Soirée annuelle du Club Finance Paris à la Maison des Polytechniciens, en avril 2010

Le mois dernier, l’Allemagne annonçait les taux de croissance allemands, les plus élevés depuis la réunification, 3,6 %. Réaction depuis la France : stupeur et auto-lamentation. Cette semaine l’opérateur boursier de la place de Francfort, Deutsch Börse, a absorbé NYSE Euronext, l’opérateur de la place de Paris. Même réaction. Au-delà de cette actualité, il s’agit de comprendre ce qui anime notre voisin d’outre-Rhin, cette énergie. Pour cela, rien de tel qu’une plongée au cœur de sa future élite économique.

Le capitalisme rhénan, la finance au service de l’économie
Les 13 et 14 janvier 2011, les élèves de la WHU Bensheim Business School, l’une des meilleures grandes écoles de commerce d’Allemagne, ont organisé la 11e édition de « Campus for Finance », un événement qui rassemble environ 150 étudiants du monde entier autour de sujets cruciaux de l’économie mondiale. Au programme cette année : « Economie réelle et finance, deux faces d’une même pièce ? ». Un mini Davos en apparence, en réalité une formidable vitrine de la réussite allemande. Le président de la banque centrale allemande M. Weber, le ministre allemand des finances, M. Schäuble, le prix Nobel 1994 M. Selten, suivis par des dirigeants de groupes ou de banques tels que Siemens ou Deutsche Bank, ont fait le déplacement. Le ton des échanges : force, foi dans l’avenir, une pointe de fierté, en un mot, la confiance. L’Allemagne s’est déclarée incarner un « modèle » pour ses voisins européens voire pour le monde, notamment en ayant montré en précurseur la voie du désendettement et contribué au sauvetage de l’euro. Aucun intervenant n’a manqué de rappeler son attachement à la monnaie unique. La conclusion a été unanime, la finance était au service de l’économie réelle et devait la financer.

Ce sont les principes mêmes du capitalisme rhénan, tel qu’il a été défini par l’école de la régulation, qui ont été réaffirmés : une vision de long terme de l’économie portée par le financement bancaire, une politique monétaire stable et indépendante auxquelles s’ajoute désormais la rigueur budgétaire. La finance est pensée comme le bras armé d’une économie industrielle exportatrice, elle n’est ni vilipendée, ni critiquée mais soutenue et conquérante.

 

En dépit de la crise, la résilience du modèle anglo-saxon
A titre de comparaison, les 24 et 25 janvier, se tenait à destination des étudiants de la Lon- don School of Economics, un événement similaire. Le ton était tout autre, il s’agissait d’une conférence réunissant des acteurs du private equity et des hedge fund, ces représentants d’une finance tant décriée, et qui n’a pas manqué de faire honneur à sa réputation : pour commencer, un dirigeant de hedge fund présentant comment spéculer contre l’euro pendant la crise grecque, puis un dirigeant de fond avertissant que les autorités nationales comme communautaires ne devaient pas réguler les activités mais laisser s’opérer une hypothétique auto régulation. La finance conspuée semblait donc bien de retour.

Toutefois, cette autre voie, ce modèle anglo- saxon, plus libéral, bien que critiqué pour ses excès, ses dérives, ses responsabilités, n’en reste pas moins porteur d’espoirs. Il reste animé par une énergie considérable et sa capacité de rebond a de quoi surprendre moins de deux ans après que la City a traversé une de ses crises les plus difficiles. Cette conférence à Londres a réussi à attirer une assemblée cosmopolite venue des meilleures uni- versités du monde entier, américaines notamment.

