L’EBI (Ecole de Biologie Industrielle) est une école à part par bien des aspects. 26 ans après sa création, elle est toujours dirigée par sa fondatrice, Florence Dufour. L’EBI c’est d’abord une pédagogie fondée sur des valeurs de bien-être et de coopération, et une formation pour les industries des cosmétiques et de la pharmacie. Entretien avec une directrice aussi engagée que passionnée, porteuse d’une véritable philosophie de formation.

 

Vétérinaire, comment vous est venue l’idée de fonder une école d’ingénieurs ?

C’est l’esprit dans lequel exerce le vétérinaire qui m’a inspirée. Pour soigner un animal, il faut être centré sur l’acceptabilité du produit ou traitement à lui administrer. Cela demande un savoir-faire spécifique et d’être orienté vers le bien-être et la coopération de l’autre.

Vous poussez l’esprit de bien-être et de coopération très loin ?

C’est une volonté et un engagement. Comme beaucoup, je me suis prêtée au jeu de la domination du classement durant mon parcours académique. Dans le système français, la note, les concours, sont très prégnants. Les « meilleurs » ont le plus de possibilités, les portes s’ouvrent « pour les gens bien ». J’étais profondément troublée par cette compétition permanente. Je doute que ce soit le meilleur moyen de faire des choses intelligentes en entreprise. En fondant l’EBI, je voulais promouvoir un modèle fondé sur la coopération entre élèves via des modalités pédagogiques structurées et structurantes.

Autres éléments qui ont guidé la manière dont vous avez conçu l’EBI : la transversalité et l’ouverture ?

Créer des interfaces entre les services dans les entreprises est crucial pour l’efficacité et la créativité. Faire équipe et dialoguer avec des personnes différentes de soi, ce sont des choses qui s’apprennent. Un ingénieur doit savoir dialoguer avec des gens du marketing (par exemple) sans préjugé.

Votre 3e motivation pour créer l’EBI est plus personnelle ?

J’avais hésité entre devenir vétérinaire ou danseuse de modern jazz. L’ouverture aux arts et à la culture n’est pas neutre. La sensibilité et l’ouverture sont des qualités importantes, y compris dans l’industrie. En fondant mon école, je pouvais y inclure ces dimensions en faisant travailler les élèves avec des artistes, en les encourageant dans leur vie associative, en créant un studio de musique.

Florence Dufour : Directrice fondatrice de l’EBI, membre du bureau de la CTI et présidente de la commission formation et société, VP du concours Puissance Alpha © EBI

Florence Dufour : Directrice fondatrice de l’EBI, membre du bureau de la CTI et présidente de la commission formation et société, VP du concours Puissance Alpha © EBI

L’EBI en un clin d’œil

Créée en 1992
3 valeurs fondatrices : coopération, transversalité, sensibilité
750 élèves dont 80 % de filles
Un campus à Cergy-Pontoise de 6 000 m2
10 laboratoires
5 majeures métier : recherche et application, développement et conception, qualité, marketing, procédés de production
4 grands secteurs d’emploi pour les EBIstes : cosmétologie, pharmacie, agroindustrie, environnement
http://www.ebi-edu.com/

Le cadre est très important dans cette perspective de bien-être et d’ouverture ?

Notre nouveau campus vise à permettre l’expérience. Je veux que chacun s’y sente chez lui, passe légitimement d’une activité à l’autre, du cours au laboratoire, d’une session de théâtre au petit-déjeuner, se repose sur les banquettes du lounge. La très grande majorité des lieux sont partagés. Et je suis très heureuse de voir combien nos élèves investissent leur campus. Les salles de cours et amphis sont ouverts le soir pour d’autres activités, la cafeteria du personnel est accessible à tous à partir de 16h00 pour des after work ou évènements. J’aime l’espèce de bouillonnement calme qui règne à l’EBI. J’ajoute que nous sommes très bien intégrés et en interaction au sein de la commune de Cergy, dans un quartier à la fois paisible et pionnier, le parc d’activités de l’horloge. C’est un territoire qui nous inspire.

« A l’EBI nous parlons avant tout projet et envies avec nos élèves »

Comment vos convictions se traduisent-elles au plan pédagogique ?

  • Il n’y a ni classement ni moyenne générale. La seule chose que nous imposons, c’est la validation de chacune des matières. Un élève peut revenir à un cours s’il n’est pas entièrement maîtrisé. Ce que nous validons, ce sont ses compétences et son raisonnement
  • Nous encourageons les élèves à s’entraider, à échanger
  • Le choix des cours, des majeures, de l’international, d’être incubé, n’est pas fondé sur des critères de niveau ; mais uniquement sur la motivation et le projet, en fonction de la manière dont chaque élève se projette et imagine son rôle dans l’entreprise
  • Nous conduisons nos élèves à approfondir leur connaissance d’eux-mêmes pour les aider à se projeter dans leur vie professionnelle
  • Cela demande un système de tutorat élaboré de la part de nos professeurs. Ils connaissent chacun de leurs élèves. C’est très gratifiant et les pousse à être plus pédagogues, attentifs sans être laxistes

Votre positionnement sur des domaines liés à des enjeux majeurs accroît-il votre attractivité ?

Nos ingénieurs agissent en effet directement sur la santé, le bien-être, l’alimentation, l’eau, la gestion des déchets, la pénurie de ressources. Ce sont des ambitions motivantes et porteuses de sens. Or, nous formons une génération que je qualifie de « go, no go ». Si un projet, un cours, fait sens pour eux, s’ils visualisent leur contribution, ils sont investis à 100 %. A l’inverse, ils font le strict nécessaire si quelque chose ne fait pas sens pour eux. Je suis très admirative de leur gestion de leur énergie propre. Je pense qu’ils sont mieux armés que nous face aux risques psycho-sociaux.

Quels sont les grands atouts de vos diplômés ?

Les EBIstes sont des cadres à potentiel. Ils savent s’adapter, sont ouverts à la diversité des points de vue, ils savent travailler en équipe (attribuer les rôles où chacun est dans une énergie positive et se complète), travailler et faire travailler les autres dans le respect des personnes, ils se connaissent très bien. Les recruteurs sont souvent surpris par leur conscience des choses, leur aisance dans la relation professionnelle en toute humilité. De fait, ils sont vite placés en responsabilité, et en position de faire bouger les lignes. Ce sont des « gens de projets » à l’aise dans la transversalité.