La parité Hommes/Femmes, enjeu majeur dans les Grandes Ecoles et dans les Grandes Entreprises

 

 

Professeur Isabelle Barth

Professeur Isabelle Barth

Promouvoir l’égalité femmes/hommes dans les grandes écoles est porteur d’une ambivalence profonde : cela signifie bien sûr la réaffirmation d’une priorité stratégique mais, dans le même temps, cela infère que cette égalité n’est pas un état de fait, en France, en 2011.

 

Quels enjeux de l’égalité femmes/hommes pour les grandes écoles ?

  • Accompagner la construction d’une société dont les dirigeants et les décisionnaires soient à l’image de sa population : la parité démographique induit la parité dans les populations dirigeantes
  • permettre aux femmes d’apporter leur vision de la société et des entreprises, afin de susciter des confrontations, sources d’innovation dans tous les projets stratégiques
  • contribuer à la vaste réflexion actuelle sur la gestion différenciée des portefeuilles de carrière, les femmes étant innovantes dans ce domaine.

 

Quelle moitié du ciel ?1
A la sortie de leur Grande Ecole, les étudiantes gagnent en moyenne 12 % de moins que leurs collègues hommes, et s’inscrivent dans un contexte à tendance régressive :

  • La genrisation des métiers et des études se confirme ces dernières années : 26 % de jeunes femmes en écoles d’ingénieurs, 99 % en Master Ressources Humaines
  • Les messages forts des médias, porteurs d’une vision de la « bonne mère » plus disponible pour ses enfants, se multiplient
  • La mise en avant d’un discours sur la diversité occulte celui de l’égalité femmes/hommes en définissant le sexe comme « un critère parmi 18 »
  • L’évaluation récente des dispositifs de conciliation vie privée vie professionnelle montrent les risques d’effet boomerang : adoptés massivement par les femmes, ils les éloignent encore plus des instances décisionnelles stratégiques.

 

Les explications classiques de l’absence des femmes sur la scène du pouvoir

  • Le choix de métiers moins bien payés et moins promoteurs d’évolutions hiérarchiques
  • un rapport au pouvoir ambigu : les femmes veulent le pouvoir pour ce qu’il permet de faire, pas en tant que tel, contrairement aux hommes
  • une représentation de leur légitimité liée à la compétence et non per se2
  • un déficit d’intérêt et de savoir faire pour le réseautage, alors que les hommes y excellent
  • des priorités qui ne sont pas en faveur de leur vie professionnelle, aussi importante soit-elle

 

Quid des jeunes générations ?
Une étude récente menée auprès de 700 étudiants et étudiantes de grandes écoles en management en 20103 met, au jour quelques clés de lecture inédites :

  • L’environnement des étudiants est toujours perçu comme modérateur dans les choix professionnels, mais l’est plus pour les femmes que pour les hommes
  • les étudiants sont très peu sensibles aux particularités de la carrière féminine (congés maternité)
  • la révélation la plus importante de cette enquête est la mise au jour des « stéréotypes croisés ». Chaque population regarde l’autre en lui prêtant des comportements encore plus poussés et stéréotypés que ne le vit la population concernée.

 

Un devoir de prise de conscience pour les grandes écoles
Les grandes écoles doivent travailler à la prise de conscience des représentations croisées de leurs étudiantes sur le rôle du sexe dans la carrière. Elles ont à convaincre leurs futur-es managers que la parité femmes/ hommes est l’affaire des deux sexes. Les grandes écoles doivent apprendre à leurs étudiant-es à revisiter les cadres, pour eux mêmes et leurs futures équipes. Ce n’est ni simple, ni confortable, mais c’est la seule voie pour éviter cet immobilisme de fait, même s’il est régulièrement mis en cause par de bonnes pratiques ou de « success stories ». En la matière, l’allumette ne peut cacher la forêt et les discours cosmétiques comme les effets « alibis » ne sont plus de mise pour des sujets aussi urgents et importants pour la société toute entière.

 

1 Pour reprendre la phrase de Mao : « la femme porte la moitié du ciel »
2 Ce qui permet de citer la célèbre phrase de F. Giroux « les Femmes seront les égales des hommes le jour où on nommera des femmes incompétentes au pouvoir »,
3 Etude menée en 2010 par HuManiS laboratoire de l’EM Strasbourg, à l’EM Strasbourg, IAE de Lyon et Telecom Ecole de Management selon la méthode des scénarios de Socratesonline

 

Contact : michele.schmitt@em-strasbourg.eu