 

Promouvoir la finance française, rassembler les énergies
En France rien de tout cela n’existe. Nous pouvons nous enorgueillir de former des étu- diants de très bon niveau en finance, nous pouvons nous enorgueillir de posséder un ensemble de groupes bancaires nationaux très puissants mais ces atouts ne seront pas éternels. D’ailleurs le nombre d’étudiants français sélectionnés à ces conférences est très faible et va en diminuant. Suite à la fusion Deutsch Börse-NYSE Euronext, la marginalisation de la place de Paris est réelle. Certes les efforts, notamment de la part de Paris Europlace, pour créer une place financière solide susceptible d’alimenter industries et entreprises sont très prometteurs, mais pourquoi ne pas y intégrer la génération suivante, pourquoi attendre que nos jeunes diplômés rejoignent New York, Londres ou bientôt Francfort ? La fuite des cerveaux dont s’alarmait l’Institut Montaigne il y a trois semaines n’est pas seulement académique, elle touche bien plus largement nos diplômés, spécifiquement en finance. A la lumière des exemples de la LSE ou de WHU, il est nécessaire que Paris accueille aussi une réunion d’envergure internationale pour les futurs décideurs de l’entreprise et de la finance. Ces conférences sont des vitrines, des opérations de relations publiques pour les écoles mais plus largement reflètent l’état d’esprit des acteurs en présence. Le simple fait que les plus hautes élites allemandes politiques et économiques aient accepté de se déplacer montre à quel point la diffusion de l’exemple allemand tient à cœur.

Si nous voulons prévenir les crises de demain, si nous souhaitons éviter les excès d’un capitalisme financier débridé, alors redonnons aux étudiants en finance et plus largement associés au monde de l’entreprise, un modèle, un cadre, dans lequel imaginer la finance de de- main en France. Au delà d’une simple conférence, la mobilisation de tous les acteurs économiques, politiques et académiques pour créer, nous aussi, un partenariat solide, de long terme et stable entre l’économie financière et l’économie réelle. Loin d’être une énième contribution sur le déclin du pays, il s’agit d’un appel à l’action, d’une croyance en l’avenir profitable à l’économie en générale.

 

Robin Rivaton

Robin Rivaton est étudiant en droit des affaires et de la régulation à Sciences Po et en finance à l’ESCP Europe. Il a connu plusieurs expériences en conseil financier, juridique ou stratégique à Paris et à Londres (Linklaters, UBS, Goldman Sachs…). Il est président du Club Finance Paris, une organisation rassemblant les associations de finance des plus grandes écoles d’ingénieurs et de commerce (X, Ponts, Mines, HEC, ESCP, Essec…). Ancien élu étu- diant au Conseil d’administration de Sciences Po, il a occupé des responsabilités dans un syndicat étudiant.

Actualité du Club Finance Paris
Le Club Finance Paris rassemble 13 associations de finance des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs à Paris (X, Ponts, Mines, HEC, ESCP…) et organise des réunions autour de personnalités de la place financière parisienne (Mr Peyrelevade, Mr de Blignières, Mr Bazin…) ainsi que des événements d’envergure à la Maison des Polytechniciens et au Palais Brongniart.
A titre d’exemple, nous avons organisé le jeudi 9 décembre 2010, une conférence sur le marché du private equity et des opérations à effet de levier, LBO, en France. De manière très originale et afin de donner un point de vue global à des étudiants qui ne connaissent généralement qu’une facette de l’opération, nous avons rassemblé trois experts représentant chacun un acteur de l’opération.
Ainsi Dominique Gaillard directeur des fonds directs chez AXA Private Equity, Éric Cartier-Millon, avocat associé chez Gide Loyrette Nouel et Céline Méchain, managing director chez Goldman Sachs Paris nous ont fait le plaisir de partager leurs vues sur l’avenir du private equity français et la structuration d’une opération d’acquisition par effet de levier. La conférence a eu lieu le lendemain de la publication par la banque d’investissement Goldman Sachs de son rapport sur l’avenir du private equity dont Mme Méchain nous a fait partager certaines conclusions. Il s’agissait donc d’un évé- nement à la fois accessible mais bénéficiant des connaissances très pointues de nos invités.
La conférence s’est volontairement tenue devant un public restreint, sélectionné parmi nos meilleurs membres, dans le cadre privilégié des locaux de l’Assemblée nationale.
www.club-finance-paris.com

Contact : robin.rivaton@sciences-po.org