[Qu’en dit la science ?]

Il est crucial de distinguer le sexe et le genre. Il existe bien sûr des sexes biologiques chez les animaux et les végétaux. Mais il n’est pas figé : certains animaux changent de sexe selon les températures ou sont hermaphrodites… Sans parler de la créativité sexuelle des végétaux ! Toutes les possibilités existent.

Il existe des cadres mais certaines espèces ont inventé de multiples variations autour de ces cadres. De plus, attention à l’amalgame entre le biologique et le génétique. Nous sommes certes constitués par des gènes, mais en interaction avec notre environnement. Le biologique est donc une rencontre entre la génétique et les circonstances de la vie.

Ce constat vaut pour l’espèce humaine : il n’y a pas toujours d’équivalence entre le sexe et le genre. Le genre résulte d’une histoire personnelle, où le biologique croise  le culturel, le social, le psychologique. Si la nature nous a donné un sexe, nous n’avons pas à le subir non plus, et les biologistes n’ont pas d’autorité particulière pour nous assigner un genre : nous sommes libres de nous inventer si notre équilibre personnel et notre bonheur le commandent.

L’égalité : un concept moral qui ne s’applique qu’aux humains

Dans la nature, il existe des rapports de domination entre animaux mâles et femelles, souvent au bénéfice des mâles : mais les femelles ont des rôles cruciaux, discrets mais tout aussi stratégiques notamment dans leur relation aux petits. Elles sont en outre actives dans les comportements de choix du partenaire: contrairement à des vieux clichés, la sélection sexuelle fonctionne dans les deux sens…

La nature n’a ni but ni volonté consciente

Plus généralement, bien que des formes rudimentaires de choix collectifs existent dans des société animales, le concept d’égalité, qui est moral et politique, concerne avant tout l’espèce humaine. Cela ne légitime cependant aucun sentiment de supériorité. L’« égalité » trouve certainement ses fondements naturels dans une organisation efficace car pacifiée des rapports sociaux.

La nature fait-elle bien les choses ?

Non : la nature n’a ni but ni volonté consciente. Les espèces présentes ont survécu car elles étaient mieux adaptées à un environnement donné, ou ont été épargnées par des cataclysmes. La nature bricole, et la sélection naturelle trie, parfois de manière très « cruelle » et produit des écosystèmes dynamiques. Refusons toute idée de progrès linéaire et toute illusion d’optique !

Le vivant foisonnant sous nos yeux résulte d’un enchaînement de circonstances improbables et n’est pas gravé dans le marbre : toutes les espèces évolueront à terme. C’est ce qui le rend passionnant : non pas son illusoire « perfection », mais sa capacité d’invention. Il faut se garder d’une idée d’une nature figée.

Violaine Cherrier