Alors que nos entreprises familiales françaises ne se transmettent pas autant de « pères en fils » que dans les pays voisins, elles devront pourtant faire face à des défis similaires qu’il est nécessaire d’anticiper si elles souhaitent rester dans le paysage économique français.

 Pour en savoir plus sur l’auteur, Prisca Sellen, Chargée de projet Repreneuriat, http://mines-nancy.univ-lorraine.fr

La France face à ses voisins

Le baromètre 2016 de l’Observatoire CNCFA – Epsilon montre que la transmission des PMEs Françaises passe davantage par la cession à un tiers plutôt que par une transmission intrafamiliale. Cela conduit à un taux très faible de transmission intrafamiliale : 18,5 % de l’ensemble des opérations de cession-transmission en 2016[1] et concerne 1,3 % de la totalité des entreprises françaises. Alors qu’en Allemagne et en Italie les taux sont respectivement de 50 % et 80 %. Comment pouvons-nous expliquer cet écart avec nos voisins européens ? Les causes sont autant historiques, culturelles, politiques que sociales et psychologiques. Comment s’y retrouver dans tous ces facteurs pour identifier les défis du 21e siècle pour ces transmissions familiales ?

Bref historique

Au sortir de la guerre, la France a besoin de renaître de ses cendres et un grand plan d’investissement stratégique est mis en place en faveur de la création et du développement de grandes entreprises nationales, qui auront la capacité d’investir dans la R&D pour maintenir une croissance importante dans le pays. La culture des grandes entreprises est née et impacte les schémas sociétaux de réussite en France. Les héritiers des entreprises familiales trouvent alors davantage intérêt à faire carrière dans un grand groupe qu’à reprendre la petite entreprise familiale (statut, conditions de travail et rémunération, etc.). Par ailleurs, les dirigeants, chefs de famille peuvent trouver un intérêt supérieur à vendre l’entreprise familiale à un grand groupe dans un monde économique où elles ont une suprématie. A cela s’ajoute un contexte politique qui n’incitait pas les transmissions intrafamiliales jusqu’au début des années 2000. C’est seulement depuis 2003 que le Pacte Dutreil favorise ce type de transmission par des avantages fiscaux. Quand bien même le conteste politique devient plus avantageux, il n’en reste pas moins que les aspects psycho-familiaux ont leur mot à dire. Et sur ce point, la construction du schéma familial français se distingue, là encore, de celle de ses voisins.

Oui, mais aujourd’hui ?

Outre ces observations qui tentent d’expliquer l’écart avec nos voisins dans les transmissions intra-familiales, de nouveaux défis attendent nos entreprises familiales dans ce 21e siècle. Il est donc important de sortir de l’impasse du culturo-psycho-sociologique, et pour cela des outils neufs et concrets doivent être donnés aux héritiers de ces entreprises. Des outils qui leur permettront de se légitimer face à la figure parentale et aux salariés de l’entreprise, mais qui leur permettront également de développer leur plein potentiel dans une économie en mutation.

Les transitions comme atouts clés

C’est pourquoi Mines Nancy a intégré dans son nouveau Mastère Spécialisé® Repreneuriat un volet traitant des différentes transitions vers l’Industrie du Futur. Attention, entendons-nous, lorsque nous parlons d’« Industrie du Futur » cela ne fait pas uniquement référence aux industriels, mais cela concerne l’ensemble des entreprises. Lorsque je vous dis : transition numérique, transition managériale, transition écologique et énergétique… ces domaines participent au développement et à la croissance de chaque entreprise du territoire. La force du Mastère Spécialisé Repreneuriat® de Mines Nancy est d’allier ces dimensions techniques à l’écosystème complet de la transmission-reprise d’entreprise pour préparer les repreneurs aux réalités qui seront les leurs demain, dans un monde globalisé.

Flexibilité, agilité : les maître-mots pour relever les défis

Le défi du 21e siècle pour les transmissions familiales est davantage une capacité à se repositionner face à l’évolution des marchés et des usages, pour améliorer leurs produits et leur organisation interne et, in fine, maintenir et développer leur place dans le paysage économique. En cela, les jeunes générations sont les mieux placées pour y parvenir, à condition qu’elles sachent se former et s’entourer de bons conseils dans leur projet de reprise de l’entreprise familiale.

« Une nouvelle façon de produire les biens est à inventer. Nous avons tous les atouts pour réussir : ils sont rassemblés dans ce que nous appelons l’Industrie du Futur » Tahar Melliti, directeur général de l’AIF (Alliance Industrie du Futur)

[1] Source : observatoire CNCFA EPSILON de la Transmission de PME, Baromètre de la transmission de PME en France, septième édition – 2016