On le constate chaque jour un peu plus, un nouvel imaginaire est en train de se répandre et de s’imposer dans le paysage : celui des startups, celui des entrepreneurs. Partout en France, pays pourtant culturellement rétif à la prise de risque, des initiatives fleurissent – de l’Etat à la ville en passant par les régions – pour favoriser et accompagner l’éclosion de jeunes pousses.

 

Dominique Sciamma – directeur Strate école de design

Financements, pépinières, incubateurs, FabLab : de la BPI à Iliad (holding de Free à l’origine du grand projet de la Halle Freyssinet), tout le monde s’y met. Dans nos écoles, toutes nos écoles, des étudiants s’associent, s’intéressent, s’impliquent, et créent souvent leur premières startups tout en suivant leurs études. Quel est le véritable ressort du phénomène ? Quelle est la raison profonde qui génère ce mouvement ? Nous pensons quant à nous qu’il s’agit d’une quête de sens. Le projet est en effet au cœur de la démarche entrepreneuriale, et se projeter est par définition se mettre en mouvement vers une destination, si ce n’est une destinée. Entreprendre est donc une démarche qui permet sortir de la contingence, de la localité des enjeux comme de la staticité des savoirs, pour se donner un dessein. Ce dessein est de plusieurs natures, qui s’emboitent, si ce n’est de plusieurs degrés qui s’élèvent.

Créer…

Le premier degré est celui du produit, du système, du service que l’entreprise se propose de créer et d’offrir à ses clients. Ceux-ci sont donc au cœur de la proposition, dont l’expérience réussie et répétable est la condition du succès du projet. On entreprend toujours et plus que jamais pour quelqu’un. La matérialisation aboutie de l’offre est donc le premier dessein de l’entreprise, qu’elle se doit de réaliser, de rendre réel.

Tenter…

Le deuxième degré est celui de l’entrepreneur, c’est à dire du projet individuel, qui dépasse de très loin celui de la seule matérialisation de l’offre. Il s’agit ici d’un entrelacement d’enjeux individuels mais aussi universels que sont l’émancipation, la création et sans aucun doute le besoin de reconnaissance et du regard de l’autre. Bien plus que réussir (l’échec est consubstantiel de la démarche entrepreneuriale), c’est le fait de tenter, d’affronter le monde si ce n’est de le créer, qui est un moteur puissant de la démarche entrepreneuriale. La quête personnelle de sens est donc au cœur de la démarche de l’entrepreneur, qui se saisit de sa vie à cette occasion.

Ensemble…

Le troisième degré est celui de l’entreprise elle-même, considérée ici comme un projet collectif. La complexité du monde – et donc la complexité des réponses faites au monde – exige la collaboration de talents et de savoirs divers et complémentaires qui participent au projet autant qu’ils s’y retrouvent. Loin de n’être que des contributeurs au projet, ce sont des talents associés, tout aussi porteurs du projet qui en permettent la possibilité. Le dessein devient alors collectif, parce que le projet est partagé. Ce sont des individus libres qui s’associent et amènent leurs talents et leurs intelligences pour atteindre un objectif commun. Et c’est la figure du réseau.

Et pour tous !

Le quatrième degré est celui de la société dans son entier, à l’équilibre et à la richesse de laquelle participe l’entreprise et donc les entrepreneurs. Parce que tout est aujourd’hui connecté et en interaction – tous les moments de nos vies, qu’elles soient publiques ou privées, professionnelles ou personnelles – les services comme les produits qui les servent le sont tout autant, et par la force des choses les entreprises qui les produisent. Il est donc impossible de ne pas penser le monde des hommes comme un réseau dans lequel les entreprises s’inscrivent consciemment, sachant alors à quel dessein bien plus que le leur elle participe.

Un dessein

Création, émancipation, collaboration, partage : voilà les ressorts comme les valeurs de l’entrepreneur et de l’entreprise. Elles sont les valeurs de ce siècle si il veut réussir et affronter le défi d’un bonheur partagé et durable. Elles sont éminemment porteuses de sens, d’un dessein, et pour tout dire d’une communauté de destin.

Le goût d’entreprendre devient alors le gout du vivre ensemble.

 

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Design : de la pensée à l’action-Dominique Sciamma-Directeur, Strate Ecole de Design