L’Ombre et la Plume intervient deux fois par semaine auprès de jeunes détenus de l’un des sept établissements pénitentiaire pour mineurs français (EPM) : celui de Quiévrechain, près de Lille. Composée de 25 étudiants de l’EDHEC engagés à la réinsertion des détenus dans la société, l’association a créé cette année un livret de sortie.

 

Afin de vous faire découvrir notre association, nous avons interviewé Tom*, un détenu de 17 ans, à l’EPM depuis 4 mois et habitué de nos interventions. Il témoigne.

Que t’apporte l’Ombre et la Plume ?

Il y a très peu de personnes qui viennent en prison. L’Ombre et la Plume, vous êtes des braves. Beaucoup ont peur de venir nous voir. Pour certains, même leurs familles ne viennent pas les voir. Un des seuls moments où je rencontre des personnes, c’est lorsque l’Ombre et la Plume vient le jeudi et le samedi. Cela me permet de rester en contact avec l’extérieur : au lieu d’être seul dans ma cellule, je discute avec vous.

Qu’est-ce que tu apprends durant nos interventions ?

Vous me permettez d’être au courant de l’actualité : les nouvelles, c’est grâce à vous que je les connais, je ne regarde pas la télé [chaque jeudi, l’association prépare une revue de presse et lance des débats avec les détenus de l’EPM]. Ce qui me plait dans vos interventions c’est qu’elles me permettent d’apprendre et de débattre. J’ai peu d’occasions de discuter sérieusement avec les gens en prison. Avec vous, c’est possible, car vous êtes des « gens normaux » : vous n’êtes pas là pour m’encadrer comme les autres intervenants de l’EPM.

Ton avis sur le livret de sortie que nous éditons depuis cette année ?

Le livret de sortie de l’association est très utile, surtout pour ce qui concerne les formations et les astuces pratiques comme comment ouvrir un compte en banque. A ma sortie, au lieu de perdre des heures sur Internet, il me suffira seulement d’ouvrir mon livret

©Claire Bernard

Quels sont tes projets pour « après » ?

Je ne sais pas encore… Tant que je ne trouverai pas un métier qui gagne plus que dealer, je ne serai pas très motivé (Rires) ! Mais le mot finance me fait rêver… L’intervention spéciale avec l’association Total EDHEC Entreprendre [NB : association étudiante d’EDHEC Business School promouvant l’entrepreneuriat] m’a beaucoup inspiré : nous avons réalisé un mini hackathon et inventé un système de remplacement de branches de lunettes. Je me suis senti créatif : j’étais dans la peau de quelqu’un que je ne suis pas. Ça m’a fait du bien de me sentir chef d’entreprise le temps d’un après-midi !

Est-ce que tu aurais aimé faire partie de l’association ?

Si j’étais étudiant en école de commerce, bien sûr que j’aurais accepté de faire partie de l’association pour aller voir les petits au placard. Ça se sent que vous vous aimez tous bien. Je me dis que j’aurais bien aimé avoir une petite vie tranquille et être comme vous.

* Nom modifié pour préserver l’anonymat

La question carcérale, plus que jamais d’actualité

La problématique de la surpopulation carcérale est aujourd’hui primordiale et constitue un obstacle à la réinsertion. Le 1er janvier 2018, on comptait déjà 69 000 prisonniers pour 59 000 places. En maison d’arrêt, le taux d’occupation moyen est de 139 % ce qui oblige 1 500 personnes à dormir par terre. Pour y faire face, Emmanuel Macron souhaite promouvoir les peines alternatives et développer les travaux d’intérêt général.

 

Ça m’éclate parce que… Au cours des interventions de l’association l’Ombre et la Plume, on passe de répliques très drôles, à des bourdes énormes mais aussi à des avis sur la société qui feraient hérisser les cheveux. Puis d’un coup on retombe sur des discussions très profondes, émouvantes où les détenus témoignent volontairement. C’est poignant.
Un + pour demain ? C’est un sentiment unique que de donner une nouvelle vision sur la vie à des jeunes qui ont profondément besoin qu’on leur montre qu’autre chose est possible. Nous espérons sensibiliser notre entourage à la problématique de la réinsertion des détenus grâce à nos conférences et évènements.
Le détail qui tue ? Rencontrer l’amour à l’EPM ? C’est possible ! Nos jeunes détenus n’ayant pas froid aux yeux, des avances plus ou moins subtiles sont régulièrement faites aux Plumeuses (ainsi qu’à un Plumeux chanceux). La palme revient à Marina qui a reçu une demande en mariage en live de la prison ! Mais méfiance … les détenus les plus sympathiques pourraient bien vous foudroyer d’un simple regard !