L’égalité des chances se mesure à travers l’ouverture sociale, l’égalité entre hommes et femmes et le handicap. Où en sont aujourd’hui les écoles et les universités ?

Dans les grandes écoles …
De nombreux établissements ont mis en place des actions à destination des lycéens. Le programme « Une grande école, pourquoi pas moi ? », initié par l’ESSEC et qui a essaimé dans de nombreux établissements, a fait l’objet pour son 10ème anniversaire d’un bilan sur ses résultats, plutôt positif.

 

45 % C’est le nombre d’étudiants, bacheliers généraux avec mention, passés par le programme « Une grande école, pourquoi pas moi ? » qui accèdent à une CPGE. Un taux similaire à celui des enfants de cadres. Par ailleurs, pour 1 euro versé, 2 euros complémentaires sont levés auprès des partenaires créant 9 euros de valeur sociale qui vont toucher l’ensemble de l’écosystème des jeunes tutorés. (1)

 

« Ce n’est pas l’initiative la plus efficace », juge cependant Alain Klarsfeld enseignant-chercheur à Toulouse Business School et spécialiste des questions de diversité sociale, qui préconise plutôt l’ouverture de concours et voies d’accès spécifiques, à l’image de ce qui a été fait à Science Po (voir son témoignage en encadré). Question égalité des sexes, la réflexion est bien engagée et les actions prennent forme. « Jusqu’au Bac, il y a une relative égalité entre les garçons et les filles. C’est moins évident par la suite particulièrement en école d’ingénieurs », estime Florence Darmon, Présidente de la Commission diversité et ouverture sociale de la Conférence des Grandes Écoles. « Nous essayons de travailler en amont, auprès des classes préparatoires aux grandes, mais aussi en aval car nous avons aussi constaté qu’après une dizaine d’années d’expérience en entreprise, les taux de féminisation ont tendance à baisser. » Les écoles mettent en place des actions ciblées, avec leurs entreprises partenaires qui ont besoin de cette diversité, comme la création de réseaux de femmes. La question du handicap est encore différente parce qu’elle appelle une réponse différenciée pour chaque individu. « A la CGE nous mettons en place une base de données, des solutions mises en oeuvre par les écoles par type de handicap », explique Florence Darmon. « Nous communiquons aussi sur la possibilité d’obtenir de l’aide en toute confidentialité, car 90% des étudiants en situation de handicap ne le déclarent pas. Enfin, nous travaillons aussi en partenariat avec les entreprises pour créer des bourses et faciliter leur insertion professionnelle. »

 

A l’université…
Le tableau est différent à l’université étant donné l’absence de sélection et les frais de scolarité modestes. « Le montant des droits d’inscriptions est un frein inévitable pour les enfants des classes modestes », insiste Jean- Loup Salzmann, Président de la Conférence des Présidents d’Universités (CPU). « Les actions en matière de diversité sociale n’ont donc pas besoin d’avoir la même ampleur. »La vie étudiante a donc été un facteur de réflexion. « Lorsque l’on ouvre les bibliothèques et salles d’études sur des plages horaires étendues, c’est aussi un facteur anti-discriminant », juge Jean- Loup Salzmann. Elles s’impliquent également dans la cité en travaillant avec des associations comme « Nos quartiers ont du talent ». « Beaucoup d’offres d’emplois passent par les réseaux. Il est important que les entreprises connaissent mieux ces jeunes », explique le président de la CPU. En ce qui concerne le handicap l’université a encore beaucoup d’efforts à faire, juge-t-on à la CPU. « Moins sur l’accessibilité que sur l’accès à l’enseignement et les méthodes pédagogiques. Je compte beaucoup sur la cellule France Université Numérique mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur », explique son Président.

