mobile.

 

La licorne se reproduirait-elle aussi vite que les lapins à l’image des suites de Fibonacci?


D’aucun se prêtent même à s’imaginer galoper sans tarder dans les collines de Palo Alto avec une corne leur poussant au milieu du front. Mais au-delà des licornes, un nouveau terme fait désormais le buzz dans la Silicon Valley. Il s’agit de decacorn. Ce mot, inventé début 2015 par Bloomberg Business, se trouve sur toutes les lèvres des venture capitalists, business angels ou simples bavards locaux. Cette créature imaginaire a une valorization d’au moins 10 milliards de dollars, soit 10 fois plus qu’une simple licorne.

 

 

Le cheptel de cette drôle de bête est localisé majoritairement dans la Silicon Valley et comprend Dropbox, Pinterest, SpaceX, Snapchat, ou encore côté San Francisco, Airbnb ou Uber dont le dernier tour de levée de fonds était basé sur une hypothèse de …. 40 milliards de dollars ! Plus près de nous, le terme ubériser est en train de passer dans le langage courant  pour désigner un concurrent d’une entreprise qui disparaît ou décline du fait de l’emploi d’une nouvelle technologie, de nouvelles méthodes ou business plan grâce à une transformation digitale réussie. En investiguant davantage, on se rend compte que cette animalerie  d’un genre à part a une fâcheuse tendance à se tenir par la barbichette, par le biais d’investisseurs communs hyperconnectés comme l’illustrent les graphes de CB Insights, base de données de capital risque.

 

 

L’effet réseau est encore plus fort ici. Le Rosewood hotel à Menlo Park sur la Sand Hill Road est ainsi l’un des principaux lieux où se rencontrent les investisseurs dans les licornes. À bien des égards, les amoureux des animaux sont bien servis dans cette région de Californie. Mais on dénote aussi des sceptiques, ceux qui n’oublient pas que les arbres ne grimpent pas jusqu’au ciel, faisant planer un risque de bulle 2.0. Ils prédisent déjà que certaines licornes sont mal en point et pourraient disparaître aussi vite qu’elles ont vu le jour.

D’une licorne à une chimère, il n’y a qu’un pas.

 

 

David Fayon
Merci à Géraldine Hottier-Fayon (EDHEC 1996) pour certaines données

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