Interview de Thomas Solignac, Co-Founder de Golem.ai (solution IA) & Intervenant en algorithmie et langage Go (Google) chez SUP’Internet, l’école des hauts potentiels du Web

 

Quels sont les prochains grands enjeux sociétaux auxquels devra répondre le cyber espace ?

Il y a probablement 3 grands domaines qui vont avoir des impacts sociétaux énormes dans les années qui viennent :
D’abord le transhumanisme, c’est à dire l’augmentation de l’être humain grâce aux moyens technologiques. Il faut savoir que des grands acteurs misent beaucoup là dessus. Google en particulier, qui jouit de ressources quasi illimitées, en est un porteur idéologique fort.
Ensuite la réalité virtuelle ; c’est un secteur qui a été déceptif pendant longtemps il a fallu beaucoup d’efforts pour commencer à vraiment satisfaire le niveau d’attente des utilisateurs. Un niveau d’attente qui a été largement été fantasmé à travers la science fiction. L’augmentation des capacités en réalité virtuelle va permettre l’émergence probable de nouveaux paradigmes sociaux, comme on le voit déjà avec les téléphones ou la visio-conférence. Cet amincissement de la frontière entre le réel et le virtuel va ouvrir de nombreuses possibilités, mais également créer de nouveaux comportements qui sont encore difficiles à prévoir.

Enfin, la capacité d’automatisation de toujours plus de tâches, des tâches complexes et variées, pose la question de la place du travail dans la société.

Et l’intelligence artificielle dans tout ça ?

L’idée que le travail est un problème traverse toute la philosophie. Alors que l’idée de s’en émanciper semble soudain possible, la peur est la première réaction.
A ce stade, l’IA permet d’abord une automatisation croissante, et l’impact est tout autre : les logiciels peuvent remplacer de plus en plus de personnes dans leur travail. Il s’agit prioritairement de tâches à faible valeur ajouté. Ce sont les tâches les plus répétitives ou les plus massives sur lesquelles l’IA prends le relais le plus facilement. Il est à noter que cela permet d’augmenter significativement la productivité humaine en général. Enfin, le niveau minimum d’étude nécessaire pour ne pas être concurrencé par une IA ne cesse d’augmenter.
Un monde plus radieux ? C’est possible. L’organisme de formation professionnelle Cegos a publié un rapport il y a quelques jours, affirmant que 54 % des salariés affirment subir un stress régulier à leur travail tout comme 66 % des managers. Les maladies psychologiques qui en découlent sont graves, et des grandes entreprises ont connu ces dernières années des scandales liés aux suicides de leurs salariés.
Comment critiquer la possible réduction voir la suppression du travail, face à ce constat ?
Il faut rappeler que le travail a des aspects positifs, mais qui ne sont pas intrinsèquement liés à au stress ou à la pression. Le besoin d’avoir une activité régulière qui confronte au réel n’est pas forcément conditionné par la compétitivité de la production qui en découle, ni même de la productivité elle-même.

Quelle serait la place de l’homme et les compétences nécessaires à l’animation de ces nouveaux outils sur le marché ?

Alors oui, la place de l’humain se pose. S’il y a de l’IA, il faut des humains pour la créer, la maintenir. Mais surtout, il faut des humains pour la penser. Si effectivement l’IA prend cette place dans notre société, elle ouvre un champ des possibles qui est un bac à sable vierge pour notre société. Une liberté dont auraient rêvé les utopistes, permettant peut-être à leur projet de société idéale de prendre un peu vie.
C’est là toute la nouvelle place de l’humain face à ses transformations ; alors que la contrainte du réel diminue et que nous façonnons de plus en plus profondément notre environnement : Que voulons nous vraiment ?
La contrainte va devoir faire place aux désirs, et l’ingénierie faire place à la philosophie.
On parle là de perspective encore lointaine, mais les effets immédiats sont déjà là.

 

 

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