La question n’est pas tant de choisir la bonne expression que d’agir pour que chaque jeune puisse se construire et réaliser son projet personnel et professionnel. – Par Chantal Dardelet, Directrice du Centre THESEE de l’ESSEC Business School

 

Après plus de douze ans d’actions, de recherches et de rencontres autour de cette thématique, nous avons acquis quelques certitudes :
• Les talents existent dans tous les milieux sociaux et culturels, dans tous les territoires. Mais depuis de nombreuses années, des études – notamment PISA – montrent que, dès le secondaire, l’ambition et la réussite demeurent trop souvent corrélées à la catégorie socio-professionnelle de la famille
• Tous les jeunes sont intelligents, mais ils n’ont pas tous les mêmes formes d’intelligence comme l’a théorisé Gardner. Ils n’apprennent pas tous de la même façon, ni à la même vitesse. Les découvertes en sciences cognitives ouvrent aujourd’hui des pistes d’innovations pédagogiques prometteuses qui pourraient faire réussir plus d’élèves, voire tous les élèves.

Des formations adaptées à chacun

Notre système scolaire présente une grande diversité de formations : plus ou moins longues, théoriques ou plus pratiques, avec une forte dimension expérientielle (citons l’alternance). Autant de façons d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour la vie professionnelle, sociale et citoyenne. Une formation est donc potentiellement adaptée au fonctionnement de chacun, sous réserve de casser des hiérarchies qui dévalorisent injustement certaines filières. Avant de parler du supérieur, il s’agit déjà d’obtenir le bac. Il existe des écarts de réussite significatifs en fonction des origines sociales, dus en partie aux implicites sur lesquels reposent notre société en général et notre école en particulier, comme l’a souligné récemment Joanie Cayouette-Remblière. À cette réalité statistique s’ajoute qu’à résultats scolaires identiques en Terminale, les choix d’études post-bac sont moins ambitieux chez les enfants d’ouvriers que chez ceux des cadres supérieurs. En effet, ces choix nécessitent de connaître le champ des possibles et de s’autoriser à tenter des filières exigeantes, qui nécessitent elles-mêmes de croire en sa légitimité à étudier et à réussir aux côtés d’autres étudiants souvent mieux armés. Si ces écarts entre les étudiants dits favorisés ou défavorisés sont des réalités statistiques, ce ne sont en aucun cas une fatalité, comme le prouvent les Cordées de la réussite et les succès réels de leurs milliers de bénéficiaires. La question est donc aujourd’hui celle de l’extension des actions, qui se dessine par le déploiement annoncé des Cordées, mais aussi par la mise en place de dispositifs complémentaires à articuler avec finesse et intelligence. Il s’agit peut-être des Parcours d’excellence à venir, ciblant collégiens des réseaux d’éducation prioritaire ou bacheliers professionnels. Mais il faudra aussi suivre et évaluer les expérimentations visant à mettre le numérique au service de l’égalité des chances et du changement d’échelle. C’est ce que propose par exemple l’ESSEC Business School avec ses MOOCs « Se préparer aux études supérieures » déployés cette année auprès de 10 000 lycéens des académies de Versailles et de Créteil. On y retrouve notamment l’enjeu « d’expliciter les implicites » de notre enseignement supérieur et du maillon suivant, que sera l’insertion professionnelle.

© Les Chics Types

© Les Chics Types

Les étudiants, acteurs de notre société

Ce sujet doit être pris à bras le corps par l’ensemble des formations d’enseignement supérieur long, qui ont tout à gagner à s’impliquer dans cette thématique pour augmenter significativement la diversité sociale et territoriale de leurs étudiants, source avérée d’innovation. Notre école peut en témoigner. L’innovation pédagogique, avec le service-learning, constitue une autre raison de se mobiliser sur ces sujets : en permettant à nos étudiants de s’engager dans du tutorat-étudiant bien pensé et encadré, nous leur faisons vivre une expérience doublement transformatrice : par l’impact très fort sur les publics accompagnés, et par l’impact sur nos étudiants eux-mêmes, dans leur capacité à mieux comprendre la société dans laquelle ils exerceront demain des responsabilités. Ainsi, nos étudiants sont-ils non seulement acteurs de leur propre devenir, mais aussi acteurs de notre société où beaucoup est à réinventer. Par Chantal Dardelet, Directrice du Centre THESEE de l’ESSEC Business School

 

1. Howard Gardner- Frames of Mind : the Theory of Multiple Intelligence, 1983
2. Joanie Cayouette-Remblière – L’école qui classe, PUF, septembre 2016

 

Contact : http://egalite-des-chances.essec.edu/