le grand entretien Armel de La Bourdonnaye, directeur de l’École des Ponts ParisTech

 

Dans un monde complexe, qui requiert imagination et innovation, l’École des Ponts ParisTech a un rôle essentiel à jouer. Le développement durable ou les questions de « durabilité » ont toujours été au coeur de l’enseignement de l’École, se déclinant différemment selon les époques, en fonction de leurs enjeux. Pour s’adapter aux nouvelles problématiques, il faut doter les élèves de nouvelles compétences et les ouvrir à de nouveaux horizons. C’est le sens du projet déployé par Armel de La Bourdonnaye, directeur de l’École. Il envisage avec ambition l’avenir de son établissement, en France, mais aussi à l’international.

Depuis toujours, l’Ecole des Ponts forme des spécialistes des systèmes complexes, soucieux de thématiques environnementales. Avec la réforme pédagogique, ils seront plus innovateurs et entrepreneurs encore

Depuis toujours, l’Ecole des Ponts forme des spécialistes des systèmes complexes, soucieux de thématiques environnementales. Avec la réforme pédagogique, ils seront plus innovateurs et entrepreneurs encore

Comment envisagez-vous la formation des ingénieurs des Ponts en 2013 ?
L’École des Ponts ParisTech possède une tradition et des valeurs profondément ancrées. Son ambition est de former des ingénieurs socialement responsables depuis toujours. Je suis heureux de diriger une école qui a cette vocation, car la France a besoin de leaders industriels qui sont de grands scientifiques, des gens innovants et ouverts sur le monde. Depuis toujours, elle a formé des spécialistes des systèmes complexes, soucieux de thématiques environnementales, comme Eugène Belgrand, qui a construit le système d’assainissement des eaux de Paris au XIXe siècle, ou Jean-Charles- Adolphe Alphand, qui créa sous le second empire des promenades, parcs et jardins, à Paris, destinés à embellir et assainir la ville.

 

Quelle est l’expertise de l’École ?
Elle est centrée sur deux domaines dont le point commun est la gestion de systèmes complexes. La ville durable : infrastructures, transports, gestion d’immeubles, énergie… Les systèmes productifs durables : aspects logistiques, organisation des entreprises, l’innovation … L’École collabore aussi aux travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Nous apportons notre compréhension des systèmes techniques complexes à la compréhension ou à l’élaboration des modèles économiques en lien avec la régulation du changement climatique et de son impact sur le développement.

 

A quels métiers ou fonctions vos formations mènent-elles vos diplômés ?
L’École des Ponts ParisTech ouvre à de nombreuses possibilités, dont la liste qui suit est loin d’être exhaustive : le génie civil, la construction et les transports mais aussi la gestion de la supply chain en entreprise, l’aménagement du territoire, le conseil, l’ingénierie des grandes infrastructures logistiques, le génie industriel, le développement économique territorial ou national. En matière d’environnement, nos ingénieurs exercent sur des thématiques liées à la ville comme la qualité de l’air, de l’eau, au sein d’entreprises de services à l’environnement, de bureaux d’études. D’autres métiers sont liés à l’énergie en tant qu’enjeu de développement.

 

« Je suis heureux de diriger une École
qui a pour vocation de former des ingénieurs socialement responsables, car
la France a besoin de leaders industriels
qui sont de grands scientifiques, des gens innovants, ouverts
sur le monde. »

Qu’en est-il de la recherche ?
Elle se caractérise par une double approche d’excellence scientifique et de pertinence sociale et économique. Nos équipes conduisent leurs recherches en lien avec les entreprises et les collectivités.