 

Les chantiers à venir
Les acteurs sont unanimes, il reste encore du travail à faire sur l’ensemble de ces axes. A l’Université, la priorité est de travailler sur une meilleure intégration des bacs technologiques et surtout sur la sécurisation des parcours. « Plus les parcours seront sécurisés sur le plan de l’insertion professionnel, avec possibilité de s’insérer a toutes les étapes, moins les étudiants se censurerons dans leur choix d’études », estime le Président de la CPU. Universités comme grandes écoles s’accordent enfin sur l’importance d’améliorer encore le système des bourses. Les grandes écoles, notamment les écoles de commerce, qui ont été épinglées par la Cours des Comptes fin 2012 au motif d’une discrimination par l’argent, travaillent sur des partenariats avec les entreprises pour compléter les montants et accroître le nombre de bourses.

(1) Sources : Étude « Une grande école, pourquoi pas moi ? » : 10 ans après, quel impact sur les lycéens tutorés et les étudiants tuteurs ?, par Kevin André, ingénieur de recherche ESSEC IIES et doctorant à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et étude d’impact suivant la méthode des SRO I réalisée par le cabinet Accenture.

 

…Le point de vue chercheur
Trois questions à…
Alain Klarsfeld, enseignant chercheur à Toulouse Business School et Responsable pédagogique du Mastère spécialisé Relations et Ressources Humaines.
Y a-t-il eu un tournant dans la manière dont était abordée l’égalité des chances dans les grandes écoles ?
Au début des années 2000, l’enseignement supérieur était moins ouvert que dans les années 80. Il comptait par exemple 3 fois moins d’enfants d’ouvriers ! Sciences Po a alors ouvert la voie avec l’ouverture d’une procédure de sélection spécifique pour les lycéens des ZEP.
Vous jugez que c’est une des méthodes les plus efficaces , pourtant cela n’a pas été toujours bien accueilli ?
Non, car l’on parle alors de discrimination positive et de quotas. Pourtant, l’ouverture d’autres voies de concours aux grandes écoles, pour les Bacs technologiques par exemple, n’a jamais été perçue de cette manière. Cette amorce d’ouverture sociale a été reprise par d’autres établissements d’enseignement supérieur, mais plutôt sous la forme de l’accompagnement de jeunes afin de les aider à ne pas se censurer dans leurs ambitions.
Pourquoi cette réticence à ouvrir de nouvelles voies d’accès ?
Parce que cela implique de basculer vers une approche par compétence et personnalité, et de donner moins d’importance à l’écrit. Tout le contraire de ce qui se fait jusqu’au Bac ! C’est aussi la remise en cause d’une certaine forme de capital social qui bouscule fortement ceux qui sont en place.

 

… Témoignage étudiant
« Les aider dans leurs parcours sans arriver avec des idées préconçues »
Aurélie, 21 ans, étudiante en 2e année à l’EMLYON Business School, engagée dans le programme de tutorat TUMM) (1) et présidente de l’association ASTUCE Lycéens.
Nous aidons les élèves à se fixer leurs propres objectifs et à se donner les moyens d’y parvenir. Plus qu’une aide aux devoirs, c’est un lien fort entre lycéens et étudiants qui permet de les aider parcours sans arriver avec des objectifs préconçus. Nous les rencontrons chaque semaine dans leur établissement pour les accompagner à la fois sur le plan scolaire mais aussi sur l’orientation. Un chargé de mission de l’association ASTUCE supervise le tutorat et sert de réfèrent. L’association organise aussi des sorties et actions pour favoriser la création d’un lien entre étudiants et lycéens du programme. Sur le plan personnel, nous créons des liens très forts avec les élèves que l’on suit. Pour moi, c’est important sortir du cadre de l’école de commerce pour aller à la rencontre de personnes différentes. Sur le plan professionnel mon engagement dans l’association me permet de développer des compétences en gestion de projet. Cela me donne aussi envie de m’engager pour promouvoir ces questions en entreprise.
(1) TUMM est le plus gros programme d’égalité des chances en grandes écoles en termes de nombre de jeunes concernés.

 

GB