A l’heure où l’on découvre que les digital natives ont un mode d’apprentissage différent, de quelle manière la révolution numérique impacte-t-elle l’enseignement et quelles réponses les établissements apportent-ils à cette mutation ? Petit survol instructif de ces questions fondamentales

« Depuis l’avènement de l’ordinateur, prêche inlassablement Michel Serres, le savoir est là, collecté, connecté et accessible à loisir ; la pensée se distingue du savoir et devient créatrice. Dès lors l’enseignant, s’il n’est qu’un porte-voix, ne peut plus faire naître l’écoute mais seulement le bavardage. Habitué à conduire leur vie, les corps ne supportent plus aujourd’hui d’occuper le siège du passager passif et la diffusion du savoir ne peut plus avoir lieu dans des campus formatés à l’ancienne… ». Que l’enseignement ne puisse échapper au coup de baguette transformateur que la révolution numérique impose à tous les champs de l’activité humaine, on le conteste d’autant moins que l’on sait désormais que le mode cognitif des générations numériques est lui-même différent. A travers manipulations d’écran, gestuelles et protocoles, c’est en effet une pensée algorithmique (et non analytique), jadis réservée aux seuls apprentissages de la médecine et du droit, qui est mise en oeuvre. Raison pour laquelle justement on enseignait ces deux matières dans des universités à part. Alors ?…

 

Petit village gaulois…
« Alors, un tsunami s’annonce, prévoit le spécialiste de l’éducation Emmanuel Davidenkoff, qui touchera en premier l’enseignement supérieur, déjà structuré en marché. Les investissements matériels sont faits et un certain nombre d’écoles de commerce, d’ingénieurs ou de design diversifient leur organisation pédagogique pour y inclure les fondamentaux de la révolution numérique. La grande question étant de savoir quand on renoncera aux cours magistraux, passera aux MOOCs et utilisera le temps gagné en expérimentation in vivo ? » Si Centrale Lille fut la première école à proposer son enseignement en ligne (2013), le grand mouvement de la « Pédagogie Inversée » (on apprend chez soi grâce au numérique et on pratique en classe) n’a pas le vent en poupe dans notre pays. « Il convient bien aux jeunes qui apprennent ainsi à aller chercher l’info, la vérifier et la synthétiser, explique Marcel Lebrun, enseignant-chercheur à l’Université Catholique de Louvain, mais il implique de repenser le statut et la mission de professeurs qui, de plus, ne font pas confiance aux élèves pour travailler seuls. » Autre frein expliquant selon François Jarraud (cf encadré) que la France soit en queue de peloton en matière d’utilisation pédagogique du numérique : « les chefs d’établissement et inspecteurs estiment ces méthodes peu rentables car les examens reposent encore sur la mémorisation des connaissances. »

 

Faire, jouer, échanger…
Ecoles d’ingénieurs, design et commerce ont donc néanmoins pris l’initiative. Car ainsi que l’explique Franck Packard, DG adjoint de l’Ecole Polytechnique, ayant fait passer l’X à l’heure MOOC : « Au-delà de l’intérêt pédagogique, l’effet de notoriété compte également beaucoup ». Or, s’élevant déjà à 100 milliards de dollars, le marché de l’éducation connectée croit de 20 % par an ! Même son de cloche chez Jean-François Fiorina, directeur de l’ESC Grenoble qui a mis en ligne son MOOC consacré à la géopolitique. Quant au premier Fablab universitaire, le Faclab de l’Université de Cergy-Pontoise, tout le monde en parle, sachant que les 4 fondamentaux de la nouvelle éducation seront : « s’auto-former, faire, échanger et… jouer » ! Même du côté des serious games (plébiscités partout sauf… en France), les choses bougent. La pédagogie ludique a ainsi bondi d’un marché nul en 2008 à près de 10 milliards d’euros en 2013 !

 

Des pistes !
Respire : un réseau de 4 000 enseignants innovants
Le Café Pédagogique de François Jarraud est animé par 40 autres professeurs et valorise toutes les initiatives innovantes
E.l@b : le blog des enseignants connectés
Edupad : la plus grande base d’applis éducatives
Beebac et ses 120 000 membres
Coursera, la plate-forme des MOOCs

 

JB