De plus en plus de constructeurs automobiles sortent du modèle de la voiture « particulière » et se positionnent sur des offres de service à la mobilité (ou MAAS). En 2016, Carlos Tavares, Président du directoire de PSA, expliquait qu’« être fournisseur de mobilité était un vrai virage ». Comment les industriels embrassent-ils ces nouveaux enjeux ? Quelles seront les offres de demain ? Réponse de nos experts.

 

Uber, Google… À l’heure actuelle, les constructeurs automobiles ne sont plus les seuls à se lancer sur le marché de la conception de véhicules. L’innovation et la diversification sont les derniers atouts dans la manche de ces acteurs qui sont parfois dépassés par leurs fournisseurs. « Certains équipementiers comme Valéo, se sont déjà lancés sur le créneau en proposant des dispositifs d’appel à distance en cas d’urgence ou d’aide à la conduite. Les grandes marques automobiles n’ont donc plus d’autre choix que de diversifier leurs activités », explique Christophe Delille, responsable de la filière automobile à l’ESTACA

La course à la mobilité

Taxis autonomes, véhicules connectés… Désormais, l’objectif des constructeurs est de bouleverser la mobilité, telle que nous la connaissons. « L’agenda des industriels a été bousculé par l’arrivée de ces nouveaux acteurs dont ils ne veulent pas dépendre. Ils n’hésitent plus à prendre le lead. C’est ainsi qu’au salon de l’automobile de Francfort de 2017, Renault a présenté ses premiers modèles de taxi entièrement autonomes », observe Nicolas Boffi, VP de l’association des anciens élèves de l’EIVP et Directeur du Développement-City Executive Paris chez Arcadis.

Les constructeurs automobiles n’ont plus la même vision de la voiture qu’au XXe siècle. Selon eux, le modèle du véhicule particulier est terminé. Fin 2017, Volkswagen affichait par exemple son intention de miser sur le covoiturage en dévoilant MOIA, un hybride entre mini-van et voiture, dont l’objectif est d’inciter les consommateurs à voyager ensemble. Les constructeurs sont aussi nombreux à parier sur la location. « Tous les industriels se sont lancés sur le marché du prêt. Ils ne veulent plus dépendre de Sixt ou Hertz et désirent atteindre directement le consommateur. BMW a créé DriveNow, Renault possède Renault Mobility et PSA a Free2Move », indique Jan Lepoutre, directeur de la Chaire Armand Peugeot et professeur associé à l’ESSEC Business School.

Question sous-jacente : la collaboration. Comment les constructeurs pourront-ils travailler avec des interlocuteurs qui n’étaient pas les leurs auparavant (les pouvoirs publics par exemple) ?

Transformer la ville

Qui dit nouveaux modes de transport dit en effet impact sur l’espace public. Le premier touché sera le réseau de bus et de tramways, jugé trop peu flexible par les experts. Certains acteurs investissent ce secteur, comme CityMapper à Londres. Cette application spécialisée dans les itinéraires en transports en commun a récemment lancé sa propre navette de bus dont le trajet s’adapte en fonction de la demande des usagers. « Les lignes de bus et de tramway sont condamnées par les véhicules autonomes car elles suivent un trajet précis. Le vrai bouleversement interviendra dans les hubs ou les usagers vont commuter. Après le métro, ils ne prendront plus le tramway mais privilégieront leur voiture autonome. C’est un phénomène déjà observé à New York, dans le quartier d’Astoria. Depuis 2 ans, le métro est moins bien desservi, menant à l’explosion de l’utilisation d’Uber », commente Nicolas Boffi.

Ces nouveaux véhicules auront également un impact important sur la construction même des espaces publics, initialement pensés pour la voiture à essence. Parkings pour recharger les automobiles électriques, voies dédiées aux véhicules autonomes… Certains imaginent même une voiture de copropriété qui appartiendrait aux habitants d’un immeuble et qu’ils pourraient emprunter le temps d’un trajet.

Véhicule autonome : c’est pour quand ?

Les nouveaux véhicules seront autonomes ou ne seront pas ! Pourtant, même si les constructeurs embrassent pleinement ces enjeux, ces voitures du futur ne sont toujours pas disponibles pour le grand public. Le responsable de la filière automobile de l’ESTACA explique pourquoi. « Aujourd’hui, les technologies sont suffisamment au point pour permettre à ces véhicules de rouler. Ils sont d’ailleurs déjà en phase de tests depuis de nombreux mois. Cependant, les aspects sociétaux et réglementaires ralentissent la machine. Trois questions sont des freins au projet :

  • Les individus sont-ils prêts à être conduits par une machine ?
  • Sachant que les voitures autonomes sont connectées et peuvent échanger des données entre elles pour adapter leur conduite, comment les véhicules autonomes et les voitures avec chauffeur peuvent-ils cohabiter ?
  • Conducteur ou constructeur, qui sera responsable en cas d’accident ?»

Floraison de véhicules verts

Au-delà de la conception des voitures autonomes, les industriels misent également sur le véhicule électrique.  « La réduction des émissions polluants est une des plus importantes préoccupations des constructeurs automobiles. Actuellement, ils travaillent notamment sur le procédé de méthanisation qui offre un double avantage : recycler les déchets toxiques émis par les animaux et en gaz et l’intégrer dans un véhicule qui ne polluera plus. Le moteur thermique ne pouvant pas toujours être remplacé par un modèle électrique, celui-ci n’est en revanche pas amené à disparaître. Cependant, les industriels l’améliorent constamment pour réduire le plus possible ses émissions nocives. La loi va également évoluer et pénaliser les propriétaires de véhicules polluants, incitant donc les individus à se tourner vers l’électrique ou l’hybride », explique Christophe Delille.

La journée d’un parisien en 2024

À quoi ressemblera la journée d’un habitant de la capitale à l’aune des Jeux Olympiques ? Nicolas Boffi propose un aperçu. « Demain, il pourra utiliser le Charles de Gaulle Express pour se rendre de l’aéroport à la Gare de l’Est et ensuite emprunter 17 lignes de métro. S’il va en banlieue, il choisira ensuite un taxi autonome de Renault ou un véhicule d’autopartage pour se déplacer de la station de métro à son lieu de destination. Grâce à l’absence de conducteurs, les taxis robots pourront être déployés à grande échelle et leur prix sera vraiment abordable. Ces technologies ne relèvent plus de la science-fiction. D’ici les JO 2024, les pouvoirs publics auront compris leur intérêt et auront légiféré à leur sujet pour qu’elles soient à la portée de tous. »