 

Quels sont vos projets pédagogiques ?
Notre enseignement est de grande qualité et adapté aux besoins de la société comme en attestent les très bons résultats de nos enquêtes d’insertion. Pour rester aux plus près de l’excellence et nous ajuster aux évolutions scientifiques, techniques et sociales, nous avons engagé une réflexion sur ce sujet. Nous sommes à mi-parcours de notre réforme pédagogique. Elle nous permettra de mieux anticiper les mouvements – rapides et nombreux – du monde. Elle inclura plus largement qu’aujourd’hui les problématiques de l’énergie et des TIC dans nos domaines de prédilection. Je souhaite que nos ingénieurs possèdent une meilleure compréhension de l’interaction entre l’ingénierie des systèmes de transport, des grands réseaux et de l’aménagement et les systèmes producteurs de données comme les téléphones portables, les technologies ubiquitaires, la ville numérique, les systèmes de communication pour la régulation de la mobilité, etc… Une approche multidisciplinaire est déjà au coeur des projets thématiques qu’ils mènent avec des élèves d’autres établissements de design, d’architecture. Nous la renforcerons. Enfin, parce que les enjeux sont mondiaux, nous accentuons encore la dimension internationale de notre formation. Déjà, nous avons 32 accords de doubles diplômes qui concernent 80 élèves internationaux et 20 français paran. Et surtout, tous nos élèves partent à l’étranger au cours de leur formation.

 

Comment cela se traduira-t-il en compétences pour vos diplômés ?
Ils sont formés à prendre en compte les multiples aspects (scientifiques, sociaux, entrepreneuriaux, culturels) des problèmes qu’ils traitent. Nos ingénieurs sont des assembleurs de projets et d’équipes. Ce sont des ingénieurs de la complexité, mais on pourrait aussi dire de la simplification : leur vocation est de résoudre des problèmes et d’apporter des solutions novatrices.

 

Vous souhaitez aussi leur donner de nouvelles armes en matière d’innovation et d’entrepreneuriat
Nous voulons former plus d’innovateurs et entrepreneurs et les soutenir dans leurs projets. Cela répond à une appétence des jeunes et à une nécessité pour les entreprises et l’économie. Car notre École est au service des politiques publiques et donc du pays. Un jour, un jeune m’a dit « les créateurs d’entreprises sont un peu les héros des temps modernes ! » Nous espérons susciter ce type de vocation ! Il faut des jeunes d’avant-garde aptes à bousculer les modes de pensée, à proposer de nouvelles organisations, de nouvelles technologies, de nouveaux produits, et à créer ou reprendre des entreprises. La Fondation a lancé à la rentrée 2013 une nouvelle campagne de fundraising Notre campagne de mécénat avait surtout concerné les entreprises autour de la création de Chaires ; désormais la Fondation s’adresse aux particuliers. Elle les sollicite pour soutenir les projets de développement de l’École, les élèves dans leurs projets, la valorisation de notre patrimoine.
www.fondationdesponts.fr

 

Où en sont les projets liés à vos alliances stratégiques ?
Notre présence au sein de l’Université Paris-Est, dont nous sommes membre fondateur, est au coeur de notre ancrage local et thématique autour de l’axe Ville, Environnement et leurs Ingénieries. Ce pôle est le leader européen par son potentiel d’expertise, de recherche, de prise de parole et a été reconnu au travers des investissements d’avenir avec des Equipex et Labex.
www.univ-paris-est.fr
Notre appartenance à ParisTech, dont nous sommes également membre fondateur, assoit notre projet de formation sur l’excellence scientifique. Ce regroupement est un levier pour une meilleure visibilité internationale et pour nouer des partenariats avec des entreprises.
www.enpc.fr

 

Les rêves d’ Armel de La Bourdonnaye
pour l’École des Ponts ParisTech
Qu’elle soit reconnue dans le monde comme une École formant des ingénieurs d’excellence utiles à la construction d’un monde vraiment durable.
pour ses étudiants
Que leur cursus aux Ponts accompagne leur mutation de jeunes gens dont le travail et les dispositions naturelles ont favorisé les études, à des ingénieurs responsables utiles à la société, à l’entreprise. Notre mission est de donner un avenir aux jeunes, le plus radieux possible pour eux, et pour la société !
pour l’enseignement supérieur français
Que ses acteurs en soient plus fiers au lieu de se dévaloriser dans des comparaisons inadaptées avec nos voisins ! Les autres systèmes ont aussi leurs défauts. C’est une question de mentalité : nous devons être conquérants ! Pour l’être il faut être fier de ses atouts. Les nôtres sont la production de connaissances, l’innovation, l’intégration sociale qui peuvent encore être développées pour la réussite économique et le rayonnement culturel de la France.

 

A. D-F