Dans le vocabulaire des DRH, une expression déjà ancienne reprend du service : la « guerre des talents ». Annoncée depuis… une vingtaine d’années, celle-ci est désormais une réalité : les entreprises peinent à recruter des diplômés bien formés, et les tensions se généralisent sur le marché de l’emploi – que ce soit pour les ingénieurs ou les profils de managers et de commerciaux.

Un autre concept, tout aussi ancien, effectue son grand retour : celui de « marque employeur ». L’idée étant que les entreprises doivent, pour séduire les candidats sur ce marché très concurrentiel, se forger une image positive (une « marque ») et l’entretenir avec soin.

Avec la croissance, des recrutements à un niveau record

Ces variations de langage correspondent à un double mouvement. D’abord, un besoin accru de compétences, lié au boom du numérique, à l’essor de l’industrie 4.0, à la transformation des entreprises et à la globalisation – même si les tentations protectionnistes d’un Donald Trump pourraient freiner la tendance. Ensuite, depuis quelques mois, la reprise de la croissance. Résultat, les perspectives de recrutement de cadres atteignent des sommets. Après quelque 215 000 embauches en 2017 – un record – Cadremploi et l’APEC tablent sur 225 000 recrutements cette année et 237 000 l’an prochain. « Avec un taux de chômage inférieur à 4 %, les diplômés se retrouvent en situation de plein emploi », observe Thibaut Gemignani, directeur général de Cadremploi.

Un contexte de travail protecteur et épanouissant

Si des formules héritées du passé sont encore d’actualité, de nouveaux termes viennent enrichir le lexique des responsables ressources humaines. La « bienveillance », par exemple – car il faut désormais que les managers renoncent à toute posture hiérarchique « autoritaire » ou « verticale » pour une attitude de proximité, d’écoute et de disponibilité à l’égard de leurs recrues – et en particulier les débutants. Autre terme en vogue, le « bien-être » au travail : c’est désormais une priorité pour les jeunes diplômés, et l’entreprise se doit d’y contribuer de son mieux. Ajouter encore la « mindfulness » – que l’on traduira par « attention à l’autre » : il s’agit pour le manager d’accompagner ses collaborateurs dans leur évolution et de leur offrir un environnement de travail rassurant et épanouissant. Autant de façons, donc, de répondre aux attentes de la génération des Millennials. Autant de moyens, surtout, de les fidéliser.

Les soft skills à la loupe

Mais les recruteurs affichent également leurs exigences. En la matière, une expression fait florès : « soft skills » – autrement dit, les compétences comportementales. « Elles permettent de juger vraiment du potentiel d’un candidat », indique Estelle Raoul, directrice executive chez Page Personnel, qui retient trois de ces qualités indispensables à ses yeux : « la capacité de s’adapter à l’environnement », « l’esprit d’équipe » et « le sens du business, nécessaire pour la plupart des postes ».

Bref, le vocabulaire des RH évolue, reflétant l’amélioration du marché de l’emploi. Avec pour conséquence le retour en force d’une autre idée pas vraiment neuve, celle de l’optimisme, qui effectue « un bond sans précédent », selon Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop : 79 % des cadres se sentent bien dans leur entreprise ; et 73 % d’entre eux se déclarent confiants au sujet de leur emploi ou leur recherche d’emploi.